Résumé:
Superphénix: L'expérimentation
nucléaire en question: La centrale nucléaire européenne
Superphénix de Creys-Malville (Isère, France), est la seule
installation expérimentale à neutrons rapides de cette puissance
(1.250 MWé) construite au monde. Elle contient 7 tonnes de plutonium
et 5.000 tonnes de sodium. Elle n'a fonctionné que l'équivalent
de 6 mois en 5 années. Parmi les graves avaries qu'elle a subies,
la dernière date de juin 1990 et impose un arrêt de longue
durée.
Cette expérience, décidée sans
expertise contradictoire, sans débat et sans consultations des populations
concernées, comporte de très grandes incertitudes quant à
la sûreté.
De nombreux scientifiques, élus et associations
ont, dès les années soixante-dix, mis en cause cette filière
jugée inutile, coûteuse, dangereuse et source de prolifération
de plutonium.
La situation actuelle de Superphénix confirme
ces analyses.
La démocratie reste à mettre en oeuvre
dans les domaines des choix énergétiques et des filières
scientifiques et techniques à risques.
Dans ce cadre, l'arrêt définitif de
cette installation est plus que jamais à l'ordre du jour... avant
qu'il ne soit trop tard.
Summary:
SuperPhoenix: Questionning nuclear experimentation:
SuperPhoenix, the European nuclar power station located at Creys-Malville
(Isère, France) is the only fast breeder facility with a power of
1.250 MWe built in the world. It contains 7 tons of Plutonium and 5.000
tons of sodium. It has operated for only 6 months within a period of about
5 years. Among the serinus breakdowns it has suffered, the latest, in June
1990, caused a long stoppage which still lasts.
This experiment, decided without proper technological
assessment, without debate and without consultation of the populations
concerned, involves great uncertainties with regard to security.
Since the 70's, many scientists, elected officials
and associations have criticized this power station for being useless,
costly, dangerous and a source of Plutonium proliferation.
The current situation of SuperPhoenix confirms these
analyses.
Democracy has still to find its way into the fields
of the energy choices and of the scientific and technological devices involving
hazards.
In this framework, the final and permanent closedown
of this facility is more than ever topical... before it is too late.
| Les conditions de fonctionnement
de la centrale nucléaire expérimentale à neutrons
rapides refroidie au sodium Superphénix de Creys-Malville, comportent
de nombreuses incertitudes quant à la sûreté de l'installation,
à la sécurité des populations et mettent en question
la démocratie des décisions dans le domaine nucléaire.
Tant comme chercheur, comme représentant d'association, que comme élu, je considère que la situation de la sûreté nucléaire dans le département de l'Isère est préoccupante. Plus encore que les incidents, accidents ou une éventuelle catastrophe, ce sont le confinement du débat, les restrictions d'accès aux dossiers, l'absence d'expertise contradictoire, un système juridique fait sur mesure pour le nucléaire et l'absence de recours des citoyens qui m'inquiètent. Ces deux craintes sont liées, car la démocratie est un élément essentiel de la sûreté. SUPERPHÉNIX:
La centrale nucléaire expérimentale Superphénix (1.250 MWé), a été mise à l'arrêt pendant près de 2 ans entre le 26 mai 1987 et le 12 janvier 1989, à la suite de l'avarie grave survenue à partir du 8 mars 1987, |
une fuite de 20 tonnes de sodium de la cuve principale du barillet
de stockage du combustible nucléaire.
L'autorisation ministérielle et les conditions exceptionnelles du redémarrage de cette installation expérimentale, dans des conditions inédites, sans expertise contradictoire et sans débat, le 12 janvier 1989(1), posent de nombreux problèmes(2). A la suite d'arrêts automatiques d'urgence et d'anomalies inexpliquées survenues de juillet à septembre 1989 sur le réacteur de la centrale Phénix (250 MWé) de Marcoule, Superphénix était de nouveau à l'arrêt prolongé du 7 septembre 1989 au 14 avril 1990. Couplée au réseau électrique le 8 juin 1990, elle est de nouveau en arrêt prolongé depuis le 3 juillet 1990. A l'occasion de cet arrêt non prévu, lié a une avarie sur un des deux alternateurs, l'exploitant a découvert fortuitement que le sodium primaire était oxydé par une entrée d'air dans le réacteur. Cette entrée d'air dans l'enceinte primaire, le coeur du réacteur, a d'abord été présentée comme minime. Il s'agirait en fait de plus de 1.000 m3 qui ont oxydé et pollué les 3.300 tonnes de sodium primaire: la quantité d'oxyde formé est évaluée entre 400 et 700 kg, dont 200 avaient été retirés entre juillet et octobre 1990. p.83
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| Des amas solides se sont sûrement
déposés sur des composants du réacteur, par exemple
dans les assemblages entrainant des risques en cas de redémarrage.
L'épuration du sodium qui doit durer plusieurs mois, va mettre en oeuvre un système de purification du sodium, externe au réacteur, créant ainsi une réduction du nombre de barrières de confinement et des risques pour le coeur en cas de rupture d'une canalisation d'évacuation du sodium primaire hors du coeur. Depuis la décision de construction de Superphénix, au milieu des années soixante-dix, les écologistes et les scientifiques indépendants ne cessent de montrer que cette installation est coûteuse, dangereuse, inutile et source de prolifération du plutonium. Superphénix n'aura fonctionné que 6 mois en 5 ans, depuis sa mise en fonctionnement. Au moment où l'installation est à l'arrêt pour plusieurs mois (au moins jusqu'à fin janvier 1991), il n'est pas inutile de faire le point de la situation. La multiplication d'événements graves à Superphénix reflète les dangers de l'extrapolation, du fonctionnement «en citadelle assiégée» du système nucléaire français, et inquiète aujourd'hui les autorités de sûreté elles-mêmes. Prenons l'exemple du dernier événement classé par les autorités de sûreté au niveau 2 de l'échelle de gravité des accidents nucléaires (INES). Il y a 3.300 tonnes de sodium primaire dans la cuve principale du réacteur de Superphénix. Ce sodium est l'élément essentiel du refroidissement des 600 assemblages nucléaires contenant les 7 tonnes de plutonium. Il doit être maintenu pur en toutes circonstances pour éviter en particulier que des impuretés (oxydes, hydrures, particules métalliques) ne viennent boucher les ouvertures par lesquelles il circule dans les assemblages pour les refroidir. Si un bouchage partiel ou total se produit sur un assemblage, l'assemblage s'échauffe anormalement, la réaction nucléaire s'emballe et la fusion de l'assemblage peut intervenir, si les systèmes de mesure et d'arrêt automatique ont une défaillance. L'argon et le sodium primaire devaient donc être contrôlés en permanence par des systèmes redondants et indépendants: - le contrôle en continu de l'absence d'air, d'azote ou d'autres impuretés dans le circuit d'argon primaire; - deux ensembles indépendants de purification intégrée du type piège froid avec cartouches filtrantes; - deux indicateurs de bouchage indépendants et des débitmètres permettant de vérifier le non bouchage; - un prélèvement régulier du sodium par un godet appelé TASTENA plongeant directement dans la cuve du réacteur. Les indicateurs de bouchage devaient «permettre de mesurer la pureté du sodium primaire pour tous les cas de fonctionnement du réacteur» (p.II-4.14-5 du rapport de sûreté). Ces appareils participent au confinement primaire du réacteur (et sont classés au séisme majoré). A aucun moment une entrée d'air ne doit intervenir car des impuretés se forment. (suite)
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suite:
L'entrée d'air dans le confinement primaire du réacteur, telle qu'annoncée, qui est intervenue du 20 juin au 3 juillet, signifie que pendant plus de 15 jours le confinement primaire de Superphénix n'était plus assuré. Il s'agit d'une violation grave de la sûreté du réacteur, de la sécurité des travailleurs et des populations, même si encore une fois et heureusement, il n'y a eu aucun rejet radioactif. C'est par hasard, après un arrêt lié à une avarie sur la partie électrique (turbo-alternateur), que l'exploitant s'est rendu compte de la présence d'impuretés dans ce sodium et du bouchage des ensembles de purification. Pendant 15 jours le réacteur a fonctionné en dehors des règles de sûreté, en dépassant les valeurs admises, sans que l'exploitant, semble-t-il, se rende compte de cette dégradation. L'article 3-2 du décret d'autorisation de cette installation prévoit que les dispositifs d'alimentation en sodium primaire seront conçus de façon à réduire les risques de bouchage. Ce décret n'a pas été respecté par l'exploitant et le gouvernement. Cet événement, classé d'abord au niveau 1 de l'échelle de gravité des accidents nucléaires, a été, le 29 juillet 1990, classé au niveau 2 (comme la fuite de sodium du barillet de Superphénix en mars 1987 et la formation d'une bulle de gaz à Phénix pendant l'été 1989). La définition de ce niveau par les autorités est la suivante: «Niveau 2: Incidents susceptibles de développements ultérieurs - Incidents ayant potentiellement des conséquences signficatives pour la sûreté. - Incidents entraînant des réparations ou des travaux prolongés.» La FRAPNA avait demandé aux autorités de sûreté de classer cet événement au Niveau 3 de l'échelle de gravité des accidents nucléaires: «Niveau 3: Incidents affectant la sûreté - Etat dégradé des barrières, des systèmes de confinement ou des systèmes de sécurité.» Ces autorités ont reconnu qu'il y avait bien eu «état dégradé d'un système de confinement», mais que le classement était affaire d'appréciation. La franchise de cette réponse et l'accord sur la gravité de la situation permettent de clore cette partie du débat. Depuis fin 1989, les associations avaient alerté M. Fauroux, ministre chargé de l'industrie, M. Lalonde, secrétaire d'état chargé de l'environnement et de la prévention des risques technologiques et naturels majeurs, et M. le préfet de l'Isère (délégation de 45 élus et représentants d'associations), sur les risques graves d'emballement de la réaction nucléaire dans le coeur de Superphénix en cas de défaut de refroidissement par le sodium, lié par exemple à une présence anormale d'impuretés dans ce sodium. p.84
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| La FRAPNA avait demandé
en vain de décembre 1989 à mai 1990, lors des réunions
des Commissions Locales d'Information et de Surveillance Nucléaire,
communication des documents techniques permettant de vérifier les
affirmations du Chef de la centrale de Creys-Malville, M. Lacroix, selon
lesquelles «la pureté du sodium est vérifiée
en permanence», «les assemblages purgeurs de gaz de Superphénix
ne peuvent pas se boucher», «l'ensemble des études réalisées
montre que le passage hypothétique de ce gaz dans le coeur ne peut
mettre en cause l'intégrité de la gaine des assemblages combustibles».
L'autorisation de redémarrage avait été donnée le 14 avril 1990 après «assurance que la purification du sodium était particulièrement surveillée». La preuve est aujourd'hui faite du peu de fiabilité des affirmations avancees par l'exploitant sur ce sujet: la pureté du sodium n'a pas été vérifiée et assurée pendant 15 jours, du 20 juin au 3 juillet 1990, les impuretés du sodium n' ont été détectées que fortuitement après l'arrêt du réacteur. Les certitudes avancées alors font aujourd'hui place aux incertitudes: les interprétations des mesures ne sont toujours pas assurées, trois mois après cette avarie. L'exploitant vient de reconnaître qu'après la révision des circuits en sodium, c'est au tour des circuits de gaz (argon et azote) qui doivent être passés en «revue générale», et que les régles d'exploitation, les consignes et le rapport de sûreté doit être une nouvelle fois révisés. La situation actuelle de cette installation montre l'impérieuse nécessité d'expertises contradictoires et rendues publiques dans un domaine qui concerne directement les populations. PHÉNIX:
La situation actuelle de Phénix (250
MWé) pose également de gros problèmes.
(suite)
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suite:
Au cours du redémarrage, le vendredi 20 avril 1990, l'exploitant a constaté le colmatage de l'appareil de purification du sodium de l'un des trois circuits secondaires (non actif). Le réacteur a donc été arrêté pour remplacer ce composant. Le redémarrage de l'installation est intervenu le lundi 30 avril 1990. » Les causes de ces événements ont donc été mal analysées, restent inconnues et les conséquences pour Superphénix sont incertaines. SUPERPHÉNIX
La catastrophe de Tchernobyl n'est pas transposable
telle quelle à Superphénix, et pourtant...
Scénario 2:
p.85
|
| - un retard de quelques secondes
dans la chute des barres n’entraînerait-il pas une fusion extrêmement
rapide des 12 autres assemblages, dont 6 sont adjacents par deux faces
aux 6 premiers assemblages? Des aérosols de sodium peuvent perturber
la chute des barres d'arrêt. Il est impossible de modéliser
ces scénarii même sur les plus puissants ordinateurs, les
extrapolations du CEA sont faites à partir de calculs expérimentaux
sur un faible nombre d'assemblages.
SUPERPHÉNIX:
Superphénix a subi de nombreuses avaries
dont les plus importantes sont:
Dans la liste des 18 accidents hypothétiques
(probabilité de 1/10.000 à 1/1.000.000 années de fonctionnement)
analysés dans le rapport de sûreté, 2 se sont déjà
produits. Dans cette liste figure un grand feu de sodium secondaire
dans un bâtiment générateur de vapeur (dans le bâtiment-réacteur,
il s'agit d'une des 3 situations hautement hypothétiques), la fusion
de 7 assemblages (s'il y en a plus, il s'agit d'une des 3 situations hautement
hypothétiques): peut-on poursuivre encore longtemps
l'expérience avec l'espoir que ce ne seront pas les prochains accidents
qu'il faudra cocher sur cette liste?
(suite)
|
suite:
Nous n'avons pas connaissance de la description précise du phénomène, des assemblages «purgeurs» en cause, des raisons de leur bouchage, ni de la description des mêmes données concernant Superphénix. Nous ne savons pas, en particulier, si certaines conditions de fonctionnement de Superphénix sont susceptibles d'entraîner un phénomène semblable et si certains dispositifs de contrôle de réactivité du coeur, de la pureté du sodium, de détection d'échauffement des assemblages, de débits de sodium, de détection de gaz dans le sodium sont capables d'éviter une dégénérescence rapide de l'incident. L'incident «formation d'une bulle de gaz» dans le sodium du coeur ne nous semble pas avoir été pris en compte de manière spécifique dans le rapport de sûreté de Superphénix, du moins dans l'édition publique de 1985, seul document mis à notre disposition. Le temps de réponse devant être extrêmement rapide au risque de voir cette bulle de gaz entraîner, à proximité des assemblages fissiles et fertiles, une réaction sur-critique prompte, du fait de l'effet de vide positif du réacteur à neutrons rapides refroidi au sodium (caractéristique semblable à celle des réacteurs graphite-gaz du type Tchernobyl, St - Laurent - des-Eaux, Chinon ou Vandellos), il semble impératif de soumettre ce dossier à une analyse contradictoire et a une révision du rapport de sûreté. Les causes des anomalies de la cuve principale du barillet de Superphénix, anomalies qui ont abouti à sa fissuration généralisée, ne nous ont jamais été avancées avec certitude. En particulier, nous ne sommes pas assurés que les nuances d'aciers inoxydables choisis pour la cuve principale, la cuve de sécurité du coeur et les circuits essentiels en sodium, ne peuvent être l'objet d'une telle dégradation. A ce titre, l'éventualité de fissurations liées aux réactions sous sodium, sous tension, sous flux neutronique, sous échauffement, de certaines soudures sont-elles totalement exclues pour les aciers inoxydables choisis? A-t-on la certitude que seul l'acier 15 D 3 est mis en cause, à partir, par exemple, de la reproduction sur échantillons des phénomènes? Comme l'indique le syndicat CFDT, n'oublions pas qu'une fuite de sodium s'était produite sur la cuve principale en acier inoxydable de Rapsodie (premier réacteur à neutrons rapides français). La conception du P.T.C. (Poste de Transfert du Combustible en cours de construction pour remplacer le barillet détruit) dans le puits du barillet a profondément changé entre ce qui était prévu lors du redémarrage du 12 janvier 1990 (sur lequel nous n'avons pas été informé ou consulté dans le cadre de la Commission Locale d'Information), et ce qui est actuellement en construction. Nous ne connaissons pas le nouveau P.T.C. en cours d'installation, ni les règles de sûreté envisagées. Seul un transparent montré 10 secondes en réunion de la Commission Locale d'Information du 14 décembre 1989 nous en a informé. Même si cette modification (reconstruction complète d'une cuve en acier inoxydable) est préférable à celle initialement retenue (réutilisation de la cuve de rétention du barillet en acier 15D3 que nous estimions dangereuse), cette question est essentielle pour la sûreté de l'installation. p.86
|
| L'étude d'impact de janvier
1989, déposée pour obtenir le décret autorisant la
modification de la centrale et son redémarrage, ne décrivait
pas cette dernière modification: «la solution proposée
prévoit la réutilisation du barillet en gaz neutre avec réutilisation
de la cuve de rétention du barillet et de son toit comme enveloppe»
(E12, p. 1). La N.E.R.S.A. justifiait ainsi cette option: «Cette
solution de poste de transfrrt du combustible ne présente pas, par
ailleurs, les aléas liés à une reconstruction délicate
dans un puits étroit» (E12, p. 50).
Pourtant c'est précisément cette reconstruction qui est en cours. La chute d'un engin de levage sur le dôme du réacteur était exclue du rapport de sûreté. Un accident de ce type s'est produit le 2 octobre 1989. Cet accident mécanique n'a eu aucune conséquence en matière d'environnement. Mais quelles auraient été les conséquences du choc s'il avait eu lieu sur des circuits tels les sommets des pompes de circuit secondaire de sodium? Aux dires de l'exploitant, il s'agit d'un accident «sans aucune conséquence sur la sûreté de la centrale» (cf. Lyon-Libération du 04/10/89). Cela a été vrai, pour ce qui concerne la sûreté immédiate. Mais le dôme de confinement, conçu en acier 15 D3 comme le barillet, est un élément de sûreté essentiel, en cas d'accident, car il constitue, avec la cuve de sécurité du réacteur, l'enceinte principale de confinement (pour les feux de sodium, les effluents radioactifs). Il constitue surtout l'élément qui doit résister à une énergie mécanique de 800 MégaJoules libérée par l'Accident ADC, selon les termes mêmes du décret d'autorisation. Peut-on considérer que sa fragilisation par ce choc ne met pas en cause cette résistance? Comme nous l'indiquions dès le redémarrage, la situation de chantier est source de risques, même réacteur à l'arrêt. L'organisation du chantier, l'assurance qualité, le contrôle des sous-traitants, le contrôle des pièces sont mis en cause. Cet accident révèle une nouvelle fois les erreurs du Rapport de sûreté fourni par l'exploitant: L'accident du 8 mars 1987 (fuite de sodium de la cuve principale du barillet) était classé «hypothétique», c'est-à-dire avec une probabilité de 10-4 à 10-6 événement/an(3). - Celui du 2 octobre 1989 était considéré comme ne devant jamais arriver, exclu, comme le confirment ces extraits du Rapport de sûreté: «Les principales options concernant les manutentions spéciales sont: l'utilisation d'appareils de levage permettant d'exclure le risque de chute de charge. Pour les manutentions réalisées dans le hall réacteur et le dôme, on exclut le risque de chute d'objet en utilisant des engins de manutention tels que les charges qu'ils transportent ne puissent pas tomber en cas de simple défaillance des systèmes actifs, ou de mauvais fonctionnement. Les cas de charges retenus pour le dimensionnement des engins permettent enfin de ne pas prendre en compte la chute des charges manutentionnées en cas de séisme majoré» (suite)
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suite:
Parmi les accidents classés en «Situations hypothétiques» (voir liste ci-jointe), 2 sur les 18 pris en considération se sont donc produits en quelques mois (fuite de sodium, chute sur le dôme), une situation non prise en compte s'est produite (chute d'un engin de 1.300 kg sur le dôme) et une nouvelle situation doit dorénavant etre envisagée (fuites successives de la cuve principale et de la cuve de sécurité du réacteur). L'accident du 2 octobre 1989 confirme que certains accidents n'ont pas été pris en compte par le Rapport de sûreté et les régles générales d'exploitation. Il confirme que l'exploitant a sous-estimé certaines défaillances et certains risques. Il rend indispensable un contrôle, contradictoire, de l'installation. L'abandon obligé du caractère surgénérateur de Superphénix: Superphénix n'est plus surgénérateur. La centrale nucléaire à neutrons rapides de Creys-Malville a été conçue comme surgénératrice. Un tel fonctionnement permet, à partir d'un chargement en uranium et plutonium (il s'agit ici d'une explication simplifiée), de transformer une partie de l'uranium en plutonium et de retrouver, après usage, une proportion plus importante de plutonium qu'initialement. Les isotopes du plutonium «reproduits» par Superphénix offrent de plus «l'intérêt» d'être «de qualité militaire». Du plutonium est produit dans toutes les centrales nucléaires, mais en quantité moindre, de moindre «qualité», et avec une moins grande souplesse de déchargement. Cette centrale et la filière des surgénérateurs a été conçue par le Commissariat à l'Energie Atomique qui est un organisme nucléaire militaire et civil. Elle intéressait les militaires dès son projet, elle les intéressait encore plus comme relève des centrales fortement productrices de plutonium pour les bombes atomiques qui sont arrêtées ou en fin de vie, elle les intéressait aussi pour, grâce à la souplesse supposée du déchargement, faire face à des besoins de plutonium lors du renouvellement des charges nucléaires, de la mise en oeuvre des nouvelles armes nucléaires tactiques et de la bombe à neutrons. Il se trouve que c'est précisément le barillet, qui permettait la souplesse de déchargement et de stockage du combustible nucléaire, qui est inutilisable. Il se trouve par ailleurs que l'absence de perspective de développement des surgénérateurs repousse la construction d'une usine de retraitement des combustibles de Superphénix. Ainsi, pendant plusieurs années, les assemblages seront stockés dans une piscine appelée APEC, construite sur le site, prévue pour contenir 1.400 éléments, soit plusieurs dizaines de tonnes de plutonium. Il ne sera donc pas possible de décharger rapidement le combustible, et de le retraiter. Son usage militaire est donc sérieusement mis en cause. Le caractère surgénérateur ne devient «intéressant» que s'il y a un très important parc de surgénérateurs, des usines de retraitement, et des centrales classiques qui fournissent les chargements initiaux. p.87
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| A partir de l'accident du barillet,
du report d'un deuxième surgénérateur européen
et de l'abandon de l'usine de retraitement, le caractère surgénérateur
de Superphénix n'ayant que des inconvénients, ne pouvait
qu'être abandonné. C'est pourquoi l'annonce faite par la NERSA,
début 1990, du rechargement prévu en 1994 sans assemblages
fertiles, n'est pas une nouvelle, mais une obligation. Il confirme simplement
que Superphénix n'est plus Phénix, ni d'ailleurs Super. Et
actuellement la centrale arrêtée n'est même plus un
générateur tout court.
SUPERPHÉNIX:
La centrale expérimentale européenne
à neutrons rapides Superphénix de Creys-Malville a coûté,
d'après le C.E.A., 26 milliards de francs français d'investissement
(valeur 1986).
(suite)
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suite:
Afin de déconnecter le débat sur l'arrêt de l'installation du reversement de la taxe professionnelle, élus et représentants d'associations ont demandé, le 2 octobre 1990, que l'Etat, qui a décidé seul cette implantation, assume le remboursement des emprunts contractés par les communes en cas d'arrêt partiel ou total de la centrale, «compte tenu de la spécificité de cette installation» de sa situation actuelle et de son caractère expérimental». SUPERPHÉNIX:
Même s'il convient d'être vigilant
avec l'utilisation des sondages d'opinion, plusieurs d'entre eux ont révélé
l'inquiétude grandissante des populations de l'Isère quant
aux risques liés à Superphénix. En décembre
1988, un sondage «PLURIS» en Isère, donnait les indications
portées dans le tableau 1.
LA SÉCURITÉ
Le Plan Particulier d'Intervention de la centrale de Creys-Malville date de 1985. Il n'a pas été actualisé (sauf ses annexes téléphoniques). La catastrophe de Tchernobyl (ou même celle de Three Mile Island) a montré la nécessité de concevoir un Plan couvrant un territoire de prévention et d'intervention plus large que les zones de 5 et 10 kilomètres autour de la centrale. Or ce sont toujours ces deux seules zones qui figurent dans ce P.P.I. Les populations de ces zones n'ont pas été informées des conduites à tenir, depuis plusieurs années. p.88
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| Question | Oui | Non | Ne se prononce pas |
| «Superphénix est un choix dangereux et coûteux, on aurait dû donner la priorité à d'autres énergies» | 69,0 | 24,1 | 6,9 |
| Une catastrophe de type Tchernobyl est toujours possible à Superphénix» | 78,1 | 19,1 | 3,2 |
| «Existe-t-il selon vous des risques majeurs liés à Superphénix?» | 69,5 | 16,4 | 14,1 |
| «En fait le surgénérateur de Superphénix
à Creys-Malville est à l'arrêt depuis mai 1987 en raison
de la découverte d'une fissure ayant entraîné une frite
de sodium. Etes-vous favorable ou hostile au redémarrage de Superphéuix
après les travaux de
réfection?» |
41,2 | 51,1 | 7,7 |
| Question | Oui | Plus ou moins | Non |
| «Pour chacun des domaines suivant, estimez-vous que l'on vous dit la vérité sur les dangers qu'ils présentent pour la population?: Industrie nucléaire» | 18 | 19 | 63 |
| «Pour vous donner des informations sur les risques industriels graves, faites-vous confiance aux personnes suivantes?» | |||
| Pompiers | 74 | 18 | 8 |
| Scientifiques | 60 | 27 | 13 |
| Associations de protection de l'environnement | 58 | 26 | 16 |
| Médecins | 55 | 26 | 19 |
| Croix Rouge | 53 | 28 | 19 |
| Ecologistes | 50 | 28 | 22 |
| Associations de consommateurs | 49 | 28 | 23 |
| Comités d'hygiène et de sécurité des entreprises | 41 | 35 | 24 |
| Organismes privés spécialisés | 37 | 36 | 27 |
| Ingénieurs du Ministère de l'environnement | 34 | 30 | 36 |
| Ouvriers des usines | 30 | 35 | 35 |
| Ingénieurs du Ministère de l'Industrie | 29 | 24 | 49 |
| Pharmaciens | 27 | 24 | 49 |
| Syndicats des usines | 24 | 38 | 38 |
| Préfet | 24 | 31 | 45 |
| Police | 23 | 26 | 51 |
| Enseignants | 20 | 35 | 45 |
| Journalistes | 19 | 30 | 51 |
| Armée | 18 | 23 | 59 |
| Elus de votre région | 18 | 31 | 51 |
| Industriels eux-mêmes | 14 | 26 | 60 |
| Les études d'impact de
la centrale, de l'A.P.E.C. et de leurs rejets, ainsi que les Plans d'Urgence
Interne et Plans Particuliers d'Intervention n'ont pas été
actualisés en tenant compte du nouveau mode de fonctionnement de
ces installations avec la construction de la dernière option choisie
pour le P.T.C.
Aucun exercice de sécurité nucléaire n'a été réalisé dans notre département. En matière d'information, la pratique du fait accompli (par exemple l'annonce a posteriori du démarrage et le refus de rendre public sa date et ses conditions au préalable), celle du communiqué de presse sans information des élus et membres des Commissions Locales d'Information, celle de rétention d'information en période d'incertitude (exemple de Phénix août 1989 ou Superphénix mars 1987), sont lourdes de conséquences pour des situations de crise. LA SÛRETÉ NUCLÉAIRE
L'amélioration de la sûreté
nucléaire et de la sécurité des populations passe
par l'acceptation de l'accès à l'information, de l'analyse
contradictoire des dossiers (y compris par des non-spécialistes),
de points de vue critiques et de la controverse, qui sont nécessaires
a une démarche scientifique et démocratique.
(suite)
|
suite:
Le nouveau «pouvoir» attribué au Ministre chargé de l'environnement, M. Brice Lalonde, dans le domaine de la prévention des risques technologiques majeurs, qui devient co-signataire des autorisations nucléaires, est largement une fiction. Il ne dispose d'aucun service propre d'analyse, et n'est d'ailleurs jamais représenté dans les réunions sur la sûreté et l'information nucléaire auxquelles nous avons assisté. La création d'instances d'information, de débat et de contrôle, complètement indépendantes des exploitants, par une déconnexion institutionnelle des autorités de sûreté et du C.E.A., reste à mettre en oeuvre. Sur des dossiers importants comme celui des incidents potentiellement initiateurs d'accidents graves, tels que ceux qu'ont subi les installations nucléaires de notre région (Bugey 1984, Superphénix 1987, St-Alban 1989 et 1990, I.L.L. 1990), les dossiers ne sont pas analysés de manière contradictoire, avec publication séparée des analyses de l'exploitant et du S.C.S.I.N., et accès à ces dossiers pour des «experts» indépendants, lorsque la demande en est formulée, comme c'est le cas dans le cadre de la Commission Départementale de Surveillance Nucléaire de l'Isère à laquelle je participe. L'échelle de gravité des incidents et accidents nucléaires (voir tableau ci-joint) initiée par le gouvernement le 26 avril 1988 (deuxième anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl) ne prend que peu en compte les potentialités de dérives des événements déclarés, vers des accidents graves. Ainsi, des «Incidents ayant potentiellement des conséquences significatives pour la sûreté» (N2) classés au niveau 2 sur cette échelle du fait de circonstances particulières n'ayant pas entraîné d'accident, peuvent être, dans d'autres circonstances ou évolutions, susceptibles d'entraîner un «Etat dégradé des barrières ou des systèmes de sécurité» (N3) ou un «Endommagement partiel du coeur de l'installation» (N4). C'est par exemple le cas de la fuite de sodium du barillet de Superphénix de 1987, l'une des barrières étant dégradée en cas de manutention, et le barillet devant être analysé comme un réacteur dans le cas où celui-ci aurait été complètement chargé en assemblages irradiés, avec par exemple une situation dégradée des assemblages et du refroidissement. p.89
|
| Certes ces evenements ne se sont
pas produits et le concept de barrières successives a montré
sa pertinence. Mais il est grave de classer les événements
en donnant, par exemple dans ce cas, une priorité à l'absence
de dégagements radioactifs dans ce classement, alors que la gravité
potentielle de cet incident est bien plus importante. C'est pourquoi il
serait préférable de choisir un classement avec deux chiffres:
le premier tel que l'échelle de gravité gouvernementale le
propose, le second indiquant le déroulement potentiel de l'incident.
Dans ce cas, la fuite de sodium du barillet de Superphénix de 1987
aurait été classée en 2/4, et la «bulle d'argon»
de Phénix de 1989 en 2/6.
La définition de l'acceptabilité des risques reste le fait du système nucléaire lui-même. C'est ainsi qu'en indiquant pour la première fois (ce qui est un point positif) qu'une centrale nucléaire française (St-Alban en Isère) était autorisée à redémarrer «avec un surcroît de risque jugé acceptable», les autorités de sûreté ont défini seules avec l'exploitant cette acceptabilité. La population, les élus, les associations et les travailleurs de la centrale, tous pourtant directement concernés, n'ont pas eu leur mot à dire. Les uns ont ainsi jugé seuls ce qui est acceptable pour les autres. La diffusion plus régulière et explicative de l'information (en particulier grâce au fichier MAGNUC sur le Minitel 3614), ne doit pas cacher une réserve toujours aussi grande quant aux situations de crise, et un souci de renforcer encore la maîtrise des sources d'information, de justifier la politique nucléaire et d'emporter l'adhésion de l'opinion publique. LE DÉBAT SUR LE NUCLÉAIRE
Un simulacre de débat sur l'énergie
s'est déroulé à l'Assemblée nationale, pendant
4 heures, le 12 décembre 1989: moins d'une vingtaine de députés
étaient présents, aucune décision n'a été
engagée, le débat sur le surgénérateur n'a
été qu'effleuré. Un débat volontairement réduit,
une fois tous les dix ans, voilà le sort réservé au
plus important programme industriel et de recherche français, le
plus lourd financièrement, avec la situation d'EDF, une des entreprises
les plus endettées du monde (240 milliards de francs).
(suite)
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suite:
- synthèse des risques liés au vieillissement des installations nucléaires de l'Isère, - systèmes de détection des fuites de sodium de la centrale européenne expérimentale de Creys-Malville, - chute d'un engin de 1.300 kg sur le dôme du réacteur et organisation des contrôles, - défaillances des générateurs de vapeur de la centrale de St-Alban (PWR 1300 MWé), - risques liés au tritium dans les installations du réacteur européen à haut-flux neutronique de l'Institut Laue-Langevin (I.L.L.) à Grenoble. Plusieurs communes et associations suisses, ainsi que la Fédération RhôneAlpes de Protection de la Nature, ont engagé des recours contre le décret modificatif d'autorisation de la centrale de Creys-Malville du 10 janvier 1990, et les autorisations de redémarrage. Un expert judiciaire, nommé par le Tribunal administratif de Grenoble, s'est rendu au C.E.A. de Fontenay-aux-Roses, le 26 mars 1990, et à la centrale, le 2 avril 1990, accompagné des requérants, afin d'entendre les autorités concernées (Ministères, N.E.R.S.A., E.D.F., C.E.A.) et constater les conditions de redémarrage de l'installation. Ces démarches, même si, comme on pouvait le craindre, elles n'aboutissent pas, constituent une «première» juridique en France. Un contrôle de la radioactivité autour de la centrale de Creys-Malville, effectué en avril 1990 par la C.R.I.I.-Rad, a été financé par souscription des populations et des associations. Le Comité Malville, les associations et les organisations écologistes, des habitants de la Région Rhône-Alpes, ont financé par souscription une analyse indépendante de la radioactivité autour du site de Creys-Malville en Isère, confiée au Laboratoire de la C.R.I.I.-Rad. (Commission de Recherche et d'Information Indépendantes sur la Radioactivité). Les premiers résultats des prélèvements effectués en avril 1990, par carottages de sol, suivant des protocoles rendus publics, révèlent, indépendamment des rejets de la centrale, une radioactivité importante consécutive au passage du nuage de Tchernobyl. La C.R.I.I.-Rad. a découvert 390 Bq/m2 (+-60) en césium 134, à Malville, 4 ans après Tchernobyl, soit 1.460 Bq/m2 (+-200) en mai 1986, là où le S.C.P.R.I. (Service Central de Protection contre les Rayonnements Ionisants) et son Chef, M. Pellerin, ne trouvent Aucune Activité Significative en césium 134 de mai 1986 à aujourd'hui! La C.R.I.I.-Rad. a découvert 4.500 Bq/m2 (+-500) en césium 137, à Malville, 4 ans après Tchernobyl, soit 4.930 Bq/m2 (+-550) en mai 1986, là où le S.C.P.R.I. trouve 150 Bq/m2 en césium 137 en mai 1986, soit 33 fois moins! Rien d'autre que des dysfonctionnements graves du Service Central de Protection contre les Rayonnements Ionisants ou une volonté politique de censure ne peuvent justifier de telles différences dans les résultats des mesures. Les relevés de la C.R.I.I.-Rad prouvent que les concentrations en césium 137, césium 134 et iode 131, dans le lait de vache ont dépassé en 1986 les normes de la Communauté Européenne. p.90
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| Le niveau des retombées
aurait dû entraîner, de la part du gouvernement et du Préfet
de l'Isère, des mesures de protection de la population et notamment
le retrait de la consommation du lait pour les enfants et les femmes enceintes
en Isère.
Le S.C.P.R.I., seul conseil du Préfet de l'Isère en cas d'accident nucléaire, a donc failli à sa mission de protection de la santé des populations. Les résultats de la C.R.I.I.-Rad, rendus publics lors d'une conférence de presse tenue à Lyon le 25 juillet 1990, ont amené les associations à demander la démission du Professeur Pellerin, Chef du S.C.P.R.I., à disposer de mesures indépendantes de la radioactivité et la communication des niveaux radiologiques d'intervention: retrait de la consommation de certaines denrées, confinement ou évacuation des habitants de l'Isère. La capacité des autorités locales à gérer un accident nucléaire à Superphénix est mise en cause. Depuis un an, un Comité européen contre Superphénix s'est constitué, regroupant des dizaines d'associations et organisations de plusieurs pays européens dont la France, la Suisse, l'Italie. Des manifestations ont été organisées le 26 avril 1990, dans de nombreuses villes de ces pays, sur le thème «Tchernobyl 4 ans après, Malville aujourd'hui». CONCLUSION Le débat sur le nucléaire
reste inégal: d'un côté d'énormes moyens, des
dizaines de milliers de personnes travaillant pour promouvoir le nucléaire,
des organismes qui sont juges et parties, exploitent et contrôlent
et d'autre part aucune possibilité réelle d'accès
à l'information, d'expertise contradictoire, de moyens pour développer
des alternatives.
Grenoble, 5 octobre 1990
(suite) |
suite:
Incidence sur Superphénix de la découverte de formation d'une bulle d'argon dans le réacteur Phénix, d'après le S.C.S.I.N. «Trois arrêts automatiques
sont intervenus dans le réacteur Phénix les 6, 24 août
et 14 septembre. Ces trois arrêts ont été provoqués
par une variation de réactivité due au passage d'une bulle
d'argon dans le coeur du réacteur. Cet incident a été
classé au niveau 2 de l'échelle de gravité.
Liste des accidents hypothétiques retenus par le Rapport de sûreté Situations hypothétiques
Situations hautement hypothétiques
p.91
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Cette échelle, mise en oeuvre à partir d'avril 1988 à titre d'essai, est destinée à faciliter l'accord et la compréhension mutuelle des techniciens de l'industrie nucléaire et de l'opinion publique par un classement simple et compréhensible de la gravité des incidents et accidents nucléaires.
Lecture de l'échelle
L'échelle est graduée
de là 6, par gravité croissante. Les niveaux des accidents
sont différenciés par l'ampleur du risque de rejets dangereux,
radioactifs ou chimiques, vers l'extérieur de l'installation ou
l'accident s'est produit. Les incidents sont caractérisés
par des rejets radioactifs, au-dessous des limites annuelles autorisées,
ou par des rejets chimiques, de faible quantité. Ils comprennent
également des troubles de fonctionnement qui, sans être directement
liés au risque radioactif ou chimique, peuvent traduire des faiblesses
de l'installation auxquelles il faut remédier.
Définition
Niveau
Accidents majeurs
6
Accidents présentant des risques à
l'extérieur du site 5
Accidents sur l'installation
4
Incidents affectant la sûreté
3
Incidents susceptibles de développements
ultérieurs 2
Anomalies de fonctionnement
1
Critères et exemples
| Echelle de gravité | Critères | Exemples pour les réacteurs | Exemples pour les installations nucléaires |
| Niveau 1:
Anomalies de fonctionnement |
- Dépassement du domaine autorisé par les
spécifications techniques
- Utilisation justifiée de systèmes de sécurité ou arrêt non programmé d'une installation pour raison de sûreté - Fuites internes entraînant une faible contamination |
Tricastin 4, 1987 | - Accumulation de produits de fission dans une tuyauterie,
La Hague, 16/3/1984
- Fuite d'UF6 à Eurodif, 4/3/1981 |
| Niveau 2:
Incidents susceptibles de développements ultérieurs |
- Incidents ayant potiellement des conséquences
significatives pour la sûreté
- Incidents entraînant des réparations ou des travaux prolongés - Fuites internes entraînant une contamination moyenne |
Barillet de Creys-
Malville, 1987 |
- Réaction explosive, Eurodif, 13/1/1981
- Rupture de têtes d'assemblage, La Hague, février 1985 - Phénix 1989 et 1990 - Superphénix 1987 et 1990 |
| Niveau 3:
Incidents affectant la sûreté |
- Rejets à l'extérieur du site de produits
radioactifs supérieurs ou égaux au dixième des limites
annuelles autorisées ou de faibles quantités de produits
chimiques dangereux associés
- Fuites internes significatives de radioactivité conduisant à une contamination importante d'une zone normalement accessible au personnel - Etat dégradé des barrières, des systèmes de confinement ou des systèmes de sécurité - Agents ayant été exposés à des rayonnements ionisants à une valeur supérieure à la limite annuelle autorisée ou à des produits chimiques dangereux associés à un niveau justiciable d'une mise en observation médicale. |
Bugey 5, 1984 | - Rejet accidentel d'UF6, Eurodif, 10/9/1986
- Exposition interne d'agents, La Hague, 20/5/1986 - Gravelines, 1989 |
| Niveau 4:
Accidents sur l'installation |
- Rejets à l'extérieur du site de produits
radioactifs de l'ordre de grandeur des limites annuelles autorisées
ou rejets notables de produits chimiques dangereux associés, n'entraînant
pas de conséquences sanitaires significatives pour les populations.
- Endommagement partiel du coeur de l'installation. - Endommagement très important de parties actives de l'installation. - Agents ayant été exposés à des rayonnements ionisants ou à des produits chimiques dangereux associés, à un niveau justiciable de soins médicaux spécialisés. |
Saint-Laurent
A2, 1980 |
- Incendie d'un silo, LA hague, 6/1/1981
- Rejer accidentel d'UF6, Comurhex, 1/7/1977 |
| Niveau 5:
Accidents présentant des risques à l'extérieur du site |
- Accidents conduisant à prendre des dispositions de protection extérieures au site en cas de rejets ou de menace de rejets (équivalente en iode 131: au delà de quelques dizaines de térabecquerels, soit quelques milliers de Curies) ou en cas de rejets importants de produits chimiques dangereux associés. | Windscale, 1957
Three Mile Island, 1979 |
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| Niveau 6:
Accidents majeurs |
- Rejets à l'extérieur d'une fraction significative de l'inventaire du coeur en produits de fission, ou de produits radioactifs (équivalence en iode 131: au delà de quelques milliers de térabecquerels, soit quelques centaines de milliers de curies). | Tchernobyl, 1896 | Kychtim 1957 |
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Le communiqué des autorités de sûreté à propos de Superphénix «Arrêt du réacteur depuis le 3 juillet à la suite d'un défaut électrique sur un des deux alternateurs. Le réacteur est maintenu à l'arrêt pour remplacer les cartouches filtrantes de purification du sodium primaire. Evénement marquant
Le communiqué des autorités de Sûreté à propos de Phénix «Anomalie de réactivité
du coeur de la centrale Phénix de Marcoule le dimanche 9 septembre
1990, alors que le réacteur se trouvait de nouveau, depuis quatre
jours, à la puissance maximale autorisée (après plusieurs
mois d'interdiction de dépassement de 210 MWé, N.D.L.R.),
un arrêt automatique est intervenu, sur l'indication d'une baisse
anormale de réactivité dans le coeur.
(suite)
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suite:
Références Avrillier (Raymond), Information et sûreté à
la Centrale de Creys-Malville (Isère), Grenoble, juillet 1987,
28 p.
p.93
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Document 8
Evolution des évaluations du coût de
Superphénix, en Milliards de francs 1990
Document 9
Coût de Superphénix, en Milliards de
francs 1990 (Estimation R. Avrillier 16 août 1990)
| R.A. | Commentaire | Nersa | |
| Supposons valable, à l'exception du
coût du combustible, le coût total de 26 MdF annoncé
par le CEA en 1986, soit en francs 1990
Construction propre (centrale + APEC) Achat de combustible Ajoutons le surcoût lié à la sous-estimation du coût du combustible par le CEA. Le CEA l'estime à 7,5 MdF, SHAPIRA et FINON l'estiment de 12 à 30 MdF. La différence est de 4,5 à 22,5 MdF. Prenons simplement un surcoût de 4,5 MdF Ajoutons le surcoût de frais financiers et de charges liées à 3 années et demi de retard dans la mise en exploitation et 2 années et demi d'arrêts liés aux avaries ensuite, soit 6 ans. La RWE estime que chaque mois de non-fonctionnement de la centrale RNR de KALKAR (SNR 300 de 300 MWé) coûte 33,6 Millions de francs, soit 0,4 MdF par an, et 2,4 MdF pour 6 ans Ajoutons les frais directs d'exploitation (dont le personnel de plus de 500 personnes depuis 1982) estimés en 1989 par la NERSA à 0,464 MdF par an pour le personnel, 0,029 MdF pour les taxes, soit environ 0,5 MdF par an. Comptons seulement 6 ans de début 1985 à fin 1990, soit 3,0 MdF Ajoutons les coûts de réparation, en particulier la destruction du barillet et son remplacement par le Poste de Transfert du Combustible. La NERSA l'a estimé à 0,49 en 1989. En fait, sur 4 ans de travaux on peut penser que le chiffre de 0,5 MdF sera dépassé Ajoutons le coût de la piscine de stockage des combustibles irradiés, construite alors que non prévue initialement, son coût n'a jamais été indiqué. On peut l'estimer au moins à 0,5 MdF Coût global de construction hors exploitation TOTAL intermédiaire, construction, réparation, exploitation Ajoutons les réserves pour démantèlement qui n'apparaissent de façon claire dans la comptabilité de la NERSA que pour 0,049 MdF par an à partir de 1989. Cela ferait sur 25 ans un peu plus de 1 MdF seulement. En réalité les estimations du gouvernement suédois sont de 28 à 56 MdF pour le démantèlement d'une centrale de 1000 MW. Ce ne sont que des estimations, puisqu'aucun démantèlement de ce type de centrale n'a encore été réalisé dans le monde. On peut donc penser qu'un surcoût de 30 MdF n'est pas exagéré Ajoutons le coût des recherches concernant cette filière en France depuis 1960, estimé à 32 MdF par le CEA, sans compter les réalisations de RAPSODIE et PHENIX. D'autres estimations indiquent 50 MdF pour le programme de recherche-développement français des surgénérateurs. La part affectable à Superphénix est difficile à estimer: de 10 à 50 MdF Ajoutons le coût du contrôle de l'installation par l'IPSN, le SCSIN et la DRIR TOTAL |
29,6
4,5
2,0
3,0
0,5
0,5 30,1 40,1
30
10 ? ~ 80 |
?
?
?
? >
>
>
>
> >
? ?
? > >
? |
27
17 2
8
0,5
27,5 |
| 1. Pompiers
2. Scientifiques 3. Associations de protection de l'environnement 4. Médecins 5. Croix-Rouge 6. Ecologistes 7. Associations de consommateurs 8. Comités d'hygiène et de sécurité des entreprises 9. Organismes privés spécialisés 10. Ingénieurs du Ministère de l'environnement 11. Ouvriers des usines |
12. Ingénieurs du Ministère de l'industrie
13. Pharmaciens 14. Syndicats des usines 15. Préfet 16. Police 17. Enseignants 18. Journalistes 19. Armée 20. Elus de votre région 21. Industriels eux-même |