Economie et production d'énergie
demain en Suisse
par Pierre LEHMANN
Ingénieur physicien EPFL, Vevey


Résumé: A long terme, on ne disposera que de sources d'énergie renouvelable. Cela signifie pour la Suisse une réduction d'un facteur 4 de sa consommation d'énergie. Une telle réduction n'est pas incompatible avec le maintien d'une civilisation technique, mais suppose une meilleure efficacité et davantage de modestie. La période pour atteindre cet objectif est très courte; il faut s'attaquer au problème dès maintenant.
Zusammenfassung: Auf weite Sicht werden nur erneuerbare Energien zur Verfügun stehen. Dies bedeutet für die Schweiz eine Verminderung des Energieverbrauchs um einen Factor 4. Eine solche Verminderung kaann durchaus mit dem Weiterbestehen einer technischen Zivilisation vereinbart werden, verlangt aber eine deutliche Verbesserung der Energienutzung und mehr Bescheidenheit. Die Zeit, die wir zur verfügung haben, ist äusserst kurz; die Arbeit muss sofort in Angriff genommen werden.
Summary: In the long run only renewable energy sources will be available. For Switzerland, this means a fourfold reduction in its power consumption. Such a reduction does not necessarily entail giving up the advantages of a technical civilisation but does require greater efficiency and more modest goals. There is little time in which to reach this target and the problem must be tackled now.
1. INTRODUCTION






     Suite à l'acceptation du moratoire, une réorientation de la politique énergétique suisse est nécessaire et j'avais esquissé une proposition dans ce sens, envoyée en particulier à M. A. Ogi le 25.10.90. (Annexe 1). M. A. Ogi n'a pas répondu directement à cette proposition, mais a élaboré un programme "Energie 2000", présenté dans un communiqué de presse en novembre 1990 (Annexe 2) et qui doit être géré par H.L. Schmid (ce qui semble mettre le pronucléaire inconditionnel et directeur de l'OFEN, M. E. Kiener, un peu sur la touche).
     Bien que ce programme contienne des mesures nécessaires et souhaitables, il n'est pas du tout suffisant pour aboutir en l'an 2000 à une situation qui permette d'envisager l'abandon rapide et sans problème du nucléaire. Tel n'était d'ailleurs sûrement pas son but. Alors même que cela reste le but premier des mouvements antinucléaires.
     Il faut donc accepter le programme "Energie 2000" comme un premier pas dans la bonne direction, mais en précisant qu'il n'est pas question d'en rester là. Le défaut principal de ce programme est qu'il ne cherche pas vraiment à faire baisser la consommation d'énergie et, en particulier, celle d'électricité. Pour que la sortie du nucléaire aille de soi en 2000, il faut que la consommation d'électricité de cette année-là soit plus faible que celle de 1990. A notre avis, comme indiqué dans l'Annexe 1, il faudrait se fixer comme but de réduire cette consommation de 20% d'ici l'an 2000.

Mais au-delà de 2000, il y a le long terme, qui détermine les buts et justifie, en dernier ressort, l'opposition au nucléaire et
aux énergies non-renouvelables en général. A long terme, nous ne disposerons que d'énergies renouvelables, ce qui signifie que nous devons, dès aujourd'hui, tenir compte du fait que non seulement le nucléaire, mais aussi toutes les ressources fossiles (pétrole, gaz naturel, charbon) ne sont pas des agents énergétiques acceptables. D'une part, parce qu'ils ne sont pas renouvelables, mais davantage encore à cause de la dégradation inéluctable de la biosphère à laquelle leur utilisation conduit, et ceci bien avant que leur épuisement ne soit atteint. Après ce qui vient de se passer dans le Golfe, il me semble difficile de continuer à consommer du pétrole sans ressentir une gêne, voire une culpabilité.
     Même s'il est à la limite concevable de mettre à disposition, à partir des seules ressources renouvelables, autant d'énergie que nous en consommons aujourd'hui en Suisse (plantations énergétiques, surfaces énormes de panneaux photovoltaïques et de panneaux solaires pour la production d'eau chaude, tout-à-l'hydrogène alimenté par des centrales solaires dans les déserts de la planète, etc.), cela n'est en fait guère réalisable en pratique et, en tous cas à mes yeux, pas souhaitable. A mon avis, le passage aux seules ressources renouvelables signifie pour la Suisse une réduction d'un facteur 4 de la consommation d'énergie (Tableau 1, page suivante). Il est clair que cette réduction devrait de préférence être obtenue de manière progressive et sur une durée suffisante permettant une adaptation. Mais cela suppose qu'on s'y mette tout de suite et avec détermination. L'alternative long-terme est en fait de consommer (environ) 4 fois moins qu'aujourd'hui ou de ne rien consommer du tout (effondrement du système économique et social consécutif au maintien de la fuite en avant actuelle).
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Tableau 1: Données du problème de l'énergie en Suisse, estimées pour l'énergie intermédiaire (finale) en PJ par an.
(1) Consommation répartie au prorata des productions
(2) La répartition sur les différente agents énergétiques pourra différer de celle suggérée ici, mais le total ne devrait pas être notablement plus élevé.
Cette réduction n'est pas incompatible avec le maintien d'une civilisation technique, mais suppose davanlage d'efficacité.
(éventuellement retour au texte)
     En se plaçant dans l'hypothèse d'une évolution progressive, la tâche la plus urgente est de planifier la période de transition dont le moratoire constitue la phase initiale. Pendant cette période, des énergies non-renouvelables seront encore de la partie, mais leur abandon, ou leur relève ultérieure par des énergies renouvelables, doivent être inclus dans la planification dès le début. Cette planification à long terme est un travail d'assez grande ampleur, car il sera nécessaire d'aller dans le détail des techniques d'économie et de production. Je ne peux qu'esquisser ici quelques lignes générales et me concentrerai principalement sur l'économie et la production d'électricité, puisque c'est sur cet agent énergétique que l'effort devra porter prioritairement pendant la période du moratoire.

2. CHANGEMENT DE COMPORTEMENT

     Si l'utilisation rationnelle de l'électricité offre effectivement des possibilités considérables d'économies à confort égal  (voir plus loin), le pas le plus important me semble être la motivation de l'individu de réduire sa consommation, quitte à  devoir renoncer à certains gadgets et à accepter de mettre davantage la main à la pâte. Le renoncement est une démarche intéressante, parce qu'elle traduit concrètement une prise de conscience. Il est sans rapport avec une nostalgie pour l'âge des cavernes ou une aversion à tout ce qui est technique. Cette démarche a du reste été faite par certaines personnes, peut-être plus nombreuses qu'on ne pense. Je connais moi-même des gens qui ont renoncé à leur voiture, qui ont décidé de réduire leurs revenus, etc. A mon avis, la démarche des Médecins en faveur de l'environnement, intitulée "La terre doit sauver sa peau", dont le but est la sauvegarde de l'atmosphère terrestre, s'inscrit en partie dans cette logique, car elle demande un engagement de la part des citoyens à diminuer leur consommation d'énergie (fossile surtout) de 2% par an. Contratom a proposé une "Charte du 23 septembre" qui demande expressément à ceux qui y souscrivent de renoncer à des appareils électriques d'utilité marginale. Ces démarches mettent l'accent sur l'engagement personnel. Je crois que c'est effectivement cela le plus important, c'est peut-être même le seul espoir de pouvoir, à terme, résoudre le problème de l'énergie. 

suite:
Mais il faut être conscient du fait que le renoncement va à l'encontre du mythe de la prospérité par l'expansion économique et qu'il implique tacitement un changement de paradigme. Indépendamment du problème de l'énergie, ce changement me paraît indispensable si l'humanité veut survivre sur cette planète.

3. UTILISATION RATIONNELLE DE L'ÉLECTRICITÉ

     Cette question a été brièvement passée en revue dans l'Annexe 1. Il faut insister sur l'ampleur du gaspillage d'électricité aujourd'hui et sur l'utilisation beaucoup trop répandue de cet agent énergétique dans des applications non-spécifiques (critère exergétique), comme la production de chaleur à basse température. D'après les statistiques de l'OFEN, près de la moitié de l'électricité consommée en Suisse sert à faire de la chaleur. Il faut admettre comme principe général que cette part d'électricité est utilisée à mauvais escient, même si, dans certains cas, des exceptions sont tolérables.
     L'ampleur du gaspillage de l'électricité a été particulièrement bien mise en évidence dans un article de Fickett, Gellings et Lovins, paru dans le numéro de septembre 1990 du Scientific American, sous le titre "Efficienf Use of Electricity". Cet article démontre que l'investissement dans l'utilisation efficace de l'électricité est rentable et que le prix du kWh économisé est remarquablement bas, au moins jusqu'à une réduction de 30% de la consommation actuelle. Les avis divergent quant au prix du kWh économisé au-delà de 30%, mais selon certains experts (Lovins), il reste bas et tout à fait compétitif jusqu'à plus de 70% d'économies. L'analyse a été faite pour les Etats-Unis, mais elle reste valable de manière générale pour tous les pays industrialisés. Les méthodes qui permettent, par exemple, de réduire de 57% la consommation d'énergie d'une pompe entraînée par un moteur électrique sont tout aussi valables chez nous qu'aux USA et, pour l'instant, ne sont guère utilisées.
     Un autre aspect important est l'utilisation malencontreuse de l'électricité au titre de la lutte contre les nuisances, le meilleur exemple étant celui des tunnels routiers. Si l'on veut respecter les critères de qualité de l'air valables en Suisse au voisinage immédiat des portails de tels tunnels, on est appelé à ventiler ces tunnels avec des puissances considérables. En plus, l'éclairage dans les tunnels consomme beaucoup. Un tunnel de 2 km exigera facilement 1.000 kW de puissance installée. Si cette puissance n'est utilisée, en gros, que la moitié du temps, elle consommera de l'ordre de 4 millions de kWh par an, soit l'équivalent de la consommation d'environ 1.500 ménages (non-équipés du chauffage électrique). Ces tunnels ont la faveur des autorités, parce qu'ils permettent de cacher le trafic automobile à la vue et d'en éliminer, en partie, le bruit.

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     Ces avantages à courte vue sont payés très cher. Si on veut toujours davantage de voitures, il faut accepter de les voir, de les entendre et d'en respirer les émanations.
     L'utilisation rationnelle de l'électricité peut être encouragée par une tarification adéquate telle que celle introduite récemment par la Ville de Zürich, qui pénalise les fortes consommations au lieu de les favoriser, comme cela est encore trop souvent le cas (voir Energie Umwelt de mars 1991).
     Les appareils ménagers peuvent être considérablement améliorés. La Fondation suisse pour l'Energie (FSE, Sihlquai 67, 8005-Zürich) dispose d'une liste très complète donnant la consommation d'électricité de tels appareils. Les variations de consommation à prestation égale sont particulièrement grandes pour les machines à froid. J'ai, pour ma part, pu réduire cette consommation d'un facteur de l'ordre de 3 pour le bahut congélateur et de l'ordre de 4 pour le frigo.
     Rappelons enfin que l'utilisation de l'électricité pour la cuisson est malencontreuse du point de vue de l'économie énergétique, à cause de son mauvais rendement exergétique (voir page précédente). Partout où faire se peut, on devrait remplacer les cuisinières électriques par des cuisinières à gaz et cela est possible dans la plupart des cas. J'ai moi-même remplacé ma cuisinière électrique par une cuisinière à gaz alimentée par des bonbonnes de butane (le réseau de distribution du gaz ne parvient pas jusque chez moi) et j'ai pu constater que le rendement est nettement meilleur, ce qui fait que cette façon de cuisiner est finalement aussi meilleur marché. De plus, dans l'optique du long-terme, le butane ou le gaz naturel destinés à la cuisson peuvent être remplacés par du biogaz. Un des brûleurs de ma cuisinière est du reste alimenté par le biogaz produit dans ma fosse septique. Ce qui nous amène au problème de la production d'énergie par des agents renouvelables.

4. PRODUCTION D'ÉNERGIE, EN PARTICULIER D'ÉLECTRICITÉ, PAR DES RESSOURCES
RENOUVELABLES

     On laissera ici de côté la production hydroélectrique en rappelant cependant qu'il y a encore quelques pour-cents à gagner dans les rendements des installations, particulièrement celles à relativement faible hauteur de chute (turbines Francis et Kaplan). La production supplémentaire qui en résultera est loin d'être négligeable. De plus, on peut encore installer de petites turbines ici et là, sans compromettre l'écologie des cours d'eau concernés. Je pense, cependant, qu'il ne faut pas trop mettre l'accent sur l'augmentation de la production hydroélectrique, étant donné que l'on a déjà compromis l'hydrologie de bien des vallées en pompant les eaux des torrents dans des lacs d'accumulation (Grande-Dixence, par exemple). A long terme, je verrais plutôt un renoncement à ces pratiques déraisonnables et une réduction de la production d'électricité d'origine hydraulique. Cela sera d'autant plus facilement réalisable que l'on disposera d'autres méthodes de production.
     Les options qui semblent à ce stade les plus prometteuses sont, à mon avis:
     - La production de chaleur à partir de biogaz ou de biomasse (en particulier, le bois).
     - La cogénération à partir de biogaz ou de biomasse.

suite:
     - La production d'énergie, électricité ou chaleur, à partir du rayonnement solaire.
     L'énergie éolienne ne doit certes pas être négligée, mais son potentiel en Suisse reste assez faible. Il en est de même de la géothermie (Nd. Ces ressources sont à utiliser sur les sites où leur mise en valeur est aisée.
     Une ressource éventuelle, pratiquement inexploitée à ce jour, est la chaleur de compostage. Quelques expériences intéressantes ont été faites, surtout en Autriche. Par ailleurs, un projet pilote, financé par l'OFEN, est en cours de réalisation au Tessin (Léon Jaccard, CH-6985-Curio). Il est difficile de se prononcer à ce stade sur le potentiel de cette méthode.

4.1. Production de chaleur à partir de biogaz ou de biomasse

La chaleur disponible au titre des combustibles renouvelables est loin d'être négligeable. Le Tableau 1 donne 25 PJ pour le bois, hypothèse qui n'a rien d'excessif et correspond environ, avec les rendements actuels, à la combustion de 3 millions de m3 de bois. La forêt suisse peut, sans déboisement, en produire davantage (si elle subsiste...). Même si une partie importante du bois produit est utilisée dans la construction et la menuiserie, il ne faut pas oublier qu'après un certain nombre d'années, une partie de ce bois devient disponible comme bois de feu.
     Concernant la combustion du bois, il est important de relever qu'un poêle bien conçu atteint des rendements bien meilleurs que beaucoup de chaudières, la raison étant que la température dans la chambre de combustion peut atteindre des valeurs beaucoup plus élevées si l'on évite de soutirer de la chaleur directement autour des flammes. Par ailleurs, on évite la distribution de la chaleur par un fluide caloporteur, laquelle nécessite une pompe et donc de l'électricité. Le chauffage central, qui a pris une très grande extension, est en fait très généralement une mauvaise méthode de chauffage. Si les rendements de combustion du bois, qui sont aujourd'hui encore assez faibles, de l'ordre probablement de 60% en moyenne, étaient portés à 85%, les 3 millions de m3 de bois fourniraient 35 au lieu de 25 PJ.
     Le bois n'est pas le seul combustible renouvelable. La paille, le papier, voire certains déchets industriels et ménagers (qu'il vaudrait d'ailleurs mieux ne pas produire), peuvent être brûlés pour fournir de la chaleur. Cependant, d'une manière générale, la combustion et le stockage de ces substances posent davantage de problèmes qu'ils n'en posent avec le bois. Il pourrait, dans bien des cas, être préférable d'en tirer du biogaz par digestion anaérobie et de composter les résidus.

4.2. Cogénération à partir de biogaz et de biomasse

     La production de biogaz est possible à partir de pratiquement n'importe quel "déchet" organique, mais ceux qui s'y prêtent le mieux sont incontestablement les fumiers de toutes sortes et les boues de station d'épuration (STEP) qu'il vaudrait aussi mieux ne pas produire.

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Le Tableau 1 donne une production annuelle d'énergie de 20 PJ pour le biogaz, ce qui est certainement modeste par rapport au potentiel théorique. Dans une étude prospective faite pour le Danemark, Meyer et Nordgard estiment le potentiel du biogaz à 59 PJ/an, dont 20 pour le fumier, 30 pour la paille, 6 pour les déchets industriels et ménagers, et 3 pour le bois. Ils estiment que ce chiffre pourrait être doublé si on se lançait dans la culture énergétique. Le Danemark a certaines similarités avec la Suisse: à peu près même surface et même consommation d'énergie par habitant. La production de biogaz en Suisse n'a pas été encouragée par les autorités et la production d'électricité décentralisée par cogénération à partir du biogaz a été combattue par les électriciens, si bien que les progrès ont été lents et que bien des paysans ont abandonné leurs installations de production de biogaz, faute de soutien et d'encouragement. La Suisse est aujourd'hui à la traîne du Danemark, sauf probablement pour la production de biogaz à partir de boues de STEP. Cette production fonctionne remarquablement bien. Elle est, de plus, très rentable, parce qu'une STEP doit de toutes façons traiter ses boues et que le biogaz peut être considéré comme un sous-produit gratuit.
     La cogénération est la production simultanée de chaleur et d'énergie mécanique. Elle exige un moteur. Le biogaz a l'avantage de pouvoir être utilisé sans grand problème dans les moteurs à combustion interne à essence ou Diesel. L'avènement du moteur Stirling à combustion externe permet cependant d'envisager la cogénération avec quasiment n'importe quel combustible.[1]Une installation de cogénération à moteur Stirling utilisant des copeaux de bois a été récemment mise en servie à Langenbruck (Ökozentrum, Schwengistrasse 12, CH - 4438 - Langenbruck). Cela ouvre des perspectives très intéressantes. Rappelons que le moteur Stirling est une invention déjà ancienne. Le fait qu'il n'ait pas été développé plus vite tient, d'une part, à certaines difficultés propres à ce moteur, en particulier les problèmes d'étanchéité et de transfert de chaleur et, d'autre part, à ce que les constructeurs ne s'y sont plus intéressés, occupés qu'ils étaient à perfectionner les moteurs à combustion interne pour la propulsion des véhicules. Il semble cependant que les problèmes spécifiques du moteur Stirling aient été maintenant surmontés et on annonce des durées de fonctionnement de 20.000 heures et davantage (Bulletin du VVE de février 91).
     Au Danemark, on envisage la construction d'unités de production d'énergie appelées LOCUS (Local Cogeneration Utilite System), combinant la cogénération avec un stockage de chaleur, voire des éoliennes. Cela permet une plus grande flexibilité et des rendements nettement meilleurs que le système qui consiste à produire l'électricité de manière centralisée dans des unités de production aussi grandes que possible. Ce dernier système doit, à mon avis, être considéré comme périmé. Il est la conséquence d'une erreur de jugement consistant à admettre que le coût de la production du kWh est d'autant moins élevé que les unités de production sont grandes (économies dites d'échelle).

[1] Le moteur Stirling utilise de l'air comme fluide moteur. Cet air circule entre une source chaude et une source froide toutes deux constituées d'échangeurs de chaleur.
suite:
     Cette manière de voir ne tient pas compte des inconvénients inhérents à une centralisation abusive. De plus, au delà d'un certain seuil, l'augmentation de la puissance des centrales n'abaisse plus le prix du kWh produit, mais le fait plutôt monter. Et lorsque la centrale devient trop grande et trop complexe, elle finit par perdre en fiabilité avec, comme conséquence, une augmentation massive des coûts de production (exemple Superphénix...). Finalement, le système centralisé exige des lignes de transmission à tension toujours plus hautes, ce qui augmente l'électro-smog ambiant (voir à ce sujet l'excellent livre de W.-D. Rose, Elektrosmog - Elektrostress, Kiepenheuer & Witsch Verlag). Même si les conséquences de cet électro-smog sur la santé de. la biosphère en général, et de l'homme en particulier, sont systématiquement niées par les marchands d'électricité, les preuves contraires s'accumulent et il faudra bien un jour aborder cette problématique sérieusement.

4.3. Production d'énergie à partir du rayonnement solaire

     La production d'eau chaude à partir du rayonnement solaire est devenue aujourd'hui une affaire de routine et la surface de collecteurs augmente régulièrement. A ce jour, il doit y avoir en Suisse environ 100.000 m2 de collecteurs pour l'eau chaude sanitaire et encore une fois autant pour le chauffage de piscines. Si l'on admet que chaque m2 de collecteur rapporte, en moyenne, 300 kWh/an, l'énergie produite par ce moyen atteint aujourd'hui environ 0,2 PJ/an. Ce n'est pas encore beaucoup par rapport à une consommation totale de 760 PJ, mais cela n'est plus entièrement négligeable et il faudra bientôt que la statistique globale suisse de l'énergie, publiée chaque année par l'OFEN, prévoie une rubrique pour cette contribution. La surface totale de collecteurs en Suisse n'est finalement, pour l'instant, que de 0,2 km2 et devrait pouvoir atteindre plusieurs km2 d'ici l'an 2000. On note d'ailleurs un intérêt accru des collectivités publiques pour des projets d'assez grande envergure impliquant des surfaces de collecteurs importantes.
     La production d'électricité par voie photovoltaïque progresse également et il semble que les fabricants de panneaux commencent à avoir de la peine à suivre. On signalera le projet de la Société Alpha-Real visant à installer rapidement une puissance électrique de 1 MW, répartie sur 333 installations de 3 kW. Ce projet est réalisé actuellement pour plus de la moitié. Une telle installation de 3 kW, qui comprend une surface de 25 m2 de panneaux photovoltaïques, est capable de fournir au moins 3'500 kWh d'électricité par an. Cette électricité est mise directement dans le réseau et n'exige pas de batteries de stockage. Il est intéressant de relever qu'une maison familiale qui s'équipe d'une telle installation et qui utilise l'électricité de manière rationnelle (pas de chauffage électrique), devient, en bilan annuel, un exportateur d'électricité (dans mon cas, avec une consommation annuelle d'environ 2.000 kWh, j'exporterais à peu près 1.500 kWh par an. Malheureusement, je ne peux pas m'offrir cette installation). C'est donc un moyen pour transformer un consommateur en un fournisseur. De plus, si le kWh mis au réseau est payé à un prix convenable, on crée chez le propriétaire de l'installation une motivation d'économie. 

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Tout se passe comme avec un tarif progressif, le prix du kWh augmentant avec la quantité consommée.
     On relèvera, pour terminer, que la surface de panneaux
photovoltaïques théoriquement nécessaire pour remplacer la production des centrales nucléaires (77,5 PJ/an) est de l'ordre de 150 km2 avec la technologie actuelle (0,34% de la surface du pays), mais pourrait diminuer notablement si le rendement des cellules photovoltaïques s'améliorait. De toutes façons, il n'est ni réaliste, ni souhaitable de remplacer la production nucléaire actuelle par une production photovoltaïque. Il est bien plus rentable de l'économiser, et c'est en plus tout à fait possible.

4.4. Bilan intermédiaire de l'électricité

     Le Tableau 2 donne le bilan de l'électricité en Suisse en moyenne pour les années 1988 (bonne année hydraulique) et 1989 (mauvaise année hydraulique), et un bilan de l'électricité tel qu'il pourrait se présenter en 2025 et si possible bien avant (2025 est officiellement l'année de l'arrêt définitif de la dernière centrale nucléaire suisse, celle de Leibstadt, dans l'hypothèse où cette centrale arriverait effectivement à fonctionner 40 ans comme annoncé par ses exploitants). Le bilan de 2025 n'est pas particulièrement ambitieux, la cogénération pouvant fournir bien plus que 30 PJ (voir études GESE). Ce qui est important de constater, c'est que sans nucléaire, la Suisse peut parfaitement rester un pays exportateur d'électricité et continuer à jouer son rôle dans le réseau interconnecté de l'Europe. Qui plus est, une partie des 30 PJ d'électricité obtenus par cogénération pourront être fournis par des ressources renouvelables (voir chap. 4.2), ce qui suppose, bien entendu, qu'on ait fait un effort suffisant pour mettre ces ressources en valeur. Si une ressource fournit par cogénération 30 PJ d'électricité, cela veut dire que l'on a mis en jeu environ 90-100 PJ d'énergie finale, ce qui est manifestement plus que ce qu'il serait souhaitable de mettre à disposition à partir de ressources renouvelables (Tableau 1). Le bilan 2025 du Tableau 2 correspond à une étape intermédiaire et n'est pas une projection à long terme. Néanmoins, ce bilan laisse entrevoir qu'en l'an 2025 déjà, l'électricité pourrait être produite à près de 90% par des énergies renouvelables.

Tableau 2: Bilan de l'électricité aujourd'hui


5. PÉRIODE DE TRANSITION

     Comme on l'a dit dans l'introduction, entre un long terme n'utilisant que des énergies renouvelables et un présent où les ressources non-renouvelables satisfont l'essentiel d'une demande d'énergie excessive, il y a une période de transition pendant laquelle les ressources non-renouvelables doivent être progressivement abandonnées. 

suite:
Le nucléaire est à l'évidence le meilleur candidat à un abandon rapide, à cause des dangers inacceptables qu'il fait courir à l'humanité, mais aussi parce que son abandon est assez peu problématique (Tableau 2). L'abandon des autres agents énergétiques non-renouvelables est cependant également nécessaire à terme. La question est de savoir par où commencer.
Le gaz naturel, convenablement utilisé, me paraît un bon choix pour la période de transition. Il se prête aisément à la cogénération et produit moins de polluants et de CO2 par unité d'énergie fournie que le pétrole ou le charbon. Il est, de plus, disponible en Europe en quantités considérables. On pourrait donc imaginer que dans la phase initiale de la période de transition, qui correspond à la période du moratoire, la part du gaz naturel dans l'approvisionnement énergétique de la Suisse augmente assez notablement. Cela permettrait de réduire progressivement la part du pétrole dans le chauffage des locaux, tout en fournissant, par cogénération, la part d'électricité qui n'est pas couverte par les économies d'énergie et les ressources renouvelables (Tableau 2).
     L'abandon progressif du pétrole, qui est incontournable à terme, pose bien entendu le problème du trafic automobile. Je ne vais pas aborder ce problème ici, puisque le but premier du moratoire est l'abandon de l'énergie nucléaire, laquelle n'intervient pas dans le trafic routier. D'autre part, ce problème de trafic pose des questions complexes auxquelles il n'y a pas de réponses toutes faites. Il faudra cependant l'aborder très bientôt, car les conséquences d'une réduction importante et, à mon avis, inévitable de la mobilité sont d'une portée considérable. Toute la question sera de savoir si la réduction de mobilité sera un phénomène social voulu ou subi. La première option est bien entendu la meilleure, encore faudrait-il que ceux qui se targuent de guider, sinon de fixer les choix de notre société, perçoivent enfin les échéances auxquelles nous devons faire face.
 
 

6. CONCLUSIONS






     Les données du problème de l'énergie sont au fond assez claires. Une diminution de la consommation d'énergie et, en particulier, d'électricité, est nécessaire et tout à fait possible. Sortir du nucléaire n'est pas vraiment un problème. Mais accepter cela va à l'encontre du mythe de la prospérité par l'expansion économique, mythe auquel les pouvoirs économiques et, par suite aussi le pouvoir politique, continuent à s'accrocher. Il en résulte que les problèmes sont encore très généralement mal posés.

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Le moratoire devrait être utilisé pour amener la révolution nécessaire dans notre manière d'aborder le problème de l'énergie. Il faut commencer par écarter les vieux tabous qui nous ont mis dans la situation actuelle. Cela devrait permettre aux solutions à long terme de faire leur percée. 
     - La consommation d'énergie, pas plus que le PNB, ne mesurent la prospérité, encore moins le bonheur des gens. Leur augmentation n'est pas un indice de santé de l'économie, mais plutôt l'indice d'un dérèglement dont les conséquences peuvent être catastrophiques. 
     - La centralisation de la production et l'augmentation de la puissance unitaire des centrales ont déjà été beaucoup trop loin. Elles rendent le système fragile et compromettent son 
efficacité.
     - Le coût d'un kWh non-renouvelable calculé selon les méthodes comptables usuelles est illusoire, parce qu'il ne tient compte ni de l'épuisement des ressources, ni de la destruction de l'environnement auxquels leur utilisation donne lieu.
     - Le réajustement des prix de l'énergie non renouvelable ne doit pas être considéré comme une taxe, mais plutôt comme la suppression d'une subvension injustifiée à ceux qui tirent profit de la pollution sans en payer les conséquences; en voici quelques exemples:
     - Un carburant beaucoup trop bon marché est une subvention à l'industrie de l'automobile.
     - Un kWh électrique beaucoup trop bon marché est une
subvention aux usines d'aluminium, à l'industrie du chauffage électrique, aux gadgets de toutes sortes, y compris les plus stupides comme le laser installé récemment au Casino de Montreux pour "amuser" les visiteurs en lançant dans la nuit des rayons lumineux de plusieurs km de long. 
     - Un m3 d'eau potable beaucoup trop bon marché est une subvention aux fabricants de piscines, de WC, de stations d'épuration, ainsi qu'aux poseurs de tuyauterie.

     La "vérité des prix" exige manifestement une nouvelle comptabilité qui tienne compte des impacts sur la biosphère. Il y a lieu de la développer et de l'appliquer. Il en résultera que les économies d'énergie et les méthodes de production plus décentralisées, utilisant des énergies renouvelables, ne seront plus pénalisées par des calculs de coûts fallacieux et apparaîtront clairement comme les plus avantageuses.
    En attendant que les milieux économiques comprennent le
problème, la promotion des économies d'énergie et des méthodes de production décentralisées doit être financée par des fonds publics, prélevés si possible sur les énergies non-
renouvelables. Les économies doivent être rendues attrayantes pour les particuliers et les investissements dans la production décentralisée et renouvelable encouragés. Cela ne doit pas être fait timidement et à la petite semaine. 

suite:
Le Tableau 2 montre qu'il faut réduire la consommation d'électricité de manière assez importante d'ici 2025 et il faudrait qu'en 2000 une partie du chemin soit fait. Il faudrait aussi que les énergies renouvelables et la cogénération aient pris une place non-négligeable dans la production. Cela exigera un effort considérable. Si l'on veut, par exemple, qu'en l'an 2000, 5 PJ/an d'électricité soient fournis par la cogénération, cela signifie que quelque 25.000 unités de 15 kW (à peu près la puissance de la machine TOTEM de Fiat) soient en service, ce qui représente un investissement de l'ordre de 600 millions de francs. Cela n'est en soi pas énorme (Leibstadt a coûté 5 milliards de francs pour produire environ 25 PJ/an), mais encore faut-il qu'il soit consenti.
      Le moyen le plus sûr me semble rester la volonté des citoyens d'économiser l'énergie chez eux. C'est ce message qu'il faut, à mon avis, faire passer prioritairement. Mais il faudra aussi  informer ces mêmes citoyens sur les efforts entrepris (ou non entrepris) par le secteur public et privé pour que le moratoire ait une chance d'aboutir à une réduction notoire de la consommation d'électricité et une augmentation significative de la part des énergies renouvelables dans sa production.

ANNEXE 1

Proposition pour une nouvelle orientation
de la politique énergétique Suisse
 

1. INTRODUCTION

     Avec l'acceptation par le peuple suisse de l'initiative du moratoire le 23.9.90, la proposition de réorienter la politique énergétique suisse ne donnant la priorité à l'utilisation rationnelle de l'énergie, plus particulièrement de l'électricité, au lieu de la donner, comme jusqu'ici, à la mise à disposition de quantités d'énergie toujours plus grandes, devrait avoir une meilleure chance d'être prise au sérieux. Mais ni son acceptation, ni même sa prise en compte par l'officialité (principalement OFEN et UCS) ne vont de soi. Il sera nécessaire de la faire connaître, d'en informer les citoyens de manière à ce qu'une certaine pression soit exercée sur les décideurs. Cette note présente les grandes lignes d'une politique énergétique dont le but serait de plafonner, puis réduire la consommation d'électricité, car c'est cet agent énergétique qui est surtout concerné par le moratoire.

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2. DÉCLARATION D'INTENTION

     Les buts précèdent toujours l'action (Denis de Rougemont). Jusqu'à maintenant, la politique énergétique suisse n'avait pas de but avoué. On se contentait de suivre l'évolution de la consommation en essayant de l'extrapoler pour prédire "l'augmentation des besoins" et on présentait comme un devoir sacré de satisfaire toute demande qui pourrait se manifester dans le futur. (...) En d'autres termes, sans le dire ouvertement, on restait prisonniers du mythe de la prospérité par l'expansion économique, lequel exige l'augmentation permanente et illimitée de tout ce qui peut contribuer au PNB.
     Dans un premier temps, l'Office fédéral de l'Energie (OFEN) devrait fixer le niveau de consommation d'électricité à atteindre d'ici l'an 2000. Notre suggestion est que ce niveau soit les 80% de sa valeur de 1990, ce qui signifie que l'on se propose de réduire la consommation d'électricité de 2% par an en moyenne pendant ces 10 ans.
     Dans un deuxième temps, il convient de proposer des moyens pour atteindre le but ainsi fixé.
     Dans un troisième temps, il faut proposer des moyens pour assurer le suivi de manière à ce que des mesures correctives puissent être prises en temps utile si la consommation n'évolue pas comme souhaité. Le cas échéant, il pourra être nécessaire de réviser le but initialement fixé vers le haut ou vers le bas.

3. MOYENS POUR RÉDUIRE LA
CONSOMMATION D'ÉLECTRICITÉ

     Les principales catégories d'utilisation sont:

     - CHALEUR: c'est curieusement le poste le plus important auquel la statistique globale attribue environ 45% de la consommation totale. Près de la moitié de cette électricité-chaleur est consommée dans les ménages. L'inconvénient est que le détail de cette consommation d'électricité-chaleur est très mal connu. On ne sait pas, par exemple, quelle part est utilisée par le chauffage électrique des locaux. La première chose à faire est donc probablement de mieux connaître la manière dont cette électricité-chaleur est consommée.

     - TRAVAIL MÉCANIQUE: environ 40% de la consommation totale, donc aussi un poste très important. Les transports, surtout les CFF, ne représentent que les 13% de ce poste (5% de la consommation totale), alors qu'artisanat, agriculture et services en prennent les 29% et l'industrie le 49%. Il serait donc souhaitable de mieux connaître la répartition sur les applications industrielles de l'électricité-moteur. Dans certaines applications (pompes), des améliorations d'efficacité considérables sont possibles.

     - ÉCLAIRAGE: représente les 12% de la consommation, ce qui est relativement peu comparé aux postes précédents. Mais l'amélioration de rendement possible est ici très grande et on pourrait réduire cette consommation à moins de la moitié, voire au quart de ce qu'elle est aujourd'hui. D'autre part, l'action peut être immédiate.

     - CHIMIE: représente 3-4% de la consommation. L'industrie concernée semble réduire spontanément cette consommation au fil des ans (en 1980 l'OFEN attribuait 8% de la consommation à la chimie).

suite:
3.1. Principe général

     Aucune économie n'est négligeable. Tout gaspillage est répréhensible. Le renoncement à des services d'utilité marginale (ou à d'autres) doit être encouragé. Le renoncement est une démarche intéressante qui ne signifie pas un retour à l'âge des cavernes.

3.2. Réduction de la consommation d'électricité-chaleur

     Chauffage électrique direct: Inefficace (rendement exergétique très faible). Le remplacement des chauffages électriques directs par d'autres moyens de chauffage n'est cependant en général pas facile. Les distributeurs d'électricité devraient néanmoins aborder la question avec leurs clients. Dans certains cas, la mise en place d'une pompe à chaleur est possible, mais assez onéreuse, si bien qu'un arrangement financier doit être trouvé. Un chauffage d'appoint par poêle à bois performant permettrait de réduire la consommation.
     Il est clair que les maisons équipées d'un chauffage électrique direct doivent être bien isolées. Ceci devrait être vérifié. L'expertise de la maison pourrait être prise en charge par l'Etat ou le distributeur.
     Cuisinières électriques: Une mauvaise application de l'électricité dont le rendement énergétique est faible et diminue en général avec le temps (plaques et casseroles peu plates). Le remplacement par des cuisinières à gaz est souhaitable et presque toujours possible. Si l'on veut garder la cuisinière électrique, il faudrait en vérifier périodiquement l'état. Ce service pourrait être fourni par le distributeur. Les constructeurs devraient soigner l'isolation du four.
     Eau chaude: Quand faire se peut, utiliser l'énergie solaire. Sans cela, s'assurer que l'isolation des boilers et conduites soit bonne. On peut aussi utiliser des boilers à pompe à chaleur qui sont disponible sur le marché.
     Lave-linge: Beaucoup d'électricité est utilisée pour chauffer l'eau, Si bien que le critère pour ces machines est la quantité d'eau utilisée par kg de linge lavé. Des améliorations ont été obtenues par les fabricants.

     Les applications de l'électricité-chaleur devraient être répertoriées et chacune d'elles analysée de manière à définir les standards de consommation. D'une manière générale, la réduction de la consommation d'électricité-chaleur fait appel à des améliorations d'isolation, ce qui n'est guère problématique, ou alors au passage à un autre agent énergétique. Produire de la chaleur basse température n'est pas une bonne application de l'électricité.

3.3. Réduction de la consommation d'électricité-moteur

     - Les moteurs de qualité moyenne ont des rendements de 90%, alors qu'un très bon moteur peut atteindre 96%.
     - Les réductions de consommation les plus grandes peuvent être obtenues dans les cas de charges variables en ajustant la vitesse du moteur à la demande, ce qui exige un régulateur de fréquence. Toute amélioration de rendement apportée au système entraîné par le moteur (pompe, ventilateur, etc.) se traduira alors par une réduction de la consommation.

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     Ce domaine semble très prometteur, mais il n'est pas facile, faute de statistique adéquate, d'en apprécier le potentiel.
     - Arrêter les pompes de circulation des chauffages lorsqu'on ne chauffe pas.

3.4. Réduction de la consommation pour l'éclairage

     - Les lampes à incandescence consomment environ 5 fois plus que les lampes à fluorescence pour produire la même quantité de lumière.
     - Les rendements de système d'éclairage à tubes néon peuvent être notablement améliorés.
     - Ne pas éclairer les rues inutilement (de jour). Eteindre les devantures de magasins après la fermeture, en particulier celles des distributeurs/vendeurs (Société Romande d'Electricité à Clarens, par exemple). D'une manière générale, il y a débauche d'éclairage en Suisse.
     - Suppression des consommations stand by qui ne sont pas vraiment nécessaires (stéréo, TV, etc). Mettre des interrupteurs en lieu et place.
     - Certains appareils semblent consommer plusieurs dizaines de watts même arrêtés. Le "Kassensturz" estime cette consommation parasite à 50W par ménage. Ce qui représente environ 1000 GWh/an ou un peu moins de la moitié de la production de Mühleberg!

4. SUIVI ET ACTIONS CORRECTIVES

     Le suivi de l'évolution de la consommation d'électricité devrait être organisé par l'OFEN, mais suppose une collaboration étroite avec les compagnies d'électricité qui se trouvent en fait aux leviers de commande. Il est parfaitement clair qu'elles peuvent faire capoter tous les efforts d'économie si elles le veulent. Il est donc indispensable de les impliquer dès le début et avec leur accord, ce qui suppose qu'on l'ait obtenu. Une phase de discussion avec les compagnies d'électricité est donc un préalable nécessaire. Le plus simple est probablement de passer par l'UCS, Balinhofplatz 3, CP 6140, 8023 Zürich.
     Il faudra ensuite former un groupe de travail comprenant des représentants des compagnies d'électricité, de l'OFEN et des mouvements anti-nucléaires. Ces derniers pourraient être représentés par un ou deux collaborateurs de la Fondation suisse pour l'Energie, FSE, Sihlquai 67, 8005 Zürich. Le groupe de travail devra formuler de manière précise les actions décrites sommairement au point 3 et faire des propositions pour l'organisation du suivi de l'opération.
     Si cette première phase réussit, l'OFEN pourra se charger de faire le point à période fixe sur les résultats obtenus et organiser, si besoin est, des séances de groupe de travail pour mettre au point et planifier les mesures correctives.

suite:
ANNEXE 2

Communiqué de presse

Après le scrutin du 23 septembre sur la politique énergétique

     Le Conseil fédéral a pris connaissance de la nouvelle donne résultant du scrutin du 23 septembre dernier et des conclusions qu'il faut en tirer quant à la politique énergétique.
     Le souverain ayant approuvé l'article énergétique et l'initiative en faveur du moratoire nucléaire, deux constatations s'imposent: aucune nouvelle centrale nucléaire ne pourra être construite en Suisse pendant assez longtemps, d'une part, et de l'autre, la Confédération et les cantons sont appelés à mener une politique nettement plus active d'utilisation rationnelle de l'énergie et de promotion de agents nouveaux et renouvelables. D'ici à la fin du siècle, il s'agit de bien faire voir l'efficacité de leur action. Il faut en effet rejeter aussi bien l'évolution actuelle, qui consiste à couvrir par l'importation une demande d'électricité toujours croissante, que l'idée de construire de grandes centrales thermiques fossiles qui ne réaliseraient pas le couplage chaleur-force.
     Le modèle auquel on se référera ces dix prochaines années se base sur le scénario du moratoire élaboré par le Groupe d'experts scénarios énergétiques; celui-ci préconise en effet une série de mesures en faveur de l'utilisation plus rationnelle de tous les agents énergétiques. Sa réalisation implique cependant un armistice énergétique, qui permette une action conjointe de toutes les forces en présence (principalement l'économie énergétique, les organisations écologistes, les communes, les cantons et la Confédération).
     Le DFTCE envisage le programme énergie 2000 qui se déroulera sur trois plans: la Confédération réalisera rapidement l'arrêté sur l'énergie et elle examinera d'autres mesures en vue de se donner de nouvelles bases légales (loi sur l'énergie). Elle doit accroître son effort en faveur des activités d'information, de conseil, de la formation initiale et permanente, de la recherche et du développement, avant tout dans le domaine de l'utilisation rationnelle de l'énergie et des nouvelles énergies renouvelables. De leur côté, les cantons et les communes renforceront leur action par le biais du Programme de politique énergétique. Enfin, on prévoit des initiatives et des investissements de l'économie énergétique, des organisations écologistes et de consommateurs, des associations professionnelles, de l'industrie et de l'artisanat, sans oublier les particuliers.
     Ce programme a pour objectif de stabiliser le plus rapidement possible la consommation d'énergies fossiles et d'électricité et d'accroître de façon substantielle l'apport des
énergies renouvelables. Les rejets de CO2 devraient être au moins stabilisés d'ici l'an 2000.

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     Il faudra mettre sur pied une organisation efficace permettant de concrétiser rapidement le programme "énergie 2000", d'en coordonner les opérations et de procéder à un bilan annuel, puis aux corrections qui s'imposeraient. La direction de ce projet est confiée à Monsieur H.L. Schmid, vice-directeur de l'Office fédéral de l'énergie.
     D'ici à la fin de l'année, il est prévu de développer le programme "énergie 2000" et d'en préciser les termes à l'intention du Conseil fédéral.
Nov. 1990
Département fédéral des transport,
des communications et de l'énergie
Service de presse
Annexe:
Programme "énergie 2000"

Information:
H.L. Schmid, Office fédéral de l'énergie, tél. (031) 61.56.02


Programme "énergie 2000"

1. OBJECTIF

     Tirer le maximum du moratoire, obtenir des résultats concrets d'ici l'an 2000
     - stabilisation de la consommation d'agents fossiles et d'électricité
     - apport accru des nouvelles énergies renouvelables à la production d'électricité et de chaleur
     - stabilisation des rejets de CO2: an 2000, puis réduction de ces rejets

suite:
2. TENEUR (À TITRE INDICATIF)

2.1. Confédération

     - arrêté sur l'énergie, loi sur l'énergie; év. d'autres arrêtés
     - mesures supplémentaires: p.ex. taxe/énergie ou CO2, fonds investissements
     - informations, conseils, formation initiale et permanente, recherche et développement, programme interne

2.2. Cantons/communes

     - exigences minimales pour bâtiments, programmes d'assainissement
     - trafic en agglomération, lutte contre la pollution de l'air
     - instruments d'exécution

2.3. Particuliers

     - industries, artisanat, organisations de protection de l'environnement, associations professionnelles, etc.
     - centrales électriques: programme d'encouragement à la production, recommandations sur les tarifs

3. ORGANISATION

DFTCE: objectifs, responsabilité, calendrier
Groupe: mettre sur pied, coordonner, suivre "énergie 2000"

p.51

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