| Amory B. Lovins, Stratégies énergétiques
planétaires, traduction française par les «Amis
de la Terre» de World Energy Strategies dont une premiere
version ronéotypée a été diffusée par
les Amis de la Terre de Grande-Bretagne à la fin de 1973 et une
seconde version est parue dans The Bulletin of the Atomic Scientists,
Chicago, en mai-juin 1974. L'édition française comporte une
Préface de Ph. Lebreton et G. Nicaise, la traduction de la Préface
à l'édition suédoise par Hannes Alfven, Prix Nobel
de physique, un Avant-propos de David R. Browner, Président des
Amis de la Terre au niveau international ainsi qu'une Note non signée
sur l'auteur et le livre. Christian Bourgois éditeur, Paris, 1975,
192 p.
Ce n'est pas sans raison que les préfaciers
de l'édition française de cet ouvrage ont qualifié
Amory Lovins d'auteur génial et que le Prix Nobel Hannes Alfven
a présenté ledit ouvrage comme un «admirable survol
du débat» énergétique. Rompant avec la tradition
des économistes qui, traitant de l'énergie, avaient habitué
les gestionnaires tant politiques que commerciaux à des extrapolations
de la croissance des «besoins» en énergie et à
l'agrégation des finalités de cette dernière, la production
de chaleur domestique n'étant pas distinguée de la production
de lumière artificielle ou des utilisations informatiques, Amory
Lovins, alors tout frais émoulu de physique et de lettres, est venu
introduire dans le débat énergétiques les dimensions
suivantes:
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A ces apports greffés sur une information quantitative et qualitative exceptionnelle, Amory Lovins ajoutait le recours a un humour souvent désopilant, tel celui dont il fait montre dans la citation que voici: «Comme le fait remarquer Malcolm Mac Ewen, un homme qui ne peut pas remplir sa baignoire parce que l'eau s'écoule sans cesse n'a pas besoin d'un plus grand chauffe-eau, il a besoin d'un bouchon.» A la lumière de ces principes et problèmes, l'auteur étudie les avantages et les inconvénients des différentes sources d'énergie disponibles de par le monde, à savoir le pétrole, le gaz naturel, le charbon, les hydrocarbures non conventionnels, mais aussi les grands paramètres de toute stratégie énergétique que constituent les problèmes de rythme et d'ordre de grandeur, les implications des contraintes en capital, les options autres que les combustibles fossiles, la fission nucléaire, la fusion nucléaire, l'énergie géothermique, les énergies actuelles (donc les diverses formes d'énergies solaires), les systèmes energétiques et leurs composants, les économies d'énergie et enfin les enjeux y compris dans les questions de risques, d'éthique et de conflits. La plupart des «Conclusions» que Amory Lovins posaient à la fin de son opuscule mériteraient de figurer dans une Anthologie des Jalons de la pensée sur les liens entre Energie et Société. Citons-en ici les plus actuelles: a) «Les taux de croissance énergétique accélérée que la plupart des pays industrialisés ont longtemps maintenu ne peuvent plus durer bien longtemps. Les gouvernements devraient s'adapter àcette réalité et mettre au point des stratégies à longue portée compatibles avec cette situation et avec les autres contraintes de ressources qu'elle implique... b) La plupart des ajustements techniques qui augmentent les approvisionnements en énergie sont lents, coûteux, risqués et à bénéfices temporaires; la plupart de ceux qui réduisent la demande sont assez rapides, bon marché ou gratuits, et d'un bénéfice permanent... c) Il est nécessaire de mettre rapidement en oeuvre les moyens de diminuer les coûts sociaux et écologiques de l'extraction, de la conversion et de la combustion du charbon, car celui-ci et les produits synthétiques dérivés offrent à beaucoup de pays, à court et à moyen terme, la seule voie de transition d'une économie fondée sur le pétrole à une économie durable, fondée sur les énergies actuelles... d) Un choix varié de technologies énergétiques «non conventionnelles» - surtout celles fondées sur les revenus plutôt que sur le capital énergétique - devraient être développées et déployées aussi rapidement que possible à l'aide de stimulants adaptés. Les actuelles et les nouvelles technologies énergétiques devraient être intégrées dans des systèmes qui les utiliseraient chacune de façon aussi adaptée et efficace que possible. p.119
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| e) Les ressources fiscales
et humaines actuellement consacrées aux programmes de fission nucléaire,
et surtout au développement des surgénérateurs, devraient
être immédiatement redistribués vers les objectifs
b, c et d. Les gouvernements devraient interrompre leurs programmes
nucléaires jusqu'à ce que l'on trouve un nombre suffisamment
important de personnes infaillibles pour les faire fonctionner pendant
les prochaines centaines de milliers d'années, et jusqu'à
ce que toutes les personnes affectées par de tels programmes aient
été consultées... Si, comme beaucoup d'experts s'y
attendent, un accident majeur survenait dans un réacteur ou dans
un confinement des déchets dans les dix-quinze prochaines années,
la fission risquerait de devenir politiquement impraticable...[1]
j) Tous les pays devraient s'inspirer des principes suivants: 1. ... Les facteurs biophysiques, aussi bien qu'économiques doivent gouverner les décisions en matière d'énergie. 2. Nous devons mettre au point une science et une technique d'analyse des impacts énergétiques, afin de faire de l'énergie une variable critique de toutes les décisions politiques [2], plutôt que de la laisser surgir de facto des décisions prises en fonction d'autres considérations. Sinon nous pourrions devenir des exportateurs nets d'énergie vers le Moyen-Orient en échangeant des produits à haute teneur énergétiques contre du pétrole, ou à commettre d'autres absurdités du même genre [3]. En outre, nous devons tous apprendre à voir l'énergie, non seulement dans les combustibles et l'électricité, mais dans les biftecks, le papier, les bouteilles, tout... 3. Nous devons distinguer les besoins de la demande et éviter de créer des demandes inutiles. 4. La perception qu'ont les économistes de l'énergie s'améliorera probablement s'ils réapprennent que la monnaie est un moyen d'échanger des ressources physiques réelles, du travail, de l'eau, du terrain, etc., mais n'est pas en elle-même une telle ressource... 5. Pour prendre des décisions rationnelles à long terme - plus d'une vingtaine d'années - nous devons nous renseigner sur le comportement non linéaire des systèmes biologiques, moins nous fier aux calculs d'escompte et d'amortissements, cesser de minimiser les risques futurs, considérablement allonger nos horizons de temps... 6. Les avis politiques devraient maintenant commencer a venir de ceux qui ont essayé de prévenir nos difficultés présentes, et non de ceux qui les ont causées mais qui dominent encore la planification énergétique... De plus, les enjeux importants de la stratégie énergétique ne sont pas techniques et économiques mais plutôt sociaux et éthiques; ils ne peuvent être convenablement perçus par ceux dont la vision est purement technique: «Leur croyance en l'efficacité de la puissance les aveugle et les empêche de voir la plus grande efficacité de sa non-utilisation. » 7. Nous devons adopter explicitement la méthodologie des prises de décision dans l'incertitude, en reconnaissant que, même des événements de très faible probabilité peuvent se produire et que l'on doit s'en protéger. Les systèmes hautement techniques, hautement bureaucratisés, hautement centralisés sont les plus vulnérables à l'imprévu. Les gouvernements devraient essayer de diversifier leurs «portefeuilles» de risques. (suite)
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8. Enfin, nous ne devons pas oublier que la façon dont nous choisissons l'échelle de temps pour la planification peut affecter notre choix de stratégies. Poursuivre un but à court terme (comme l'indépéndance vis-a-vis du pétrole importé) peut exclure des options à long terme et conduire à des problèmes similaires, mais encore plus difficiles à résoudre, d'ici quelques décennies, tout comme nous sommes maintenant sévèrement restreints dans nos choix par la planification à court terme faite dans le passé. La planification est un procédé de temporisation et son but, dans un monde incertain, est de garder ouvertes autant d'options que possible. Les politiques énergétiques actuelles, aussi tacites et mal construites soient-elles, détruisent rapidement les options dont l'humanité, vivante ou à naître, aura besoin pour des millénaires.» Telles étaient les thèses de Amory Lovins immédiatement après le premier choc pétrolier, au début des années septante. Plus de quinze ans après, force est de constater qu'il n'a toujours pas été entendu. Non seulement les responsables actuels de la planification énergétique n'ont-ils rien changé aux méthodes qu'ils avaient utilisées avant cet événement, mais la plupart des citoyens occidentaux ont continué à se montrer plus énergivores comme le signale la montée en puissance de leurs voitures individuelles, toujours plus gourmandes en pétrole, alors même que ce dernier est de plus en plus rare et convoité et que presque partout en Europe des limitations de vitesse rendent la puissance automobile obsolète. D'ailleurs, la preuve que cette évolution tourne le dos au progrès véritable, c'est que le rendement thermodynamique des moteurs automobiles se traîne misérablement en-deçà de 20% alors que des mutations sont intervenues dans la performance d'autres techniques comme celle des ordinateurs. Toutefois, c'est sur le plan international que la dépendance des pays industrialises envers le pétrole s'est révélée la plus redoutable, avec une accélération du décalage entre pays développés et pays du Tiers-Monde, puis avec l'éclatement de la crise du Golfe arabo-persique soulignant l'extrême vulnérabilité de l'économie mondiale et de la paix elle-même. 2. C'est Amory Lovins qui souligne tout ce qui figure en italique dans ce texte. 3. C'est nous qui soulignons ce passage de Amory Lovins, également prémonitoire pour ce qui est de l'exportation de milliards de dollars d'armements hautement sophistiqués et à haute concentration énergétique des pays industrialisés vers le Moyen-Orient et plus précisément vers l'Irak, avec les conséquence que l'on connaît aujourd'hui. p.120
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| Bien que l'originalité
d'Amory Lovins en matière de prospective énergétique
fût intégralement présente dès l'opuscule que
nous venons de commenter, c'est dans un ouvrage postérieur, non
traduit en français, intitulé Soft Energy Paths, Toward
a Durable Peace [4] qu'elle devait sauter aux yeux de ses lecteurs
sous la forme de graphiques représentant, pour la première
fois à notre connaissance, des courbes de production et de consommation
futures d'énergie qui, au lieu de grimper continuellement comme
chez les autres experts de l'époque, tous acquis à une croissance
illimitée, s'infléchissaient vers le bas plus ou moins rapidement
pour décroître inéluctablement en, fonction des contraintes
que nous avons enoncées au début du présent compte
rendu.
Octobre 1990, Jan Masolijn
Peter Pringle et James Spigelmann, Les barons de l'atome, Paris, Editions du Seuil, 1982, 416 p. (traduction de The Nuclear Barons, New York, Holt Rinehart and Winston, 1981). Voici assurément un ouvrage fondamental
pour comprendre la problématique mondiale dans ses dimensions
stratégique, énergétique et culturelle. Il y avait
jusqu'à sa parution profusion d'études spécialisées
ou partisanes sur différents aspects du nucléaire civil ou
militaire, mais fort peu d'enquêtes globales sur la
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L'indissociabilité du nucléaire civil et du nucléaire militaire, le caractère particulièrement dangereux, en tout dans l'ordre politique, de la filière des surrégénérateurs au plutonium, et l'inefficacité des prétendues sauvegardes contre la prolifération dont l'Agence internationale pour l'énergie atomique a la garde figurent parmi les principaux enseignements qui se dégagent de la lecture de cet ouvrage. Il n'en est que plus curieux que ses auteurs ne paraissent pas tirer de ces constatations toutes leurs conséquences. En effet, loin de se prononcer catégoriquement contre le recours à l'électronucléaire, par exemple, ils semblent considérer sans défaveur la proposition que le physicien américain Alvin Weinberg présenta dès 1972 à l'effet de constituer un véritable «sacerdoce nucléaire» chargé de gérer pendant pendant les millénaires à venir une technologie dangereuse car effectivement issue d'un pacte faustien! Parmi les autres faiblesses de l'ouvrage, il convient de signaler une analyse dépassée depuis de nombreuses années du programme nucléaire argentin et une connaissance très lacunaire de la littérature antinucléaire, particulièrement de celle émanant des scientifiques français. La Gazette nucléaire, par exemple, n'est jamais citée, probablement parce que les auteurs en ignorent même l'existence. En dépit de ces faiblesses et de quelques autres dues au style journalistique, les spécialistes d'histoire contemporaine ne pourront guère se permettre d'ignorer Les barons de l'atome. Ivo Rens
Recension parue dans la Revue suisse d'histoire, vol. 34,1984, pp.
258-259.
L 'aventure de la Bombe. De Gaulle et la dissuaszon nucléaire (1958-1969). Colloque organisé à Arc-et-Senans par l'Université de Franche-Comté et l'Institut Charles de Gaulle les 27, 28 et 29 septembre 1984, Paris, Plon, 1985, 380 p. (Collection Espoir). Enfin un ouvrage produit par quelques-uns des
responsables des différents aspects de la politique nucléaire
de la France! L'ensemble est articulé en trois parties dont les
deux dernières sont elles-mêmes subdivisées en sections.
On y trouve des communications, souvent de bonne qualité, suivies
de débats, voire d'appendices.
p.121
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| Sous-jacente à la première
partie, qui est la plus historique, se pose la question: Comment, dans
une IVe République atiantiste et hostile à une Bombe française,
un petit nombre de politiques et de scientifiques ont-ils pu mener les
préparatifs qui rendirent possible la première explosion
nucléaire française moins de deux ans après le retour
au pouvoir du général de Gaulle? Les réponses
sont fournies ingénument par les auteurs des communications relatives
à la première partie, et plus cyniquement par le principal
responsable desdits préparatifs à savoir M. Pierre Guillaumat
qui fut Administrateur général délégué
du Gouvernement près le CEA de 1951 à 1958, avant de devenir
ministre des Armées de 1958 à 1960 puis ministre délégué
aux Questions atomiques de 1960 à 1962.
M. Guillaumat nous apprend en effet: «Nous laissions aux hommes politiques la responsabilité de signer des documents permettant la préparation de l'arme atomique tout en disant qu'il n'en est pas question» (p. 70). Les tergiversations de Guy Mollet, d'abord adversaire puis partisan de l'armement nucléaire après l'aventure frustrante de Suez, et celles en sens inverse de Mendès-France et de Jules Moch en proie a un repentir aussi vain que tardif, ne font que mieux ressortir la surdétermination nucléocratique des dirigeants du CEA, de quelques rares scientifiques dont le professeur Yves Rocard, directeur du laboratoire de l'Ecole normale supérieure, des gaullistes et, bien sûr, du général de Gaulle lui-même, tous partisans inconditionnels de la raison d'Etat. Plus que tout autre à notre connaissance, cet ouvrage permet et justifie une réévaluation des relations de Paris avec les autres puissances, à la lumière du feu nucléaire. Ivo Rens
Jean-Claude Favez et Ladislas Mysyrowicz, Le nucléaire en Suisse.
Jalons pour une histoire difficile, Lausanne, Editions l'Age d'Homme,
1987, 179 p. (Collection «La Suisse en question»).
Recension parue dans la Revue suisse d'histoire, vol. 37, 1987, no 1, pp. 105-106. Ce livre est constitué de deux études
distinctes qui prennent appui sur les résultats d'une recherche
menée sous les auspices du Fonds national suisse pour la recherche
scientifique par l'Unité d'histoire contemporaine de la Faculté
des lettres de Genève sur le thème «Cohésion
nationale et changement technologique:
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La seconde étude, due à la plume de Jean-Claude Favez, est intitulée «Le nucléaire et la culture politique suisse». Axée sur les difficultés tant d'application que de révision de la loi atomique de 1959, elle est fondée sur l'étude des documents parlementaires pendant la période qui va de 1959 à 1980. C'est donc délibérément que les prises de position extraparlementaires, présentées dans les annexes, n'ont pas été incorporées au corpus. On y trouve une analyse en profondeur des tensions provoquées, surtout dans les années 1970, par l'électronucléaire et en particulier par le projet de centrale de Kaiseraugst, entre l'Etat de droit et les exigences nouvelles de la démocratie issues de la prise de conscience écologique. A propos d'écologie, on regrettera toutefois une certaine confusion entre l'écologie politique et l'écologie scientifique. Cette dernière, en effet, n'est pas née dans la période considérée, comme pourrait le faire croire un passage (p. 142), mais bien au tout début du siècle comme l'atteste son institutionnalisation en tant que branche de la biologie chargée d'étudier les interactions entre les êtres vivants et leur environnement. C'est en 1913 qu'ont été créés la «British Ecological Society» et son périodique intitulé Journal of Ecology et c'est en 1915 que sont nés leurs pendants nord-américains, la «Ecological Society of America» et son organe intitulé tout simplement Ecology. Or, ces sociétés savantes et leurs publications n'ont alors qu'un rapport potentiel avec le thème de la protection de la nature. Consacré à une matière explosive et justiciable de disciplines et de registres aussi divers que variés, ce petit ouvrage, dont les auteurs s'abstiennent soigneusement de prendre parti, n'en constitue pas moins un passage obligé pour tout historien qui traitera de l'évolution politique de la Suisse de la seconde moitié du XXe siècle. Ivo Rens
Recension parue dans la Revue suisse d'histoire, vol. 40, 1990, no 2, Schwabe & Co AG Verlag, Basel. Philippe Lebreton, La Nature en crise, Editions Sang de la Terre, Paris, 1988, 346 p. L'ouvrage est préfacé par François
Ramade, professeur d'écologie et de zoologie à l'Université
de Paris-Sud; postface de Robert Hainard.
p.122
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| Philippe Lebreton invoque encore un autre motif de désintérêt
pour la protection de la nature, que pour notre part nous placerions en
premier: «Faute sans doute de discipline et d'éducation, le
public français - toujours latin et récemment technophile
- n'a pas vraiment admis la nature et, après un bref intermède
de lucidité, voire de civisme dans les années septante, a
adopté une attitude probablement freudienne de repli individualiste
et de fuite en avant dans l'artificiel» (p. 15). Plus loin il ajoute:
«Nous parlerions volontiers de cohabitation homme/nature pour les
Etats-Unis, de symbiose au Japon, d'ignorance ou d'hostilité plutôt
en ce qui concerne la France et, de manière plus générale,
les pays latins et méditerranéens comparés aux peuples
anglo-saxons et nordiques» (p. 22).
Enfin, avant d'entrer dans le vif du sujet, fort utilement le professeur Lebreton précise un certain nombre de définitions. Nous retenons ici celle qu'il donne de l'écologie scientifique: «Nourrie des disciplines naturalistes et, pour partie, physico - chimiques, l'écologie est par excellence la science de la nature: se situant à un niveau intégré de l'organisation matérielle et biologique, elle se propose en effet de décrire et d'expliquer, non seulement les relations de chaque espèce avec son milieu (autécologie, notion de biotope), mais les relations des espèces entre elles (synécologie, notion de biocénose)». En note, il ajoute cette remarque qui nous semble inspirer l'ensemble de son ouvrage: «On peut donc aussi parler d'intelligence de la nature, au sens étymologique du terme: inter(re)lier» (p. 26). Il caractérise ensuite le champ de recherches: «Introduisant les paramètres temps et énergie dans cette optique anatomique, l'écologie devient physiologique lorsqu'elle étudie le fonctionnement des écosystèmes. L'écologie est tout autant fondamentale - lorsqu'elle formule les lois régissant la structure et l'évolution des communautés biologiques (notions de chaines alimentaires ou de stratégies démographiques) - qu'appliquée - lorsqu'elle aborde le dysfonctionnement des cycles géochimiques, débouchant sur une écopathologie, ou science des nuisances.» L'ouvrage est divisé en trois parties. Le premier tiers établit l'état de la nature, les constats en cette fin du XXe siècle. Les données concernent en général la France; nous pensons que la situation en Suisse est souvent approchante. Lebreton envisage d'abord la faune. «Pour la génération de nos parents ou de nos grands-parents, écrit-il, la chasse au perdreau et son apprêt culinaire étaient parties prenante du rituel dominical campagnard» (p. 36). On a fini par s'adapter à la fadeur du poulet surgelé et nourri industriellement, ajoutons-nous! La circulation automobile, la mécanisation de l'agriculture, le remembrement agricole qui supprime les haies, le drainage, le recours intensif à la chimie, les pesticides, la chasse usant d'armes toujours plus meurtrières et profitant de l'ouverture de routes jusqu'au coeur des forêts et des régions de montagne les plus reculées, ont décimé les espèces (le lecteur trouvera énumérations et statistiques au fil des pages). Puis la flore. Celle-ci souffre particulièrement de deux activités humaines, aujourd'hui intensives: l'agriculture et le tourisme. Les messicoles, les espèces de milieux humides, des dunes, sont les plus touchées (p. 64), exterminées par le dépeupleur [1] planétaire qu'est l'homme. (suite)
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Au Sud, entre autres exemples, «les sierras andalouses ont été ravagées à coup de capitaux et de bulldozers étrangers pour l'implantation sur de vastes surfaces d'oliveraies ou d'amanderaies soigneusement purgées de toute flore adventice, tandis que les ruraux, expulsés par cette mutation économique, venaient grossir les bidonvilles de Séville» (p. 67) ou exécuter les travaux que Suisses et Allemands ne veulent plus accomplir. Le biologiste aborde le sujet controversé du dépérissement forestier, «résultat d'une synergie entre causes artificielles elles-mêmes multiples et éventuellement interactives, et causes naturelles probablement subordonnées» (p. 80). Le chapitre s'achève sur ce constat: «La protection du végétal, plus encore que pour l'animal, exige la maîtrise totale du milieu, d'où - à l'exception des herbes utiles - le mépris et l'hostilité du rural pour la plante sauvage, ressentie comme concurrente de ses efforts» (p. 81). Les sites et les paysages si souvent abâtardis (d'où ce qualificatif, monstre linguistique, qui le leur renvoie bien: lieu rurbain!) sont également passés en revue; nuisances dues aux grands travaux: autoroutes, canaux, centrales nucléaires... Certes, tout n'est pas urbanisé ni construit, néanmoins il faut que les espaces naturels aient une certaine grandeur pour former des unités valables. «Si l'on prend des segments minimums de 2 km de long et de 2 km de profondeur (définition anglaise de 1' heritage coast), il ne reste plus en Méditerranée française (Corse non comprise) que 1,9%, soit 17,5 km d'espaces naturels» (p. 89). Et ces chiffres datent de 1979! Sans oublier l'état de l'atmosphère, des sols et des eaux. En ce qui concerne ces dernières, Lebreton attire l'attention sur la pollution thermique. A 20oC, l'eau saturée contient 9 mg/litre d'oxygène dissous, et en perd 2% environ pour chaque degré d'échauffement. Sur le site électronucléaire de Bugey, sur le Rhône, où 3 centrales fonctionnent par refroidissement à eau, l'échauffement moyen des eaux est de 5,6+- 1,8oC, soit +2o par an (à ce niveau la valeur thermique normale du Rhône est de l'ordre de 5o par an). De plus la réoxygénation du fleuve est gênée par l'aménagement des barrages hydroélectriques qui nuisent au brassage et remous propices aux échanges air/eau (p. 123). La description sommaire mais suffisante du contexte, à savoir notre système économique industriel, dans lequel la protection de la nature tente de faire entendre sa voix, introduit la deuxième partie de l'ouvrage: - Confiance absolue en la technique, prolongeant un siècle de triomphalisme scientiste (Comte, Pasteur, Berthelot, les Curie...). - Primauté du quantitatif sur le qualitatif; absurdité de la notion de PNB (produit national brut), étalon de la richesse, qui inclut toutes les dépenses nationales, même contradictoires; en France on additionne le chiffre d'affaires de la Seita (régie des tabacs) par exemple et le budget affecté aux Centres anticancéreux. - Primauté de l'économique sur le vivant. - Hétéronomie croissante des individus et des groupes sociaux, très sensible dans les domaines de la santé, de la culture et des loisirs. [1] Terme emprunté à Samuel Beckett. p.123
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| Un tel système ne trouve
son équilibre que dans le mouvement: «le phénomène
de croissance est donc inhérent au fonctionnement d'une telle
économie, dont le maître-mot est toujours plus»
(p. 144). Avec pour conséquences l'évolution énergétique,
l'intensification agricole (et son endettement qui croît dans les
mêmes proportions), les nuisances dues aux transports et aux loisirs
intégrés à la sphère commerciale! Lebreton
a de l'humour lorsqu'il écrit: «Il faut beaucoup d'esprit
critique pour saisir l'ironie d'une piscine édifiée sur les
rives d'un fleuve dont les eaux jadis accessibles et pures autorisaient
la baignade à nos grands-parents; ou d'une économie qui enrichit
le maïsiculteur, mais l'oblige à acheter du gibier de repeuplement
pour sa chasse dominicale» (p. 165).
Les transports quant à eux représentaient en 1949 5,6% des dépenses totales d'un ménage français moyen, et en 1988 environ 20%. Le revenu national français a été multiplié par près de 4 entre 1946 et 1975, tandis que le nombre de voitures par 15. D'ailleurs le budget annuel des routes en 1983 en France atteint quelque 13 milliards de francs, soit 15 fois le budget du ministère de l'Environnement (p. 168). Cette exclamation de Georges Pompidou, alors ministre du général de Gaulle, fit certes se retourner dans leur tombe maints génies de la pensée française et mondiale: «Il convient que Paris s'adapte à l'automobile». En tout cas, elle illustre bien la Weltanschauung qui prévaut à l'heure actuelle. Le schéma suivant explicite l'interaction des diverses nuisances de l'environnement: ![]() Le professeur Lebreton aborde ensuite les partenaires
et moyens à l'oeuvre dans la sauvegarde de la nature: ministère
de l'Environnement, associations de protection de la nature (FRAPNA, fédération
Rhône-Alpes de protection de la nature, SEPNB et SEPNMC, société
pour l'étude et la protection de la nature respectivement en Bretagne
et dans le Massif central, section française du WWF, etc.), sans
oublier les instruments juridiques.
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Enfin l'auteur traite des réserves naturelles, des sites classés et des parcs nationaux. Il passe en revue les énormes difficultés juridiques et politiques rencontrées dans la gestion de l'environnement, pages souvent rébarbatives, non par la faute de l'auteur, mais parce que le sujet l'est. La dernière partie de l'ouvrage établit le bilan sectoriel de la protection de la nature (palmarès de la dépollution industrielle, évolution de la qualité des eaux, faune, flore, forêt, inventaire des zones réservées, ... réussites et échecs). La complexité des phénomènes en jeu interdit tout jugement lapidaire et oblige souvent à se tenir à mi-distance entre catastrophisme et optimisme de commande (p. 301). Il est d'autant plus délicat de remédier aux nuisances qu'elles sont systémiques et fréquemment transfrontalières. Par ailleurs nous avons été frappé par une constatation générale qui revient à plusieurs reprises dans le livre de Philippe Lebreton: dans la brève analyse qu'il fait de la composition des associations de protection de la nature, il constate qu'elles rassemblent 65% d'hommes, 58% ont moins de 40 ans, 50% sont d'un niveau culturel au moins égal au baccalauréat alors que la moyenne française est de 18%. Etudiants, cadres supérieurs, professions libérales y sont majoritaires! Plus loin, il remarque que la perception des risques de catastrophe écologique augmente chez les diplômes universitaires, tandis qu'elle diminue avec l'âge (p. 309). Bref, la protection de la nature serait le souci de l'élite. Enfin le désintérêt actuel de la population pour la sauvegarde de l'environnement résulterait d'un renversement des valeurs: on lance des souscriptions publiques pour la protection d'un monument historique ou pour la lutte contre le cancer, mais non pour construire Superphénix, officialisant ainsi une nouvelle hiérarchie (p. 321). De plus sont peu à peu présents aux leviers de commande de la société des hommes et des femmes dont l'horizon quotidien de l'enfance formatrice a moins connu le chant des oiseaux que l'écran, un peu plat, de la télévision. Pour ceux-là, l'artificiel devient des plus naturels, l'anthroposystème, une seconde nature, close, autonome, autiste peut-être (p. 306). Nous sommes entrés de plain-pied dans The Brave New World d'Aldous Huxley. Six pages de références bibliographiques terminent l'ouvrage, qualitativement et quantitativement important par la somme d'informations, de tableaux statistiques, cartes de géographie et graphiques rassemblés. La science de la nature est tributaire de nombreux facteurs et paramètres. Le professeur Lebreton n'a pas oublié l'nfluence de la psychologie ni des traditions qu'il relève, parfois en note, incluant ainsi l'histoire, voire l'histoire des idées dans sa démarche, comme il le fit dans d'autres ouvrages [1]. [1] Philippe Lebreton, L'ex-croissance, Dennoël, Paris, 1978. - Philippe Lebreton, Eco-logique, InterEditions, Paris, 1978. p.124
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| Nous le suivons d'autant mieux sur cette voie que Stratégies
énergétiques, biosphère et société
attache beaucoup d'importance à cette dernière, à
son passé comme à son avenir et à ses choix éthiques.
Nous retenons entre autres cette hypothèse, intéressante
et discutable tout à la fois, qui dévoile peut-être
les racines profondes de la diffficulté pour l'Européen,
l'Occidental de tradition judéo-chrétienne - disons l'homme
blanc - de considérer la nature, son environnement et sa protection,
autrement qu'un champ d'action ou qu'un lieu de loisir pour conquérants,
avec pour conséquence la catastrophe planétaire qui menace.
«Le symbole de l'Arche de Noé ne témoigne-t-il pas
d'un paternalisme qui veut voir au mieux dans l'animal un frère
inférieur, mais non un partenaire?» (p. 44). Ailleurs il écrit:
«Monothéisme, géocentrisme et anthropocentrisme sont
des attitudes intellectuellement convergentes » (p. 20). Enfin le
biologiste lui-même rappelle, et combien à juste titre, que
la perte de la nature n'est pas seulement un appauvrissement biologique.
«Par la place qu'elle occupe (ou qu'elle occupait) dans les chansons
enfantines ou dans les tableaux nt
impressionnistes, la flore messicole (le coquelicot, le bleuet...) est
partie prenante de l'agriculture, comme de la culture» (p. 64).
Joel Jakubec
Grigori Medvedev, La vérité sur Tchernobyl, 4 ans après,
les révélations d'un grand scientifique russe,
Préface d'Andrei Sakharov, édition originale russe Moscou
1989, Avant-propos de Serguei Zalyguine, directeur de Novy Mir éditeur
de l'édition russe, traduit du russe en français par Laetitia
et Nadine Diatlovic avec la collaboration de M. Gilbert Bédrossian
de l'Electricité de France International, collection Domaine russe
dirigée par Lucia Cathala, Albin Michel, Paris, 1990, 321 pages.
Voici un livre peu banal, car jusqu'à la «perestroïka» et la «glasnost» les auteurs soviétiques n'étaient pas autorisés à faire la critique des «réalisations du socialisme». Grigori Medvedev lui-même, malgré la mutation en cours du régime soviétique, eut beaucoup de mal à publier l'un des quatre récits décrivant la vie et le travail des agents des centrales nucléaires dont il entreprit la rédaction après l'accident de Three Mile Island le 28 mars 1979. Le récit en question intitulé «Les opérateurs» parut néanmoins en 1981. Cette circonstance ainsi que la Préface d'Andrei Sakharov, sur laquelle nous reviendrons, accroissent la crédibilité de cet ouvrage, en dépit de la bévue de l'éditeur français qui, en sous-titre, présente Grigori Medvedev comme un «grand scientifique russe», ce qu'il n'est pas alors que, de toute évidence, il aurait dû le présenter comme un «ingénieur nucléaire et haut fonctionnaire soviétique», ce qui n'eût en rien diminué l'autorité de l'auteur. Ce dernier nous apprend qu'il avait été ingénieur nucléaire à Tchernobyl dans les années septante et que, lors de la rédaction de son ouvrage, il était sous-directeur en charge de la section du nucléaire à la Direction générale de la construction des centrales qui dépend du Ministère de l'énergie de l'URSS et que, à ce titre, il fut envoyé en mission à Tchernobyl une semaine après le funeste accident du 26 avril 1986. C'est donc un homme qui sait ce dont il parle, et ce qu'il dévoile sur le fonctionnement de l'électronucléaire en Union soviétique le montre sans complaisance aucune. Dans ces conditions, on est quelque peu étonné d'apprendre que les traductrices de l'ouvrage ont eu recours à la collaboration d'un employé d'EDF International, l'EDF continuant à utiliser en France et ailleurs des méthodes très voisines de celles que dénonce Grigori Medvedev. (suite)
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suite:
Sans doute faut-il y voir une machiavélique imprudence d'EDF dont certains responsables s'obstinent à voir dans Tchernobyl non point un accident nucléaire mais un accident soviétique! L'ouvrage est divisé en six chapitres intitulés respectivement: I Avant Tchernobyl
L'auteur puise ses informations dans sa propre
expérience, dans les témoignages recueillis par lui et dans
les témoignages enregistrés lors du procès des dirigeants
de l'unité no 4 de Tchernobyl, de la quatrième
tranche de la centrale de Tchernobyl comme on dirait en France, c'est-à-dire
du réacteur qui explosa.
p.125
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| En revanche, les dangers inhérents à la contamination
radioactive, c'est-à-dire à l'empoisonnement par des éléments
de fission ou des transuraniens à la suite de l'absorption d'aliments
radio-émetteurs ne sont guère abordés. Il est vrai
qu'il s'agit là de l'une des conséquences à terme
d'une contamination radioactive qui ne se manifeste que plusieurs mois
ou plusieurs années après la contamination, en fonction des
voies mystérieuses des reconcentrations trophiques dans la chaîne
alimentaire, de sorte que l'auteur n' avait pas le recul suffisant pour
en traiter en connaissance de cause comme nous commençons seulement
à pouvoir le faire à présent.
Il est intéressant de relever que Grigori Medvedev n'en reste pas à la relation des faits mais qu'il en tire des conséquences d'ordre historico-philosophique et d'ordre éthique. C'est ce qu'attestent les passages suivants que nous croyons utile de citer: «La vie a démontré qu'il est important de disposer d'arguments théoriques fiables pour évaluer les prolongements de la révolution industrielle en général et de l'électronucléaire en particulier, et de dire la vérité» (p. 243). «Nous étions tous coupables[1], nous les spécialistes de l'énergie atomique, devant ces gens parfaitement innocents, devant le monde entier. Moi aussi, j'étais coupable, ainsi que mes rares collègues qui avaient compris la menace réelle que les centrales faisaient peser sur la population et sur la nature. Nous qui avions compris, nous n'avions pas suffisamment persévéré pour convaincre les gens du danger. Nous n'avions pas su briser le mur de la propagande officielle sur la prétendue fiabilité absolue des centrales nucléaires» (pp. 251-252). «Hélas, les nucléocrates ne se sont pas endormis. Quelque peu ébranlés par l'explosion de Tchernobyl, ils relèvent la tête, et se remettent à chanter les louanges d'un atome absolument sûr, sans oublier par la même occasion de cacher la vérité. En effet, on ne peut encenser l'atome pacifique sans s'efforcer dans le même temps de cacher la vérité. La vérité sur les difficultés et les dangers du travail des agents des centrales nucléaires et sur les risques que ces dernières font peser sur les habitants de leurs alentours et sur l'environnement» (pp. 310-311). Aussi bien l'auteur conclut-il son ouvrage sur la nécessité pour l'humanité d'accéder à une nouvelle culture fondée sur la vérité. Ce faisant, il va bien au delà de ce que Andrei Sakharov, un partisan de toujours de «l'atome pour la paix», recommandait en mai 1989 dans sa Préface au même ouvrage: «Pour ma part, je suis convaincu que l'énergie nucléaire est nécessaire à l'humanité. Il faut la développer, mais seulement en garantissant une sécurité absolue, ce qui suppose que les réacteurs soient installés en sous-sol. Une législation internationale imposant l'implantation des réacteurs sous terre doit être élaborée sans attendre» (p. 8). Tout Prix Nobel qu'il fût, Andrei Sakharov n'avait, semble-t-il, pas réalisé que, économiquement parlant, son projet d'enterrement des centrales nucléaires devait s'entendre tant au propre qu'au figuré! Jan Masolijn
[1] ...de la catastrophe de Tchernobyl. (suite) |
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Jean-Pierre Olsem, L'Energie dans le monde, Hatier, Paris, juillet 1984, 336 pages. Excellent petit ouvrage encyclopédique,
L'énergie dans le monde est divisé en trois parties
intitulées respectivement:
Dierck Orinckx
Antoine Ayoub et Jacques Percebois, éditeurs, Pétrole:
marchés et stratégies, Bibliothèque des matières
premières, Economica, Paris, 1987, 322 pages.
Cet ouvrage collectif rassemble les contributions
qui ont été présentées au Colloque intitulé
«Les marchés internationaux de l'énergie: des enseignements
de la théorie aux leçons de l'expérience» qui
s'est tenu à l'Université de Grenoble du 4 au 6 mars 1986
et qui avait été organisé conjointement par l'Institut
économique et juridique de l'énergie (IEJE) de Grenoble et
par le Groupe de recherche en économie de l'énergie (GREEN)
de Québec.
p.126
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| La plupart des contributeurs considèrent que le
volontarisme en matière de politique pétrolière est
voué à l'échec, compte tenu des mécanismes
du marché qui sont régulateurs sinon dans le court terme,
du moins à moyen ou long terme.
Il est frappant de constater que même les plus théoriques des contributions ne font aucun emprunt à un théoricien et économètre comme Nicholas Georgescu-Roegen qui, pourtant, est l'auteur d'une remise en cause du socle épistémologique de toute la problématique des ressources non-renouvelables et en particulier du stock des énergies fossiles. Dierck Orinckx.
Pierre Samuel, L'effet de serre, Les cahiers de l'écologie,
Editions Entente, Paris 1990, 203 pages.
Né à Paris en 1921, ancien élève
de l'Ecole normale supérieure, agrégé de mathématiques,
docteur ès sciences mathématiques de l'Université
de Paris, docteur en philosophie de l'Université de Princeton, professeur
émérite de mathématiques de l'Université de
Paris-Sud, Pierre Samuel, directeur scientifique des Amis de la Terre et
auteur de plusieurs ouvrages sur l'écologie et l'énergie,
était particulièrement bien armé pour aborder la menace
climatique inhérente à l'effet de serre dans laquelle il
tend à voir le problème écologique numéro un
de la planete.
Dierck Orinckx.
(suite)
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Fabrizio Carlevaro et Franco Romeno, Centre universitaire d'étude des problèmes de l'énergie (CUEPE), Réalisations, tendances et besoins de la recherche multidisciplinaire en matière d'énergie, Actes de la Journée du CUEPE 1989, Série de publications du CUEPE, no 40, Genève, août 1989, 124 pages + IX. Dans son Avant-propos, le professeur Fabrizio
Carlevaro, Directeur du CUEPE, écrit:
p.127
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| Autre contribution significative,
la présentation par Gerhard Schiber de l'Office fédéral
de l'énergie, à Berne, du «Plan directeur de la recherche
énergétique de la Confédération». Son
auteur nous apprend que ledit Plan comporte six axes de recherche consacrés
respectivement aux domaines suivants:
- l'utilisation rationnelle de l'énergie, - les énergies fossiles, - la fission nucléaire, - les énergies renouvelables, - la fusion nucléaire, - les technologies de soutien. (pp. 63 à 65). Cette dernière expression recouvre, selon l'auteur de la contribution, «la distribution et le transport de l'électricité, le stockage de l'énergie, ainsi que les problèmes écologiques». En 1987, année de référence, 134, 7 millions de francs (suisses) furent attribués par la Confédération à la recherche énergétique dont 24,0 à l'utilisation rationnelle de l'énergie, 3,6 millions de francs aux énergies fossiles, 37,9 millions de francs à la fission nucléaire, y compris la sécurité, 17,1 millions de francs aux énergies renouvelables, 28,5 millions de francs à la fusion nucléaire et 23,6 millions de francs aux technologies de soutien. Cette présentation peut donner l'impression à un esprit non prévenu que la Confédération procède à une répartition équitable entre les différentes formes et les différentes sources d'énergie. En réalité, elle démontre que, en 1987, la recherche sur l'électricité nucléaire se taillait la part du lion puisque lui furent alloués 37,9 millions + 28,5 millions + la plus grande partie sinon la totalité des 23,6 millions affectés aux «technologies de soutien», soit en tout quelque 90 millions de francs sur les quelque 134,7 millions de francs attribués par la Confédération aux recherches énergétiques. Quant au Plan directeur de la recherche énergétique de la Confédération pour 1992, M. Gerhard Schiber nous informe qu'il prévoit l'affectation de 200 millions de francs à ladite recherche dont: - 40 millions à l'utilisation rationnelle de l'énergie, domaine «qui sera considérablement renforcé», - 10 millions aux combustibles fossiles, plus particulièrement aux recherches sur la combustion et ses répercussions sur l'environnement», - et 40 millions à la fission nucléaire, ce qui consacrera la «stabilisation» de ce domaine. «Nous pensons, avance ingénument son auteur, qu'il serait utile de garder ouvert cet axe, d'autant plus qu'il faut faire les expertises sur les surrégénérateurs, pour répondre aux questions qui viennent de Genève.» (suite)
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Ici l'auteur veut nous faire prendre des vessies pour des lanternes! En effet, c'est en raison de la carence lamentable des autorités fédérales compétentes que l'Association pour l'Appel de Genève (APAG) a dû lancer en 1988 sa Souscription publique pour une expertise scientifique du surrégénérateur Superphénix de Creys-Malville, laquelle a abouti au Rapport Benecke-Reimann tandis que les prétendus experts fédéraux en matière de surgénérateurs, qui avaient unanimement diagnostiqué l'absence de tout risque technologique majeur juste avant que le circuit primaire de sodium du malheureux Superphénix ne connaisse des problèmes d'oxydation qui auraient pu déclencher un bouchage en pied des assemblages de combustible, c'est-à-dire, presque à coup sûr, une excursion nucléaire «hors dimensionnement», soit la réalisation du fameux «risque résiduel» qui pourrait entraîner l'évacuation d'une partie significative de la Région Rhône-Alpes, y compris la plus grande partie du plateau suisse! Recourir à la légitime inquiétude des populations concernées pour justifier la «stabilisation» des crédits affectés à la fusion, c'est-à-dire au génie atomique, relève de la démagogie sinon de l'abus de confiance. Mais poursuivons la lecture instructive de la contribution deM. Gerhard Schiber. En 1992 donc, seront encore affectés à la recherche énergétique: - 30 millions aux énergies renouvelables, domaine dont les crédits seront nominalement presque doublés, - 30 millions aussi à la fusion nucléaire, domaine qui sera également «stabilisé», - enfin 50 millions aux technologies dites de soutien, dont nous avons vu qu'elles recouvrent principalement des recherches relatives à l'électricité nucléaire. De tout cela il résulte que, en 1992, les crédits affectés aux recherches sur l'électronucléaire ne s'élèveront «qu'à» 120 millions sur les 200 millions alloués aux recherches énergétiques. Que les écologistes se le tiennent pour dit: En matière énergétique, la Confédération ne croit guère que dans les recherches sur l'énergie nucléaire. Si les votations du 23 septembre 1990, qui ont permis au peuple suisse de se prononcer en faveur d'un moratoire nucléaire de dix années, ne se traduisent pas par l'inversion en faveur des énergies renouvelables et des économies d'énergie de ces proportions ahurissantes de crédits offerts à l'électronucléaire, c'est que en Suisse le peuple n'est plus le Souverain qu il croit être encore. Parmi les autres contributions intéressantes figure celle de M. Georges Krebs, responsable du Service chauffage de la Ville dè Genève qui plaide notamment en faveur des décomptes individuels de chauffage et du recours à l'énergie solaire qui «peut couvrir les 20 à 25% des besoins d'eau chaude dans les immeubles locatifs a un prix voisin de celui de l'électricité». Brigitte Zweifel.
p.128
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