Un réseau international
pour les alternatives énergétiques
Initiative en gestation
par Olivier de MARCELLUS


     L'expérience récente des mouvements antinucléaires européens met en lumière la nécessité d'une meilleure coordination Internationale. Des antinucléaires français, suisses, belges, anglais, espagnols, italiens, allemands, polonais et soviétiques se sont unis à deux reprises ces derniers mois, à Paris, puis à Lyon, pour tenter de cerner les besoins. Ceux-ci sont de deux ordres. D'une part, il faudrait pouvoir coordonner les informations sur ce qui se fait, ou qui pourrait se faire, dans les divers pays et champs d'activité. D'autre part, il faudrait pouvoir mener certaines initiatives communes à l'échelle internationale.

A. La coordination des informations
     Actuellement personne (hormis peut-êre Interpol!) ne dispose d'une liste exhaustive des organisations antinucléaires européennes, sans parler de connaître leurs activités, possibilités et projets. Par conséquent, une quantité énorme de travail, dossiers, etc., se fait à double. Un petit secrétariat tenant à jour une base de données sur les ressources (dossiers, expositions, moyens audio-visuels, conférenciers, publications, institutions, experts, projets) dans une série de domaines (sécurité, faibles doses, économie, alternatives) pourrait démultiplier l'efficacité de tous ces efforts et encouragerait à produire plus et de meilleure qualité.
     Pour l'instant, des potentialités importantes sont négligées. Par exemple, dans certaines régions d'Allemagne, les alternatives énergétiques ont déjà pris une place importante. Y organiser une visite de journalistes suisses à la veille des votations aurait été une démarche fructueuse. Mais en Suisse, les antinucléaires ignoraient ces expériences. De même, lors des discusions autour du futur «réseau», les Suisses ont appris qu'il existait déjà deux expositions itinérantes du même type que l'«Exergibus» de Contratom nettement mieux faites que celle-ci. Les économies
d'énergie pourraient commencer par celle des militants! Un exemple positif: les CECSR (Comités Européens Contre la Surgénération), petit échantillon de réseau européen, ont fait venir le cinéaste ukrainien Schkliarevsky non pas dans une ville, mais dans une douzaine, avec un gain politique et une économie de travail et financière considérable.
     La solution du problème de l'information ne passe pas obligatoirement par la mise sur pied d'une nouvelle structure. Des membres de WISE (Paris) et du Réseau Pour Un Avenir Sans Nucléaire ont participé à notre deuxième rencontre et il semble possible (à conditions de trouver les crédits nécessaires!) de rajouter une activité de ce type au cahier des charges d'une de ces organisations.

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B. Des initiatives internationales
     La nécessité de mener certaines actions sur un plan international est de plus en plus évidente. A quoi sert-il d'abolir le nucléaire en Scandinavie, en Autriche ou en Italie si les populations restent sous la menace de centrales françaises, anglaises ou est-européennes? Les nucléocrates se sont déjà accommodés de cette situation, notamment par le biais des accords de libre passage de l'électricité négociés dans le Marché commun. A l'avenir, celle-ci se déplacera presque aussi librement qu'un nuage radioactif.

À L'OUEST,
RENOUVEAU DU NUCLÉAIRE?

     La réunification de l'Europe pose cette question de façon urgente, car l'industrie nucléaire a tiré rapidement ses conclusions à elle de la catastrophe de Tchernobyl: «Il faut remplacer le parc nucléaire d'Europe de l'Est par du made in EEC»... Les populations de ces régions, en proie à des pollutions graves provenant de centrales à charbon démodées, et assez facilement persuadées que tous leurs maux sont spécifiquement soviétiques, sont en passe d'accepter cette option, parfois avec la bénédiction de certains écologistes locaux mal informés. Et si le lobby nucléaire parvient à se refaire une santé économique en Europe de l'Est, il sera bien placé pour s'imposer une fois de plus ici, dans cinq à dix ans, quand la question du remplacement du parc actuel se posera.
     Donc, une initiative internationale qui nous semble d'emblée s'imposer est celle d'organiser l'échange d'expériences et informations entre l'Europe de l'Est et l'Europe de l'Ouest. D'une part, à l'Ouest nous devons pouvoir tout savoir sur le drame qui ne fait que commencer en Ukraine et Biélorussie. D'autre part, nous devons entreprendre urgemment une campagne d'information vers l'Est en ce qui concerne les dangers du nucléaire (même occidental) et les alternatives énergétiques.
     Pour cela, il faut tout d'abord avoir les adresses de nos interlocuteurs, dans un paysage politique en pleine ébullition, et ensuite engager le dialogue de façon efficace. Une proposition pratique: En Allemagne et au Danemark, il existe deux expositions mobiles de grande qualité sur les énergies alternatives. Le «réseau» pourrait en faire le navire-amiral d'une tournée en Europe de l'Est. Cela permettrait d'interpeller très concrètement l'homme de la rue, en lui montrant une autre modernité que celle du nucléaire, et ferait connaître à l'Est l'existence d'un mouvement antinucléaire en Occident. A un autre niveau, des experts de diverses catégories participeraient à cette tournée.
     Il faut souligner l'urgence d'une telle campagne au moment où les nouveaux gouvernements prennent des options difficilement réversibles par la suite. Tous les éléments d'une initiative sont disponibles, mais pour la mettre sur pied il faut trouver rapidement une formule organisationnelle, le personnel et les crédits nécessaires.

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ALTERNATIVES ÉNERGÉTIQUES:
CRÉER UNE INSTANCE
INTERNATIONALE

     A plus long terme, un but encore plus ambitieux se précise: voir se constituer une instance, ou référence, antinucléaire et en faveur des énergies alternatives, qui puisse faire pendant, aux yeux de l'opinion publique mondiale, aux organisations plus ou moins ouvertement pronucléaires, telles que le CIPR, l'AIEA, l'OMS, etc. Le «réseau» en gestation vise à protéger le terrain pour une telle instance, qui devrait peut-être en être distincte.
     Quoiqu'il en soit, il semble évident que le besoin existe. Les experts d'envergure internationale, tels que John Gofman, Rosalie Bertell, Alice Stewart, Amory Lovins, etc., existent. Il doit être possible de rassembler une brochette de Prix Nobel, ou d'autres personnalités d'autorité scientifique, qui pourraient mieux mettre en valeur ces compétences que leurs divers éditeurs. Nous savons parfaitement que le CIPR est une émanation du lobby nucléaire, mais nous nous référons encore à ses normes. Pourquoi ne pas organiser un «anti-CIPR» où siègeraient non pas seulement des atomistes, mais aussi des biologistes, des épidémiologistes, etc.?

ASPECTS ORGANISATIONNELS,
POLITIQUES ET FINANCIERS

     Pour aboutir, le projet de «réseau» (son nom exact reste à déterminer) doit réussir à harmoniser l'action d'organisations de différents types. Pour l'instant, le «réseau» est constitué essentiellement par des représentants d'organisations engagées dans des luttes spécifiques (Superphénix,  Fessenheim,  Golfech,  Nogent, Neuvy-Boin, SOS Tahiti, ainsi que contre des sites en Pologne, RDA, Espagne et URSS). Militants très sollicités «de base», ils seraient ravis si une des grandes organisations internationales de défense de l'environnement prenait en charge ces problèmes! En attendant, et pour atteindre leurs objectifs, ils doivent obtenir au moins la collaboration et le soutien d'organisations plus puissantes. Les verts du  Parlement  européen ont fourni l'infrastructure de la première réunion, et pourraient mettre à disposition des locaux et certains services à Bruxelles. Toutefois, ce soutien, bienvenu mais absolument insuffisant, ne doit pas être interprété comme une mainmise politique qui bloquerait d'autres sources possibles de financement parmi les organisations, institutions et partis opposés au nucléaire. Une diversité de sources est essentielle, car cette organisation doit être clairement à la fois indépendante et au service de tous.
     Mais avant de pouvoir rendre les services espérés, notre «réseau» a besoin qu'on lui en rende! Nous recherchons: de nouveaux adhérents, les suggestions, encouragements ou critiques de toutes sortes, et les adresses de personnes ou organisations susceptibles de s'intéresser au projet (particulièrement en Amérique et en Europe de l'Est). La prochaine réunion est prévue au mois de janvier, à Strasbourg.

     Contact à Genève: Olivier de Marcellus, tél. 734.74.64.

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