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Au mot énergie sont associées des images très contrastées: confort mais aussi pollution, liberté de déplacement mais aussi crises pétrolières, technologies sophistiquées mais aussi risque nucléaire. La vision que l'on a de l'énergie est historiquement extrêmement mouvante. Elle a souvent changé, elle changera encore. L'énergie a tout d'abord eu une image positive, celle d'être une condition du progrès économique. La révolution industrielle du XIXème siècle n'a-t-elle pas été permise grâce à la valorisation des combustibles fossiles par la machine à vapeur? L'exploitation des ressources fossiles dans les conditions les plus pénibles ou les climats les plus extrêmes, comme la mise au point des techniques de contrôle de l'atome, tous ces efforts ont été endurés au nom de la certitude partagée pendant deux siècles que la croissance économique n'était possible qu'avec une augmentation équivalente de l'approvisionnement énergétique. La reconstruction après guerre privilégiera le secteur électrique; depuis, la production électrique française a été multipliée par dix. Cette vision qui a inspiré la révolution industrielle s'est imposée jusqu'à la fin des années soixante. Elle est profondénient associée à l'accès des salariés à la consommation de masse. A l'énergie était donc fondamentalement attachée une image positive. Les années de mise au point du nucléaire ont évidemment baigné dans cet esprit de développement des forces productives et de progrès social, bénéficiant longtemps d'un consensus à gauche comme à droite. (suite)
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S'est construite pendant les années 70 une image tout à fait inverse; toute production d'énergie est alors décrite comnie polluante: des marées noires à l'effet de serre, du risque nucléaire aux fumées d'usines. On a mis en avant, après le rapport du Club de Rome (1972) les dégâts du progrès. C'est sur la pollution atmosphérique que les inquiétudes se sont concentrées. L'énergie provoque des pollutions d'ampleur planétaire et un bouleversement des climats par effet de serre (le réchauffement de l'atmosphère causé principalement par les émissions de gaz carbonique) et la détérioration de la couche d'ozone protectrice dans la haute atmosphère. L'émission d'oxydes de soufre et de poussières par les industries et les centrales électriques au charbon, au lignite et au fioul lourd aboutit à la mort de lacs en Scandinavie et de forêts en Europe Centrale. Enfin, les émissions de polluants par les transports routiers ne cessent d'augmenter entraînant une croissance des affections respiratoires en ville. Cette critique découle avant tout de la prise de conscience d'une limite à imposer aux activités humaines mettant en péril des équilibres écologiques planétaires majeurs et dilapidant les ressources. Préserver l'avenir, c'est dorénavant avant toute autre chose maîtriser l'énergie. L'énergie nucléaire a vu elle aussi son image profondément modifiée en vingt ans. L'enthousiasme et le sens de l'intérêt collectif des premiers chercheurs du nucléaire a vite contrasté avec les méthodes utilisées pour l'imposer dans les années soixante-dix. Du nucléaire militaire, le nucléaire civil a tiré en France des procédures dérogatives du droit et un soutien considérable de l'Etat. p.69
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| Longtemps les opposants au nucléaire n'ont été
perçus que comme des obstacles au développement économique.
L'effort considérable de recherche engagé devait permettre
de résoudre les problèmes de sûreté, le traitement
des déchets et assurer la rentabilité de l'atome. Mais ensuite,
les accidents se sont succédé: Kishtim dans l'Oural (1957
explosion d'un stockage de déchets radioactifs), Three Mile lsland
aux USA (1979), Tchernobyl en Ukraine (1986) et la fiabilité sur
le long terme de l'industrie nucléaire est remise en question. Aujourd'hui,
le lien entre l'atome civil et l'atome militaire est rompu, la peur de
la prolifération des armes nucléaires a même rendu
très difficile toute exportation de réacteurs en dehors des
pays déjà équipés. C'est l'inverse des années
cinquante, les militaires voient dans le nucléaire civil un risque
de déstabilisation géopolitique. Au niveau mondial, le nucléaire
est entré en crise. Toutes les hypothèses conduisent à
une part de la production nucléaire en 2005 inférieure ou
égale à celle de 1990. On est loin des scénarios de
diffusion envisagés.
Quatrième image, celle d'un retour de la pénurie d'énergie par épuisement des gisements d'hydrocarbures avec parallèlement un Tiers monde durablement exclu du banquet énergétique. Il n'y a aujourd'hui aucune énergie qui puisse seule prétendre assurer rapidement et durablement les besoins d'énergie du Tiers monde. A la fin du XXIème siècle les ressources en hydrocarbures seront trop coûteuses à extraire (les meilleurs gisements étant épuisés) alors que la population mondiale aura doublé. Les limites concernent à la fois les réserves d'énergie, même si les techniques pétrolières ont fortement progressé (récupération assistée) et la capacité financière que les pays les plus pauvres peuvent consacrer à l'énergie (pour l'investissement et pour les importations de combustibles). Il en résulte l'image d'un monde à deux vitesses, profondément divisé. On est loin de l'idée du rattrapage espéré par les pays ayant acquis leur indépendance dans les années soixante, du niveau de développement des pays industrialisés. L'accès aux ressources énergétiques est durablement une source de tension internationale (aujourd'hui au Moyen-Orient, peut-être demain dans l'ex-URSS). Le dernier renversement d'image concerne le lien qui existe entre développement et consommation d'énergie. Aujourd'hui, cette relation s'estompe sous les coups de boutoir des mutations technologiques. Les techniques de l'information (communication, médias, télématique, informatique...) constituent le coeur des nouveaux gains de productivité et ne demandent quasiment pas d'énergie. La fabrication d'une tonne de ciment, d'acier ou d'une voiture consomme de moins en moins d'énergie pendant que la croissance économique est tirée par les activités tertiaires. Les experts révisent sans cesse à la baisse leurs prévisions de consommation d'énergie à long terme. Une moindre croissance de la consommation d'énergie ne s'accompagne pas paradoxalement d'une réduction des tensions car la perspective d'une plus grande maîtrise des consommations heurte à court terme les intérêts des compagnies pétrolières ou électriques. Ce rapide tour d'horizon montre à quel point il convient d'être modeste. (suite)
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Bien évidemment pour brouiller davantage les idées, les discours entendus sont d'autant plus antagonistes que les intérêts sont puissants. Assurément, les prochaines décennies vont encore bouleverser ces représentations collectives et en produire de nouvelles. C'est pour le moment autour de celles-ci que s'articulent aujourd'hui les complexes stratégies énergétiques. Ainsi, le nucléaire dont la sécurité est mise en doute cherche une nouvelle légitimité par comparaison avec le danger d'effet de serre causé par les combustibles fossiles. La question de l'effet de serre introduit encore dans cette grandiose dramaturgie une dimension supplémentaire. D'abord, par la complexité du problème. Si le mécanisme de l'effet de serre n'est maintenant plus guère contesté, les polémiques font rage pour ce qui concerne l'amplitude du phénomène, les changements climatiques provoqués et les impacts sur l'agriculture et les milieux naturels. Ces incertitudes ne seront pas réduites avant une dizaine d'années, alors que les décisions politiques ne pourront pas attendre. On assiste à une internationalisation des stratégies énergétiques. Le choix que feront la Chine et l'inde de produire leur électricité (avec ou non du charbon) aura des conséquences planétaires. Les parades se situent pour l'essentiel au niveau de la réduction des émissions. C'est donc une transformation complète du système énergétique qui est à l'ordre du jour. Bien évidemment, les principaux acteurs du marché de l'énergie se positionnent sur ce nouvel enjeu. Les formules qui caractérisent le mieux le système énergétique sont incertitude, inégalité, mais aussi maîtrise et flexibilité. Comment alors expliquer que l'énergie soit à ce point sortie de l'actualité? Les années soixante-dix ont été profondément marquées par les crises pétrolières, des efforts tous azimuths en avaient résulté: exploration pétrolière sous toutes les lattitudes, engagement d'ambitieux programmes nucléaires, effort d'économie d'énergie. Tout cela a abouti à une réduction des tensions dans un délai somme toute assez rapide. Au milieu des années quatre-vingts le prix du pétrole a donc brutalement chuté. Les investissements massifs réalisés ont stabilisé le secteur de l'énergie pour près de trente ans. Ainsi, on n'a plus parlé de l'énergie depuis dix ans environ faute de décisions lourdes à prendre. Maintenant, ces investissements des années soixante-dix et du début des années quatre-vingts approchent de leur fin de vie. L'heure des décisions approche. Est-il aujourd'hui possible de répondre aux besoins énergétiques sans augmenter l'effet de serre et sans dépendre du risque nucléaire? Doit-on choisir entre les deux risques? Existe-t-il des solutions qui minimisent ou écartent l'un et l'autre? Quelles sont alors les conséquences économiques de ces choix? Le débat se concentre dès lors sur un recours massif au nucléaire dans les pays occidentaux, une relance des économies d'énergie, une moindre dépendance des transports de la route, un arrêt de la déforestation voire d'une reforestation et les possibilités de réponse internationale coordonnée à l'effet de serre tout en faisant face aux besoins de développement des pays du Sud. p.70
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| La solution de ce dilemme se situe du côté
des politiques d'efficacité énergétique. Les politiques
de maîtrise de l'énergie ont déjà leur histoire.
Depuis 20 ans, elles ont été très fortement influencées
à la fois par les contextes énergétiques et les évolutions
économiques auxquelles ont été confrontés les
Etats. Ces politiques peuvent être analysées sous trois angles:
leur cible énergétique, le partage des rôles entre
Etat et marché et la capacité de mobilisation des acteurs.
En 1973, la notion même d'économie d'énergie a mauvaise presse. Elle rappelle trop les privations que l'expansion économique de l'après-guerre s'était justement attachée à effacer. L'Europe de l'énergie amorcée dès 1951 avec le traité de la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA) révélera une réponse commune à tous les pays avec la relance des productions charbonnières, la mise en exploitation du pétrole et du gaz de la mer du Nord ainsi que l'engagement des programmes nucléaires. A une crise de l'offre d'énergie, on a d'abord eu le réflexe de chercher une réponse par l'offre. Les politiques de maîtrise de l'énergie se sont affirmées par paliers successifs. Dès le premier choc pétrolier, les savoir-faire pour réaliser les économies d'énergie n'existent pas chez la plupart des consommateurs d'énergie. Il faudra plusieurs années pour que les professions se structurent, que des matériels performants apparaissent sur le marché. Les industries lourdes, durement frappées par la forte hausse des prix du pétrole, disposent seules d'un personnel compétent nécessaire. Les ingénieurs ont cherché à réduire les consommations pétrolières. Les premiers investissements industriels massifs ont donc été engagés dans les années 77-78. Les économies d'énergie furent subventionnées par l'Etat pour mobiliser les plus gros acteurs énergétiques. Dans le secteur de l'habitat, les Etats ont réglementé la consommation d'énergie des logements neufs. Depuis vingt ans les consommations de chauffage domestique se sont ainsi stabilisées. Dans les transports, les constructeurs automobiles ont amélioré les moteurs pour réduire les consommations d'essence. Cette action s'est depuis avérée insuffisante, car les conditions dc circulation se dégradant engendrent des surconsommations. Ainsi dans un premier temps, la forte intervention des Etats dans le secteur énergétique s'est traduite avant tout par une activité de standardisation et d'action à partir d'acteurs à structure centralisée. Ces acteurs sont préparés quand survient en 1979 le second choc pétrolier, qui a fonctionné comme une piqûre de rappel par rapport au premier. Il a provoqué la réelle date de mutation des politiques énergétiques, en ce sens qu'existe, alors seulement, une réponse à l'interrogation sur la possibilité d'économiser l'énergie posée en 1973. Les Etats ont aussitôt accentué leurs efforts d'économie d'énergie. Cette année 1979 a été aussi celle du premier accident nucléaire grave fortement médiatisé (Three Mile lsland). Même si certains programmes nucléaires ont été réalisés dans les délais prévus comme en France, le nucléaire n'apparaît plus comme un choix aussi évident. Tous les pays à structure fédérale ont cessé de commander des réacteurs nucléaires dès cette date devant l'opposition des élus locaux et la multiplication des procédures judiciaires. (suite)
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On peut ainsi dire, que depuis 1979 les politiques énergétiques européennes ne cessent de diverger. Avec le recul, les bases de ces divergences apparaissent clairement. Alors que le secteur de l'énergie avait été nationalisé dans la plupart des pays après-guerre, émerge un autre mode d'intervention. Les Etats fédéraux disposant d'une planification énergétique territoriale, la maîtrise de l'énergie s'y développe surtout à partir d'une action complémentaire du marché et des collectivités territoriales avec un rôle d'appoint pour l'Etat. Les politiques de l'offre ont perdu la priorité dès lors que ces économies d'énergie se sont révélées rentables. 1979 n'a été marqué en France que par un léger rééquilibrage de la politique énergétique puisque le programme nucléaire a été poursuivi identiquement. Les aides publiques aux économies d'énergie ont été fortement accrues. La volonté d'établir un partenariat de type contractuel avec les collectivités locales en fut la base. Pour réussir, il ne faut pas seulement qu'existent les conditions permettant de réaliser ces économies, mais également que se développe toute une activité tertiaire, pour réaliser les études techniques, contribuer au financement des travaux. Ce tissu professionnel s'est progressivement constitué à partir de 1973. Au début des années quatre-vingts, il est structuré. On a donc eu une conjonction entre initiative publique, existence de financements, dynamisme du marché et motivation de l'opinion publique. D'où une démocratisarion de l'accès à la maîtrise de l'énergie. Des investissements tout à fait considérables ont été engagés en France entre 1979 et 1986. Les résultats ont eu une ampleur plus grande que prévue initialement. La consommation énergétique française s'est mise à décroître. Les seuls investissements de maîtrise de l'énergie financés directement par l'AEE et l'A FME [1] entre 1975 et 1990 ont permis une économie nette par la collectivité nationale de 108 milliards de francs (après amortissement):
Cet élargissement de la maîtrise de l'énergie des gros acteurs essentiellement industriels dès le premier choc vers des acteurs de niveaux intermédiaires: les P.M.I., les collectivités locales, le secteur hospitalier, le logement social ... n'a été possible que par un accompagnement financier lourd de l'Etat. Mais toute la fragilité de ce système français provient justement du faible niveau de transfert de compétence vers les acteurs locaux. Le contre-choc pétrolier de 1986
p.71
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| Bien sûr les économies d'énergie ont
perdu leur caractère d'urgence dans les choix d'investissements
et deviennent moins rentables. De plus, en 1983 les pouvoirs publies constatent
le surplus de production électrique que vont produire les réacteurs
nucléaires en chantier. Ce ne sont donc pas les économies
d'électricité qui prennent le relais de celles de pétrole.
On va au contraire intensifier les conversions à l'électricité
de modes de chauffage et de procédés industriels pour éviter
à EDF de cumuler les déficits. Ce contexte économique
défavorable aurait pu être surmonté si l'Etat, avec
le souci du long terme, avait maintenu sa part d'effort. Il n'en a rien
été.
La crise de la politique publique de maîtrise de l'énergie Baisse des prix du pétrole et surplus d'électricité vont induire un désengagement rapide de l'Etat de sa politique de maîtrise de l'énergie. Celle-ci, engagée après les chocs pétroliers, s'inscrit dans la tradition de la politique énergétique française, c'est-à-dire avec un rôle central de l'Etat, même si le Ministère de l'industrie a constamment privilégié dans ses choix le programme nucléaire. Parallèlement, l'aggravation dc la crise économique va conduire à un désengagement de l'Etat des politiques industrielles. Au milieu des années quatre-vingts, l'idéologie libérale dans sa version la plus crue fait des ravages. Une transposition du reaganisme en France conduit à désengager l'Etat des interventions économiques. L'administration est confrontée à une gestion de plus en plus difficile des finances d'Etat. La montée inexorable du chômage, le trou sans cesse reconstitué de la Sécurité Sociale, la bombe à retardement du financement de la retraite dans les vingt années à venir créent autant d'obligations financières supplémentaires pour l'Etat. Tout désengagement financier est donc bon à prendre. Bien sûr, ces dures réalités sont présentées comme le résultat d'options libérales. L'Etat ne peut tout faire. Au marché de prendre le relais. Il s'agit là d'un débat difflcile auquel furent confrontés tous les pays européens. Avec bien sûr des réponses divergentes. En Belgique, le service d'Etat responsable des économies d'énergie a été purement et simplement supprimé. A l'inverse, au Danemark, l'Etat a augmenté la taxation sur l'énergie à la fois pour maintenir une pression par les prix sur les consommateurs afin de les pousser à réaliser des économies d'énergie et de financer des programmes publics d'économies d'énergie et de valorisation des énergies renouvelables. Il est aujourd'hui possible de faire le bilan de cette période. Le marché aurait en effet pu prendre le relais. Tel n'a pas été le cas, probablement que la liaison s'est mal opérée avec le secteur bancaire qui aurait pu prendre en partie le relais de l'Etat en prenant en charge des investissements par crédit bail. A travers ce système le banquier peut financer la totalité des travaux et se rémunérer au fur et à mesure que les économies d'énergie sont réalisées. (suite)
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L'investissement vers les économies d'énergie a donc inexorablement chuté. Compte tenu du rôle central de l'Etat, celui-ci ne pouvait se désengager financièrement qu'en gardant un discours fort. Non seulement il ne l'a pas fait, mais il a contribué à la confusion par des signaux tarifaires contradictoires: sous-tarification croissante des transports routiers, notamment de marchandises, avantage au chauffage électrique notamment en zone rurale, ce qui a ruiné les efforts en direction des énergies renouvelables. En fait, les efforts publics de maîtrise de l'énergie sont descendus en dessous d'un seuil minimal. Sans financements publics suffisants, sans analyse précise des blocages et des mécanismes réels du marché, sans modification des structures tarifaires, la politique de maîtrise de l'énergie en est au point mort. Les professions impliquées se sont profondément déstructurées. Faute de marché, les organismes de recherche, les bureaux d'études, ont fermé ou se sont reconvertis. Ce tissu de professionnels qu'il avait fallu guère moins de dix ans à constituer - et cela avait coûté cher à l'Etat - n'existe presque plus aujourd'hui. Une relance de la maîtrise de l'énergie ne pourrait donc avoir d'effet immédiat. L'association de la maîtrise de l'énergie et de l'environnement L'irruption sur la scène publique en France de l'environnement, vers 1989, en particulier de l'effet de serre, va rapidement reposer la question d'une relance de la maîtrise de l'énergie. Parallèlement, la consommation énergétique française que l'on s'était un peu vite accoutumé à voir stabilisée recommence alors à croître, pétrole compris. Or les consommations d'énergie sont les premières causes de pollution atmosphérique. A la différence des autres pays, il n'y a pas eu en France de relance des économies d'énergie et des énergies renouvelables. Les économies d'électricité Ce secteur énergétique connaît maintenant une évolution fondamentale en France. Le surplus de production d'électricité nucléaire se résorbe enfin (en grande partie sous forme d'exportations d'électricité). La consommation d'électricité a crû régulièrement en France ces dix dernières années alors qu'EDF a commandé peu de nouvelles centrales. André Billardon, ministre de l'Energie, a poussé EDF, l'ADEME et des collectivités locales à expérimenter enfin en France des programmes d'économies d'électricité en cherchant à y intéresser les consommateurs. A terme, on pourrait transférer une partie de la capacité d'investissement d'EDF vers les consommateurs chaque fois qu'économiser un kWh s'avérera plus avantageux pour la collectivité que de produire un kWh supplémentaire. C'est un domaine très prometteur dans lequel la France a beaucoup de retard. Le potentiel d'économie d'électricité maximal de 100 TWh équivaut à la production de 18 réacteurs nucléaires. p.72
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| La difficulté de mobiliser les petits acteurs
Les consommations de carburants et d'électricité représentent maintenant 64% des consommations énergétiques. Les formes de consommation ont radicalement changé. L'énergie est consommée aujourd'hui en très petites quantités à travers des usages très diversifiés effectués par un très grand nombre d'acteurs. Or le plus grave échec de la politique française de maîtrise de l'énergie a été de toujours s'appuyer sur les producteurs et les grands consommateurs d'énergie. Au fur et à mesure que les progrès techniques côté consommation mettaient en évidence des potentiels gigantesques, il est apparu de plus en plus évident qu'il fallait construire une relation nouvelle avec le consommateur, à commencer par les ménages. Or l'Etat n'a pas de politique culturelle et éducative en matière de maîtrise de l'énergie. Choisir la taille d'une voiture, décider d'un mode d'habitat, choisir un mode de transport quotidien, acheter un appareil électroménager sont devenus des actes qui orientent profondément la politique énergétique. Plus la technique progresse, plus les comportements prennent de l'importance. La maîtrise de l'énergie en direction des grands consommateurs a réussi; pour y parvenir avec les petits opérateurs, elle doit profondément réformer son dispositif. Cela passe à l'évidence par une plus grande décentralisation. Les collectivités locales, au plus proche des consommateurs, sont les mieux à même de l'influencer. Sans cela la maîtrise des consommations d'électricité et surtout celle de la mobilité et des consommations de carburants, les principaux enjeux aujourd'hui, resteront hors de portée. Les investissements énergétiques ont pour caractéristique d'être beaucoup plus capitalistiques que les autres investissements industriels et de nécessiter très souvent des délais entre décision et mise en service de l'ordre d'une décennie. Les conséquences des erreurs de stratégie y sont donc particulièrement pénalisantes. Bien évidemment, les travaux de planification à long terme sont d'autant plus indispensables. On a donc aujourd'hui déjà une bonne idée des échéances qui se présenteront dans les vingt années qui viennent. La démographie des investissements énergétiques en France La production d'énergie (raffinage, centrales électriques...) a fait l'objet d'investissements très lourds pendant les années 70 et le début des années 80. Les chocs pétroliers de 1973 et de 1979 avaient plongé les responsables français dans un état de choc profond. S'y mêlait la crainte d'une dépendance extérieure et la peur de voir la croissance économique bloquée par une insuffisance d'approvisionnement énergétique. C'est donc avec un grand volontarisme que le programme nucléaire français et les autres investissements énergétiques ont été engagés. (suite)
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Ce fut également le cas pour les investissements d'économie d'énergie et de valorisation des énergies renouvelables. La concentration de l'usage du pétrole sur les carburants va amener une restructuration de certaines raffineries pendant que d'autres fermaient faute de débouchés. Et bien évidemment le secteur charbonnier n'a quasiment pas connu d'investissements avec la fermeture des mines du Nord-Pas-de-Calais et la baisse de la production en Lorraine. Il n'y a guère que le secteur gazier qui ait vu des investissements importants réalisés, notamment de transport. Les centrales nucléaires ont une durée de vie comprise entre 25 et 40 ans. C'est au début du siècle prochain que, massivement, de nouveaux investissements devront être réalisés. En 2010, et guère avant, nous devrions avoir un paysage énergétique considérablement bouleversé. Dans toute l'Europe de l'ouest, les principaux équipements énergétiques seront à renouveler à partir de l'an 2000. La fin de cette décennie-ci va être celle des choix préparatoires. Cela va d'abord passer par des décisions de stratégie de l'Ftat et des grands opérateurs industriels pour organiser en conséquence la production des équipements: centrales nucléaires, turbines à gaz, politique de maîtrise de l'énergie... On sait bien que dans les démocraties, les débats ne s'organisent réellement que lorsque les décisions financières sont à prendre. L'heure de celles-ci arrive. Le nucléaire Pour le moment vont donc dominer les contraintes de gestion. Cela va d'ailleurs constituer un premier rendez-vous pour l'énergie nucléaire. Les pays y ayant recours ont construit leurs réacteurs pour l'essentiel dans les années soixante-dix et au début des années quatre-vingts. Ceux-ci veillissent maintenant. Le premier enjeu va donc concerner leur fiabilité et leur rentabilité. Deux hypothèses. La première est celle d'un fonctionnement satisfaisant avec des surcoûts modérés et dans ce cas les réacteurs atteignent leur fin de vie dans les délais prévus après trente à quarante ans de bons et loyaux services. La seconde hypothèse est celle d'un veillissement prématuré, que celui-ci mette en cause la sûreté ou simplement que les surcoûts engendrés soient perçus comme excessifs. Entre les deux hypothèses, l'histoire n'a pas aujourd'hui clairement tranché. Le nucléaire des pays d'Europe occidentale a échappé jusqu'à présent à un accident majeur. Il ne fait aucun doute qu'un accident de la dimension de celui de Three Mile Island survenant dans la Communauté européenne aboutirait à une remise en cause des programmes nucléaires. On n'en est pas là. Bien évidemment, tout comme une voiture, un réacteur nucléaire va être davantage sujet à des défaillances daus la seconde moitié de sa période de fonctionnement que pendant sa jeunesse. On craint en particulier des défaillances dites génériques, c'est-à-dire révélant des erreurs de conception communes à toutes les centrales. Ces défauts peuvent jouer fortement sur la durée de vie des réacteurs. Une hausse régulière des coûts peut aussi résulter d'une multiplication des actions de maintenance, de renforcement de la sécurité et de contrôle. p.73
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| C'est en grande partie cette croissance, d'ores et déjà
constatée dans tous les pays, France comprise, qui alimente le débat
sur le vrai prix de l'électricité nucléaire. Faute
d'avoir bouclé une première génération d'exploitation
des réacteurs nucléaires, c'est-à-dire de la construction
au démantèlement des réacteurs en fin de vie avec
stockage des déchets, on n'a toujours pas une vue d'ensemble de
l'économie du nucléaire. A n'en pas douter les dix prochaines
années vont être riches d'enseignements de par le monde.
Ce constat s'oppose à la défense du nucléaire comme favorisant l'indépendance nationale. Certes, la production d'électricité nucléaire est faiblement sensible aux variations du cours mondial de l'uranium, la matière première du nucléaire jouant pour peu dans le prix de l'électricité. Mais les pays nucléaires sont en quelque sorte liés par une communauté de destin. Un accident chez l'un a des répercussions chez tous. Ainsi voit-on fleurir, dans la littérature d'EDF notamment, des interrogations sur la fiabilité du nucléaire à l'Est et l'isolement nucléaire de la France du fait de l'arrêt des commandes de réacteurs dans les autres pays de la Communauté européenne et aux EtatsUnis. On ne peut pas parler d'indépendance nationale quand on est à ce point dépendant de la sûreté des autres. Les toutes prochaines années vont voir prises des décisions concernant la gestion des déchets nucléaires. Pour le moment, la France retraite les déchets sortis des réacteurs à l'usine de La Hague. Ces déchets triés selon leur niveau de radioactivité doivent ensuite être stockés et surveillés pour des périodes plus ou moins longues. Les déchets faiblement radioactifs sont expédiés au Centre de Soulaines dans l'Aisne ouvert en 1992. Les déchets fortement radioactifs nécessitent davantage de précaution. Les pouvoirs publics envisagent la construction de centres de stockage souterrain dans des formations géologiques stables à long terme. Les arbitrages concernant ces centres de stockage doivent être pris sous peu. Bien évidemment les sites prospectés font l'objet d'une hostilité généralisée des populations locales qui craignent en particulier une dévalorisation de leur production agricole du fait de ce voisinage. C'est pourtant un enjeu majeur pour l'industrie nucléaire que de résoudre de façon satisfaisante le stockage des déchets pendant des siècles, voire des millénaires, Cette question est liée au sort réservé à Superphénix, le surgénérateur censé valoriser le plutonium retiré des déchets. Il n'a plus aujourd'hui d'intérêt économique et les puissances nucléaires ne savent plus que faire de leurs stocks de plutonium. C'est donc un curieux renversement qui a aboutit dans le rapport Curien à proposer de convertir Superphénix, conçu pour produire du plutonium, en incinérateur, c'est-à-dire comme moyen de l'éliminer. Le jugement de l'histoire sur le nucléaire est encore devant nous. Le remplacement à partir de 2000 des réacteurs nucléaires de la première génération Venons en maintenant à préciser quel va être l'ordre des décisions d'investissements à engager. (suite)
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Le réacteur de Fessenheim, le plus ancien des gros réacteurs de 900 MWe, mis en service en 1977, devra être arrêté vers 2007 (si aucun problème ne survient d'ici là). Le réacteur qui selon EDF pourrait le remplacer devra être mis en construction autour de l'an 2000. Le rythme des renouvellements devra s'accélérer à partir de 2005 jusqu'en 2020. En effet les commandes de réacteurs s'étaient succédé à un rythme rapide dès le premier choc pétrolier de 1973. Le calendrier de remplacement des réacteurs nucléaires de l'Europe de l'Ouest n'est pas totalement fixé. Si des défauts surviennent, il peut y avoir anticipation des échéances. Si au contraire, la durée de vie de 40 ans des réacteurs se confirme, les renouvellements s'étaleront jusqu'en 2030. EDF aura intérêt à anticiper les premiers renouvellements par souci de sécurité, quitte à prolonger la vie des réacteurs les plus récents. Il est toujours malsain pour un industriel d'avoir toutes ses usines de la même technique et du même âge. Une nouvelle génération de réacteur nucléaire implique un nouveau modèle de réacteur. Celui préparé par EDF, le REP 2000, est conçu conjointement par Framatome et Siemens, marché européen oblige. Le premier exemplaire devrait être commandé vers 2000. L'un des enjeux consistera donc pour l'industrie nucléaire à présenter des réacteurs plus fiables, capables de convaincre les opinions publiques réticentes (Allemagne, Royaume-Uni, Pays-Bas, Italie...). Le débat qui aura lieu entre 1995 et 2000 sur l'engagement d'une seconde génération de réacteurs nucléaires sera européen. Ce ne sera du reste pas le seul, puisque la réalisation du grand marché unique européen concerne les entreprises énergétiques. La France est saisie par la Communauté Européenne d'une demande de suppression des monopoles publics sur le gaz et l'électricité. Dans les années qui viennent va se poser un premier choix. Il consistera soit à recommander de nouvelles centrales pour poursuivre les exportations et répondre à la croissance de la consommation (elle-même simultanément largement sollicitée par la publicité), soit à réduire les appels de pointe de consommation en hiver en économisant l'électricité pour éviter de réengager trop d'investissements dc production électrique. Cc premier débat est d'ores et déjà en route avec l'opportunité d'engager en France des actions dites de Demand-Side Management associant EDF, l'ADEME et les collectivités locales. Cela consiste à développer les économies d'électricité et à y intéresser les consommateurs dans la mesure où ceux-ci évitent à EDF de coûteux investissements. Les soucis de gestion dominent aujourd'hui les préoccupations d'EDF avec en arrière-fond la nécessité de réduire son endettement. Lorsque de nombreux réacteurs seront à recommander, EDF devra emprunter. Elle doit donc réduire sa dette, présenter une bonne gestion pour attirer les capitaux. La raréfaction des ressources en combustibles fossiles Ces débats sont également à resituer dans des contextes plus larges qui concernent l'environnement, l'évolution dc la demande énergétique mondiale et l'épuisement des ressources. p.74
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| Aucun pronostiqueur n'avait prévu il y a dix ans
un prix aussi bas du pétrole que celui que l'on constate aujourd'hui.
Les pays pétroliers à forte population sont confrontés
à des situations économiques internes très difficilcs.
Des pays tels l'Algérie, le Vénézuela, le Mexique,
l'Irak, l'Iran, le Nigéria sont donc engagés dans une concurrence
efrénée entre eux, ce qui aboutit à faire chuter les
cours. Mais plus forte est la chute des prix, plus imprévisible
sera la hausse. On exploite à un rythme accéléré
ces gisements souvent de faible ampleur. La part des réserves de
pétrole concentrée dans le Moyen-Orient grandit d'année
en année. La consommation croissante de combustibles fossiles va
aboutir à l'épuisement des gisements de pétrole les
moins coûteux. La date de cette hausse et son ampleur dépendent
davantage des tensions politiques mondiales que des réalités
économiques et géologiques. On n'imagine guère que
les bas prix actuels puissent durer jusqu'en 2010. Vers 2100, pour l'essentiel,
les réserves mondiales accessibles de pétrole, de gaz naturel
et d'uranium devraient être épuisées.
L'évolution de la demande d'énergie Entre 1973 et 1985, la consommation énergétique française par habitant était stabilisée. Depuis la baisse du prix du pétrole de 1985, on l'a vu, elle tend à recroître régulièrement. Cette croissance de la consommation est particulièrement vive pour les carburants et les usages captifs de l'électricité (éclairage, électroménager, informatique). Sur la base de ce constat, les pouvoirs publics vont avoir à réévaluer leur politique de maîtrise de l'énergie. Vont s'y mêler des considérations ayant trait à l'aménagement du territoire et à la création d'emplois. Par le développement de la filière bois dans la moyenne montagne condamnée à la jachère, par la réhabilitation des logements anciens. Dans ce contexte le secteur transport a une place à part. La décennie 80 a été marquée par un recul des contraintes d'urbanisme et une primauté renforcée à l'automobile. Cette politique est également aujourd'hui réévaluée. L'encombrement des centres villes, la croissance de la pollution, la croissance des trafics routiers rendent indispensables des investissements très lourds. Des remises en cause, impensables il y a seulement cinq ans, fusent de toute part. La tarification du transport routier de marchandises doit être revisée à la hausse. Il faut relancer la construction de transports collectifs comme les tramways. On entend même des demandes de maîtrise de la mobilité. Les décisions qui seront prises modifieront fortement la consommation d'énergie du secteur transport. Mais les décisions dans ce domaine également nécessitent beaucoup de temps pour avoir des effets massifs. Globalement, les économies d'énergie en France représentent un tiers de la consommation actuelle. La demande énergétique du Tiers monde Cette inévitable augmentation des coûts privera encore
davantage le Tiers monde d'énergie (alors que sa population s'accroît
rapidement).
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Les cinquante prochaines années seront cruciales. L'abondance énergétique des uns risque d'avoir pour symétrique le maintien dans la pénurie des autres. Les pays riches sont désensibilisés à une forte augmentation des prix du pétrole dont les effets toucheraient les transports mais plus encore l'industrie et les consommations domestiques. Les pays à forte croissance économique et donc solvables du Sud-Est asiatique vont devenir de gros importateurs de pétrole. La situation de l'Afrique est malheureusement plus dramatique. On ne voit pas comment à échéance de vingt ans elle pourrait avoir les moyens de son développement. Dans ce domaine comme dans d'autres, la zone pacifique va déterminer la donne mondiale. Entre Bombay et Tokyo seront construites les deux tiers des centrales électriques d'ici 2010. Les pollutions atmosphériques Un système énergétique mondial basé sur les combustibles fossiles aggraverait la pollution de l'atmosphère et l'effet de serre. Le débat sur le recours ou non à l'énergie nucléaire est négligeable au niveau mondial du point de vue de l'évolution de la pollution atmosphérique. L'énergie nucléaire assure environ 4,7 % de la consommation d'énergie commerciale dans le monde. Le quasi arrêt actuel des commandes de réacteurs dans le monde que l'on constate va se traduire, compte tenu de la durée des chantiers, par une régression de cette part d'ici 2005. Cette contribution reste donc marginale par rapport aux grands enjeux écologiques mondiaux comme l'effet de serre. Par exemple, la valorisation des ressources hydrauliques constitue un enjeu énergétique d'une plus grande ampleur et à la portée des pays du Sud. Réaliser 10% d'économies d'énergie sur les 90% de la consommation que représentent les combustibles fossiles, ce qui est réalisable en une décennie, équivaudrait à une contribution double de celle du nucléaire pour un coût moindre. Ces ordres de grandeur sont indispensables pour resituer le débat nucléaire dans une vision globale. Mais bien évidemment la situation en France est différente où plus que nulle part ailleurs le nucléaire a acquis une place centrale. Le Rapport de Yves Martin du Groupe interministériel sur l'effet
de serre a conclu à juste titre qu'une réduction des émissions
françaises serait extrêmement difficile à obtenir (après
celle réalisée dans les années 80 avec la montée
en puissance du nucléaire et les efforts d'économie d'énergie).
En ce qui concerne l'effet de serre, la France se situe nettement parmi
les pays développés les moins émetteurs. Tous les
scénarios élaborés aboutissent à une élévation
ou au mieux à une stabilisation du niveau d'émission de CO2
d'ici
vingt ans. Cela ne veut pas dire pour autant que la France contribuera
davantage à l'effet de serre, des marges de manoeuvre existant sur
d'autres gaz à effet de serre: CH4, CFC... encore faut-il que les
gains réalisés dans ce domaine ne soient pas annulés
par des dérives des consommations énergétiques.
p.75
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| La fusion nucléaire
Réaliser la fusion nucléaire, c'est contrôler une réaction atomique semblable au soleil dans une centrale avec fusion d'atomes d'hydrogène en atomes d'hélium. Le défi technologique est considérable. Comment produire et écouler une quantité considérable d'énergie à une température de plusieurs millions de degrés dans un vide absolu (faute de quoi tous les matériaux se volatiliseraient)? Sans entrer ici dans la polémique sur l'intérêt de la fusion nucléaire, décrivons le calendrier d'un scénario optimiste de mise en oeuvre. Le passage d'une expérience de laboratoire à un prototype avec réaction stabilisée demande environ 20 ans. Le même délai est nécessaire pour réaliser une installation de taille industrielle reproductible en série. A ce stade, il faut encore s'assurer de la compétitivité de la filière et de sa généralisation dans des pays de niveau technologique et économique différents. C'est ce calendrier qui a été suivi pour la fission nucléaire utilisée aujourd'hui dans les réacteurs. Or, on ne sait aujourd'hui produire une fusion nucléaire que pendant quelques infimes fractions de secondes. La fusion nucléaire, si elle devient jamais opérationnelle, ne produira massivement de l'électricité qu'au mieux autour de 2040. Le développement des énergies renouvelables Les enjeux qui précèdent permettent de réévaluer la place à accorder aux énergies renouvelables. Au-delà des économies d'énergies réalisables, quelles sont en effet les sources de production non épuisables, opérationnelles et non polluantes? L'actuelle surcapacité électrique française a fortement ralenti le développement des énergies renouvelables. Mais cette situation hexagonale ne doit pas masquer les progrès réalisés ailleurs. Ils vont permettre à l'éolien et au photovoltaïque de concurrencer les autres systèmes électriques autour de 2010. Le passage vers les ressources renouvelables doit réussir dans le siècle qui vient pour assurer la substitution des combustibles fossiles. Deux milliards d'habitants ne disposeront pas avant très longtemps de réseau électrique interconneeté. L'abaissement progressif des coûts de production d'électricité photovoltaïque représente pour eux un enjeu majeur. La nécessité de relancer la réflexion prospective sur l'énergie La politique énergétique française apparaît d'année en année davantage à contre-courant de celle des autres pays développés. Cela se traduit par un recours massif au nucléaire, la mise en sommeil des efforts d'économie d'énergie, l'absence de développement des énergies renouvelables, le maintien du monopole des entreprises énergétiques publiques et un refus de toute forme d'écotaxe. (suite)
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Le plus surprenant est que l'on assiste à un déclin de ce qui a fait la force des entreprises énergétiques françaises, à savoir les instruments de prévision et les outils de planification. Le secteur énergétique obéissant à des cycles, nous allons entrer dorénavant dans une période de choix importants. Or la prévision énergétique française se borne actuellement à un horizon d'une dizaine d'années sans cerner en particulier le contexte du renouvellement de la première génération de réacteurs nucléaires. Cette absence de réflexion sur le long terme touche également la prise en compte de l'effet de serre. Faute d'efforts d'économie d'énergie, le niveau d'émission pourrait fortement croître. Pourtant, les bouleversements énergétiques passés devraient conduire à une plus grande modestie. Des incertitudes majeures portent sur les prix des combustibles fossiles, sur la fiabilité et l'économie à long terme du nucléaire, sur les tendances de consommation, sur les contraintes environnementales à venir, sur la demande énergétique de l'Asie du Sud-Est et du Tiers monde... A cela s'ajoute l'inévitable élargissement des modes de calcul économique vers les effets externes, notamment environnementaux, et, ce qui revient souvent au même, prendre en compte les effets à long terme. Cela changera l'actuelle hiérarchie de coût entre énergies. S'il faut se préoccuper du monde qu'on léguera aux générations futures, il faut avoir la modestie de reconnaître que personne ne parle réellement aujourd'hui en leur nom. L'effondrement du bloc soviétique a ajouté une interrogation majeure: le nucléaire est-il compatible avec l'histoire et la démocratie? L'attente que l'on a du pouvoir politique, c'est qu'il assure la sécurité des populations. De l'Union soviétique à la Bulgarie, il y a eu un manquement grave. A cela s'ajoutent les régimes politiques qui désirent accéder au nucléaire civil pour satisfaire leur volonté de puissance militaire. La récente guerre du Golfe a freiné pour longtemps toute vélléité d'exportation d'industries nucléaires. Enfin se pose d'une façon imprévue la question de l'évolution de systèmes politiques sombrant dans le chaos et dans lesquels les forces opposées s'affrontent sans limites. Or, il y a maintenant à l'Est des ingénieurs de l'industrie nucléaire au revenu en-dessous du seuil de pauvreté de la FAO. On est loin de l'image longtemps préservée d'un nucléaire maîtrisé maintenu par des états stables hors de toute convoitise. L'Histoire récente nous rappelle avec force que l'homme est autant ange que démon. On peut se demander si un risque aussi concentré que celui du nucléaire ne fait pas l'impasse sur cette dure réalité. La voie de la sagesse ne serait-elle pas de renoncer à des techniques qui ne supporteraient pas les soubresauts de l'histoire? p.76
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1. L'organisme chargé des économies
d'énergie s'est tour à tour appelé Agence pour les
économies d'énergie (AEE, 1974), Agence française
pour la maîtrise de l'énergie (AFME, 1982) et Agence de l'environnement
et de la maîtrise de l'énergic (ADEME, 1990).
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P. RADANNE et L. PUISEUX, L'énergie dans l'économie,
Ed.
Syros/Alternatives, Paris, 1989, 176 p
P. RADANNE, La sortie du nucléaire en France et la réduction
des impacts sur l'effet de serre, l'offre d'énergie, communication
au colloque Stratégies énergétiques entre risques
du nucléaire et effet de serre au Sénat, Paris, avril 1994.
P. RADANNE et A. RIALHE, "Scénarios de prospective énergétique
pour la France", Revue de l'énergie, n" 400,07-08 1994.