| Les déchets que nous produisons
sont devenus l'un des problèmes écologiques majeurs de notre
société. Par leur quantité croissante et déjà
insupportable sur presque toute la surface de la planète, et par
l'augmentation de la toxicité et de la dangerosité des déchets,
ceux-ci font peser des risques de plus en plus graves sur les populations
et sur l'environnement.
Alors que la nature est capable de "digérer" sans risques la totalité de ses déchets, par biodégradation, fragmentation, érosion et recyclage - et sur ce dernier point, les chaînes trophiques jouent un rôle fondamental pour la conservation et l'équilibre des éco-systèmes - les "anthropo-systèmes" n'ont pas atteint cette maturité. En France, les quelque 400 millions de tonnes de déchets agricoles, 150 millions de tonnes de déchets industriels et 20 millions de tonnes de déchets ménagers ont largement dépassé la capacité d'autodégradation par les milieux naturels. La surproduction de déchets entraîne donc la saturation des écosystèmes par accumulation des déchets sur place, provoquant des types de pollution jusqu'alors inconnus et un impact dramatique sur les milieux naturels et les paysages. La toxicité fortement accrue, ces dernières décennies, avec l'extrême diversité des substances chimiques mises sur le marché (agro-alimentaire, agriculture, industries chimiques et pharmaceutiques), et les effets de synergie qui découlent de leur mixité dans les dépôts d'ordures (sauvages ou contrôlés), participent à l'empoisonnement progressif de la biosphère par diffusion dans les sols, les milieux aquatiques et l'atmosphère, et par concentration à travers les chaînes alimentaires. |
Par ailleurs, la gestion des déchets
nucléaires apparaît fort préoccupante par la persistance
de la radioactivité de certains éléments pendant plusieurs
millénaires et l'absence de procédés de destruction
satisfaisants, impliquant un stockage rigoureusement contrôlé
et gardienné pour toute la durée de la radioactivité.
La production massive de biens de consommation standards, à durée de vie de plus en plus courte, non réparables et fabriqués avec des matières premières et de l'énergie non renouvelables, est sûrement l'une des causes de cette surproduction "rudérique". (1) Cette dérive majeure des sociétés modernes est illustrée par le fait que les industries produisent non plus pour satisfaire les besoins fondamentaux des populations mais pour spéculer. Parallèlement, les consommateurs, emportés par le tourbillon de la vie urbaine, se laissent tenter par les atours d'une distribution fort bien organisée - sauf pour la collecte des déchets - pour répondre à un mode de consommation axé maintenant sur rapidité et facilité: avoir tout sur place, se déplacer moins souvent mais en automobile pour emmener plus de biens à la fois. L'hypermarché répond mieux à ces exigences que le petit commerçant de quartier. Dans cette logique, les emballages se sont considérablement développés en France, surtout dans la dernière décennie. (1) Rudérique relatif aux déchets (mdus en latin: décombres). p.57
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L'ENVIRONNEMENT Avancée certaine dans le domaine de
l'hygiène, dans la conservation du produit et de la sécurité,
l'emballage n'en est pas moins problématique au niveau de l'environnement,
sur le plan des pollutions, nuisances et impacts dans tout le cycle de
vie du produit, "du berceau jusqu'à la tombe", notamment à
l'état de déchet. Il représente par ailleurs assez
bien le produit-symbole d'une société de gaspillage surtout
s'il est en plastique.
2. NI SUCCÈS, NI ÉCHEC: PÉLICAN
L'opération Pélican est une tentative de recyclage des bouteilles plastiques PVC d'eaux minérales et d'eaux de source, par une action partenariale expérimentale. Les partenaires:
L'objectif commun:
(suite)
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suite:
Les moyens: - choisir le rythime de l'année scolaire 89-90 pour sensibiliser les enfants des classes de CM1/CM2 (8 à 10 ans) aux problèmes des déchets et acquérir de nouveaux gestes : "ne plus jeter mais recycler". Le principe d'action:
L'objectif affiché par les industriels
est transparent: 10% des 2 millions de tonnes de PVC fabriqués en
France concernent les bouteilles (ler producteur mondial). Particulièrement
attaqué par certains voisins européens, le marché
du PVC, et par extension du plastique, était menacé. Il fallait
donc trouver un moyen pour faire contre-feu par anticipation aux décisions
maximalistes présentées au niveau européen (notamment
le projet de directive CEE, actuellement retravaillé, prévoyant
le recyclage des 70% des emballages d'ici 5 ans) et visant particulièrement
les 97% de PVC non recyclés en France. L'image de la profession
devait être rehaussée par une campagne de notoriété
sur le recyclage du PVC, d'où le désir de partenariat avec
les associations de protection de la nature (cf. annexe no1
en fin d'article).
p.58
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| Des résultats:
270 tonnes collectées en quelques mois (novembre 89-mai 90) par 20.000 enfants de 800 classes. Malgré la faiblesse des résultats, eu égard à l'objectif visé (270t / 2500t, soit 1/10ème seulement), le taux de collecte sur gisement atteint une valeur excellente pour une action expérimentale uniquement scolaire: 28% en moyenne avec un taux exceptionnellement bon de 56% (Valence). Mais, selon J.F. Cagnot (in Le Jaune et Rouge, novembre 1990, p.76), "la rentabilité de la collecte séparée des emballages plastiques en longue période n'a pu être encore démontrée, compte tenu des coûts de collecte dus à la faible densité apparente de ces emballages". Dans la suite immédiate de l'action, si l'on a pu juger du fort impact de la sensibilisation, il a par contre été très difficile d'assurer la pérennité de la collecte dans les mois suivants. Plusieurs raisons peuvent être évoquées:
Force est de constater que malgré ces
lourds handicaps,
(suite)
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suite:
Il reste que malgré l'initiative des industriels et la bonne volonté des principaux acteurs - services techniques des villes et élus, enfants et milieu éducatif, associations et public - la méthode apparaît insuffisante pour résoudre à elle seule la problématique de la gestion de la collecte des déchets recyclables. Si la CEE devait imposer rapidement un taux de recyclage de 70%, ce taux serait difficilement applicable en France sans faire appel à d'autres techniques et méthodes complémentaires pour extraire les PVC et l'ensemble des déchets recyclables des ordures ménagères. Les industriels l'ont certainement compris dès le départ, en intervenant pour intégrer l'incinération comme mode de recyclage dans le projet de directive CEE pour les emballages agro-alimentaires. Les associations de leur côté y sont opposées. Elles considèrent en effet que même en filtrant les fumées et en récupérant l'énergie, l'incinération possède un rendement bien inférieur à celui du recyclage, qui économise en matière première et énergie. D'après une récente étude (J.F. Bourgoin, Valorga-Process, in Combat Nature, janvier 91) le rapport d'économie d'énergie serait de 1 à 4: 0,4 tep. pour l'incinération et 1,6 pour le recyclage. France Nature Environnement estime aussi (Lettre du Hérisson, janvier 91) que ce serait une mesure contraire àl'encouragement du recyclage et qu'il vaudrait mieux éviter l'incinération du PVC, celle-ci dégageant de l'acide chlorhydrique. Actuellement seulement 10% des incinérateurs sont conformes aux normes européennes, ce qui correspond environ à 30% des ordures ménagères traitées par incinération. On ne pourra valablement résoudre le problème des emballages dans la gestion des ordures ménagères qu'en changeant les mentalités (produire et consommer mieux et moins, ne plus gaspiller) et en adaptant le système administratif et fiscal pour un meilleur partage des responsabilités et un financement à la hauteur des coûts, dans tous les cas nettement sous-estimés (Cf. annexe no 5). Dans cet esprit, les propres limites de l'opération Pélican ont valeur expérimentale. Chacun pressent désormais que l'expérimentation locale permet seule d'adapter la théorie à la pratique pour résoudre la difficile question de la gestion des déchets. Une approche globale et partenariale, où les techniques et méthodes ne sont plus jugées concurrentes mais complémentaires, paraît montrer la voie. En tout cas, l'expérience montre aussi l'aspect déterininant et irremplaçable, en amont et pour accompagner toute action, d'une sensibilisation bien comprise. p.59
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(% volume conditinné), 1987:
Annexe 2: Le coût de l'environnement. Actuellement le coût d'une décharge,
sauvage ou autorisée, est très élevé pour l'environnement
parce que mal gérée, et très difficile à évaluer
concrètement; aucune étude sérieuse n'a été
faite. Il faudrait inclure notamment le coût:
Annexe 3: Méthodes de collecte du PVC bouteille expérimentées dans le cadre de l'Opération Pélican. Collecte séparative multi-matériaux
en porte à porte: une poubelle pour les déchets recyclables,
une poubelle pour les autres. Taux de retour des bouteilles PVC: 70% (expérience
dans 3 quartiers à Chambéry).
Annexe 4: Opération Pélican, zone pilote,
Phase pédagogique
(suite)
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suite:
- 792 classes ont participé, soit 68% des classes des communes participantes. - 70% de ces classes ont été sensibilisées par les associations relais de France Nature Environnement. - 270 tonnes de PVC (plus de 6 millions de bouteilles) ont été récoltées par les enfants, soit 28% du gisement potentiel, très bon résultat. - 39% de la population ont été touchés dans les villes concernées. Collecte tout public Suite à cette première phase, les villes n'ont pas toutes perséveré. - Collecte mise en place: Haute-Savoie, L'Isle d'Abeau, Neufchâteau, Vienne, Vitrolles, Contrexéville, Vittel. - Collecte "sur le départ": Saint-Etienne, Romans, valence. - Collecte à l'étude: Marignane, Vitrolles, Aix-en-Provence, Marseille, Aix4es-Bains, Chambéry. - Collecte en attente de décision ou de renoncement: Bourgoin, Lyon, Grenoble, canton de Viviers, Bollène, Avignon, Annemasse. Extension de l'Opération La notoriété de Pélican a provoqué une affluence de demandes. Ses promoteurs ont préféré assurer une meilleure gestion des déchets là où Pélican a déjà eu lieu plutôt qu'une dispersion dans toute la France. Toutefois de nouvelles candidatures sont recevables là où il y a une réelle volonté, pour que Pélican ne soit pas un coup médiatique sans lendemain. C'est dans ce sens que de nouvelles collectivités ont lancé l'opération: Montpellier, Bourg-en-Bresse, le département du Tam, Bourg-les-Valence, La Tour du Pin; d'autres sont en pourparlers: Limoges, Pau, Cannes, Le Mans, Mâcon... Annexe 5: Les 10 propositions de la décennie 90
1. Consommer moins et mieux.
p.60
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