| Dans le parc électro-nucléaire
français figurent encore quelques dinosaures de la filière
graphite-gaz, développée par notre pays dans les années
60, au début de son programme nucléaire civil et militaire.
Encore désignée sous le signe U.N.G.G.(1), cette filière
aux réacteurs de moyenne puissance (jusqu'à 560 MWé)
est affectée d'un rendement thermodynanaique médiocre: 0,25
environ, ce qui signifie qu'elle rejette dans l'environnement 3 fois plus
d'énergie-chaleur qu'elle n'en fournit sous forme d'électricité.
Le prix de revient de son kWh est nettement plus élevé que
celui de toutes les autres sources, nucléaires ou non-nucléaires,
de l'aveu même d'E.d.F. (Électricité de France):
Coût du kWh en 1989 (FF)
La différence subsiste quel que soit
le "facteur de charge", c'est-à-dire le rapport existant entre la
production réelle et celle -théorique - qui serait obtenue
à pleine puissance en plein emploi.
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Aujourd'hui, après un quart de siècle de services qu'il
serait peut-être abusif de qualifier de parfaitement "bons et loyaux",
la filière U.N.G.G. voit souffler ses dernières bougies:
Saint-Laurent-1 et Chinon-3 (sur la Loire) ont été arrêtés
en 1990, tandis que Saint-Laurent-2, Chooz (sur la Meuse) et Bugey-1 (sur
le Rhône) ont encore droit à quelques mois, voire quelques
années de sursis, mais posent d'ores et déjà le problème
de leur succession.
A priori, compte-tenu des déclarations d'auto-satisfaction prodiguées depuis tant d'années par E.d.F. envers la filière R.E.P., la logique (2) voudrait que la génération des réacteurs à eau légère de puissance 1300 MWé prenne ce relais (on n'ose plus parler ouvertement, peut-être par crainte du ridicule, de la filière des surgénérateurs...). Et pourtant, E.d.F. vient de livrer aux médias une idée à priori surprenante: les réacteurs de la filière graphite-gaz verraient leur relève assurée par des réacteurs... à gaz (naturel), tout simplement. Bien qu'E.d.F.(3) consultée par nos soins se soit refusée à argumenter ce choix, on peut aisément voir les divers avantages, économiques et écologiques, qui découlent de ce renoncement (partiel) au "tout nucléaire" des années 70-80. CARACTÉRISTIQUES ÉCONOMIQUES ET
La partie "conventionnelle" (= infrastructure et alternateur) d'un réacteur U.N.G.G. est de dimension incompatible avec les chaudières de 900 ou 1300 MWé de la filière R.E.P. Il est par contre possible de "tailler sur mesure" des turbines modulaires de 200 ou 300 MWé capables d'utiliser la partie non-nucléaire des réacteurs U.N.G.G., d'où des gains d'investissement appréciables pour un établissement endetté à raison de 240 milliards de FF; un réacteur thermique "classique" est en outre d'un coût inférieur à celui d'une chaudière nucléaire, même à puissance totale égale. p.53
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| L'avantage économique est
tout aussi évident au niveau du fonctionnement, et de l'approvisionnement.
Depuis des années d'ailleurs - et comme de nombreux pays développés
- la France a joué la carte du gaz naturel, source d'énergie
d'intérêt stratégique indiscutable, car ses réserves
exploitables actuellement reconnues non seulement dépassent le demi-siècle,
mais sont supérieures d'une dizaine d'années à celles
du pétrole. En outre, en 1989, les cinq premiers producteurs mondiaux
(regroupant près des 3/4 du total mondial, égal à
1.910 milliards de m3) appartenaient au monde dit développé,
et il fallait atteindre le sixième rang pour trouver l'Algérie,
avec seulement 2% de la production mondiale (Arabie saoudite: 1,3%). Comme
le souligne Michel Chatelus, "le gaz naturel fait aussi partie des ressources
naturelles de nombre de pays arabes (mais) il y est cependant moins exploité
que le pétrole (et) proportionnellement moins abondant. Les réserves
actuellement recensées représentent un peu moins de 20% des
réserves mondiales (au lieu de presque 60% pour le pétrole)...
et la production actuelle dépasse à peine 5% du total mondial
(au lieu de 30% pour le pétrole)".
La France, qui a passé d'importants contrats à long terme avec l'U.R.S.S. (premier producteur mondial) et l'Algérie (deux pays tributaires des devises occidentales), peut compter en outre sur les gisements de Mer du Nord dans le cadre européen, et connaît certainement là une situation au moins aussi bonne qu'avec le charbon et même l'uranium (malgré sa politique menée en Afrique Noire pour ce dernier minerai). Alors que le charbon (12% de l'énergie actuellement consommée en France) et le pétrole (42,9%) ont reculé chez nous de 1,3 et 1,9% par an (en valeurs relatives) depuis 1973, le gaz a progressé dans le même temps de 3,8% par an, pour égaler sensiblement le charbon à l'heure actuelle (25,4 et 24,6 Mtep en 1989). G.d.F. (Gaz de France, homologue d'E.d.F.) affiche d'ailleurs de grandes ambitions, avec 2 terminaux méthaniers, "dont le plus grand d'Europe", 12 stockages souterrains, "dont le plus grand du Monde", 26.000 km de réseau de transport (et 110.500 km de réseaux de distribution). CARACTÉRISTIQUES ÉNERGÉTIQUES ET
Il ne s'agit plus en fait de brûler du gaz comme dans une vulgaire chaudière domestique, ou même de faire tourner une turbine ordinaire avec les gaz issus de sa combustion (car le rendement thermodynamique de la conversion serait de l'ordre de 0,35, celui des centrales nucléaires de la filière R.E.P.), mais d'utiliser la technique des "turbines à cycle combiné", dont un prototype fut installé dès 1962 en Algérie, par G.E.C.-Alsthom. Ces turbines "fonctionnent en fait comme des turbines à gaz classiques, mais leurs gaz d'échappement très chauds sont récupérés, au lieu d'être dissipés à l'air libre (...), dans une chaudière pour produire de la vapeur qui, à son tour, animera une turbine à vapeur et un turbo-alternateur, ce qui complétera ainsi la production d'électricité de la turbine à gaz" (J.F. Augereau). (suite)
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suite:
Le rendement thermodynamique global peut alors dépasser 0,50. "Une technique d'autant plus intéressante que ces turbines peuvent être construites en moins de 3 ans (contre au moins 5 ans pour une tranche nucléaire) et avec un investissement faible (de l'ordre de 4.000 F/kW installé, contre environ 10.000 F pour le nucléaire)" (H. Kempf).On peut même récupérer la chaleur "basses calories" en sortie de la partie vapeur, pour assurer un chauffage collectif urbain, par exemple. Le rendement global de cette "co-génération" atteint alors 0,80 au prix d'investissements et de contraintes supplémentaires, il est vrai. CARACTÉRISTIQUES ÉCOLOGIQUES Des caractéristiques thermodynamiques
découlent à la fois l'intérêt économique
et l'intérêt écologique de tels processus énergétiques.
En ce qui concerne la pollution thermique d'abord, pour 1 calorie disponible
chez l'utilisateur, le procédé de cogénération
(= cycle combiné + basses calories) ne gaspille que 0,25 calorie,
contre 1 pour le cycle combiné seul, 2 pour les réacteurs
usuels" (charbon, fioul ou R.E.P.) et 3 pour les réacteurs U.N.G.G.
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Sûr, souple, économe, peu polluant,
le "gaz électrogène" va-t-il réconcilier E.d.F. et
les "écolos" ? Dans un rapport présenté à la
fin de 1988 devant le Comité économique et commercial d'E.d.F.,
on pouvait lire: "Dans le contexte des prix des combustibles et des
coûts d'investissements actuels, le cycle combiné au gaz apparaît
comme le moyen le plus compétitif, au plan international avec des
marges importantes, et même sur la base des coûts français
où il y a quasiment indifférence (sic !) entre nucléaire
et gaz" (cité par H. Kempf).
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la consommation hivernale (pour le chauffage électrique) serait
d'ailleurs d'autant réduite si se généralisait le
procédé de cogénération... et si se confirmait
le réchauffement climatique dû à l'effet de serre (+
1oC se traduit en effet par 7% d'économie sur le chauffage
dans nos pays, si bien que l'on peut parler de véritable régulation
par feed-back négatif!).
"On comprend donc mieux qu'E.d.F. puisse envisager de réutiliser les turbo-alternateurs de ses centrales nucléaires graphite-gaz, pour les coupler à des turbines à cycle combiné". Ou comment l'esprit vient aux plus fols, même un peu tard... à condition toutefois que notre S.E.I. (Système Economique Industriel) ne trouve pas là prétexte à ne point reconsidérer sa boulimie énergétique RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQES J.F. AUGEREAU - "Des turbines à plein gaz", in Le Monde,
no du 18 décembre 1990, p.26.
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