Résumé La catastrophe de Tchernobyl.
Eléments pour un bilan: Une trentaine de morts, tel est le bilan
généralement présenté pour l'accident de Tchernobyl.
Cela n'en ferait pas une véritable catastrophe. Les effets différés
de la radioactivité répandue par le réacteur nucléaire,
la mortalité par cancer et les défauts génétiques
graves sont soit occultés soit grandement sous-estimés par
les experts. Ce sont ces effets qui font de Tchernobyl une catastrophe.
Nous donnons ici des estimations pour les excès de cancer mortel
que l'on peut prévoir dans les décennies à venir.
Même en ne prenant
pas pour l'effet cancérigène du rayonnement, facteur de risque
le plus élevé déterminé par les études
épidémiologiques, on arrive aisément à plusieurs
centaines de milliers de morts pour l'Ukraine, la Biélorussie et
une partie de la Russie.
Afin d'établir le
bilan complet de cette catastrophe, il faudrait y ajouter l'excès
de cancer pour l'ensemble de l'hémisphère nord et les conséquences
pour les descendants.
Summary Chernobels catastrophe. Towards establishing
a final toll: About thirty deaths - such is the toll generally put forward
for the Chernobyl accident. That would not constitute a genuine catastrophe.
The delayed effects of the radioactivity spread by the nuclear reactor,
deaths from cancer and serious genetic defects are either hidden or vastly
under-estimated by the experts. These are the effects which make of Chernobyl
a catastrophe. We give below estimates of the excess of fatal cancers which
can be expected in the decades to come.
Even not taking into account
the highest risk factor of the carcinogenic effects of the radiation determined
by epidemiological studies, figures of hundreds of thousands of deaths
are easily reached for the Ukraine, Bielorussia and part of Russia.
In order to establish the
final toll of this catastrophe it would be necessary to add the increase
in cancer in the whole northern hemisphere and the consequences in generations
to come.
| Pendant longtemps, les commentateurs
qui tentaient d'établir le bilan de la catastrophe de Tchernobyl
focalisèrent leur attention sur la trentaine de décès
à court terme parmi les intervenants rapprochés qui eurent
à gérer l'accident. Les effets à long terme (mortalité
par cancers et effets génétiques) étaient réservés
aux experts.
D'une façon générale, il était admis, avant Tchernobyl, qu'un accident nucléaire grave pouvait conduire à quelques morts à court terme et a un excès de mortalité par cancer après des temps de latence assez longs. Ces cancers radioinduits seraient indiscernables des cancers naturels et ne pourraient être mis en évidence que par des études statistiques de mortalité. Quatre ans après la catastrophe de Tchernobyl, on s'aperçoit que la situation en URSS ne correspond pas à ce schéma simpliste et que des effets de morbidité apparaissent à moyen terme par suite de la contamination de vastes territoires par des produits radioactifs. Si le bilan sanitaire de la catastrophe est facile à faire pour les effets immédiats ou à court terme, il n'en est pas de même pour les effets de morbidité et les effets de mortalité à plus long terme sans parler des effets génétiques sur les générations futures. Nous présentons ici quelques éléments qui peuvent aider à comprendre les problèmes que pose l'établissement d'un véritable bilan de la catastrophe. Août 1986:
L'Agence Internationale pour l'Energie Atomique (AIEA) organisait en août 1986 une conférence internationale d'experts scientifiques pour analyser l'accident de Tchernobyl. |
Ont assisté aux travaux 240 journalistes dont 3 Français
représentant 2 quotidiens nationaux et une agence de presse. La
chaîne de télévision française qui devait couvrir
l'événement est arrivée à Vienne une heure
après la séance finale. Les séances de travail des
experts se sont tenues à huis clos pour ne pas «inhiber»
les discussions, comme l'a déclaré M. Rosen, directeur de
la Division de la Sûreté Nucléaire à l'AIEA.
La délégation soviétique y présenta un rapport détaillé sur l'accident. L'annexe 7 (70 pages) concernait les problèmes médico-biologiques et tentait d'établir le bilan sanitaire de l'accident [1]. Le rapport principal fut officiellement traduit en français et largement distribué dans les diverses administrations. L'annexe 7 ne fut pas traduite et ne fut pas diffusée; il n'est donc fait que très rarement référence à cette annexe bien que ce soit un des éléments essentiels du bilan sanitaire. Voici quelques points de ce document: 1. Les effets aigus sur les personnes très fortement irradiées Les conclusions des experts soviétiques sont très pessimistes: «Dans les accidents de rayonnement, la proportion des malades pour lesquels une greffe allogène de moelle osseuse est absolument indiquée et pour lesquels ce traitement serait sûrement bénéfique est très faible. » Pour des doses de 500 à 800 rem: «Une greffe peut prendre, mais cette greffe aura toujours un effet négatif en terme de thérapeutique et même mettra la vie du malade en danger par suite d'un fort risque de développement de maladies secondaires. » p.53
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| 2. Les évacuations
La zone qui a dû être évacuée assez rapidement s'étendait sur environ 30 km autour du réacteur avec une population de 135.000 habitants. Les doses de rayonnement reçu par les évacués sont loin d'être négligeables, en moyenne 12 rem par personne uniquement par irradiation externe. L'annexe 7 ne tient pas compte de la contamination interne (par inhalation et par ingestion) qui a certainement été importante puisque des habitants ont dû attendre une semaine avant d'être évacués et cela sans consignes particulières de confinement. (On sait maintenant que des Biélorusses n'ont été évacués qu'en juin et juillet.) Aucune évaluation n'est faite pour les effets à long terme concernant cette population. 3. Les estimations pour 75 millions d'habitants (Ukraine, Biélorussie
et certaines régions de la partie européenne de la Russie)
1987:
En mai 1987, au cours d'une conférence organisée à Copenhague par l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), l'expert soviétique Moïsseev remettait en cause l'évaluation initiale des effets à long terme de la contamination des sols. La raison officielle de cette révision à la baisse était que les experts soviétiques (suite)
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suite:
admettaient désormais que des mesures préventives mises en place sur une grande échelle avaient été beaucoup plus efficaces que prévu. La réduction de la dose collective était d'environ un facteur 15 et le nombre de cancers mortels en excès était estimé à 2.850 au lieu de 40.000 [3]. En septembre 1987, deux autres experts soviétiques, Iline et Pavloski [4] présentaient à Vienne à l'AIEA un rapport plus détaillé que celui de Moïsseev. Il s'agissait là d'une véritable autocritique car ces personnages étaient signataires du rapport de 1986. Curieusement, ils découvraient, un an après, les critères qui avaient été à la base de la gestion qu'ils avaient eux-mêmes décrite dans le rapport initial et dont l'efficacité leur avait totalement échappé. A la lecture de ce nouveau document, on comprenait difficilement pourquoi il avait fallu évacuer rapidement 135.000 personnes. Ils justifiaient ces évacuations pour des raisons psychologiques, ce qui est étrange, car la plupart des gens ignoraient totalement les dangers et il fallut les forcer à partir. Le syndrome de radiophobie apparaissait pour la première fois chez les officiels. Il sera très souvent évoqué par la suite. En somme, les conséquences de la catastrophe semblaient relever plus de la psychiatrie que de la médecine clinique! 1988:
Legassov a été un des signataires
du rapport d'août 1986. C'est lui qui dirigea l'équipe scientifique
et technique de la Commission d'Etat ayant la charge de la gestion de l'accident.
Il se suicide le 27 avril 1988 et laisse un testament qui sera publié
le 20 mai dans la Pravda [5].
1989:
Jusqu'en 1989, le débat sur les conséquences de la catastrophe était confiné chez les experts. Soudain, on apprend par la presse soviétique que la population concernée fait irruption dans le débat. p.54
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| Un article publié le 19 février 1989 par
Vladimir Kolinko dans les Nouvelles de Moscou décrit la situation
en Ukraine dans le district de Naroditchi, bien en dehors de la zone évacuée
en 1986, dans des villages situés à des distances de Tchernobyl
comprises entre 50 et 90 kilomètres. Cet article faisait état:
- d'anomalies monstrueuses chez les veaux et les porcelets; - de débits de dose de rayonnement importants dans certains villages et de la nécessité de les ravitailler avec de la nourriture non contaminée (lait, viande); - de la dotation d'un rouble par jour et par personne pour acheter de la nourriture «propre», d'ailleurs approvisionnée en quantité insuffisante; - d'un accroissement des affections thyroïdiennes chez les enfants; - d'un excès de cancers des lèvres et de la bouche; - de l'extension de la contamination par les poussières transportées par le vent, les véhicules, etc.; - de recommandations aux paysans par les autorités administratives (équiper les tracteurs de cabines étanches, laver le bois de chauffage, ne pas utiliser les cendres comme engrais...). De plus, des médecins déconseillaient aux femmes d'avoir des enfants. A la même époque, des nouvelles arrivent de Biélorussie: la situation est critique et les autorités doivent faire face à des conditions totalement imprévues dans les plans de gestion nucléaire à moyen et long terme. Kovalev, le président du Conseil des Ministres de Biélorussie, résumait la situation comme suit dans la Pravda du 11 février 1989: «On n'a pas réussi à remettre le djinn radioactif dans sa bouteille.» En février 1989, les cartes de contamination radioactive de la Biélorussie sont rendues publiques à Minsk, elles seront publiées le 9 février dans Sovietskaya Bielorussia. On y voit deux taches principales de contamination. L'une à l'est de la ligne Moghilev-Gomel s'étend du nord au sud sur environ 160 km et atteint en certains points 130 km d'est en ouest. Ainsi, des régions à très forte contamination du sol (et donc de nourriture) se trouyent à plus de 250 km de Tchernobyl. Cette tache se prolonge en Russie comme le montrent les cartes publiées par la Pravda le 20 mars 1989. La deuxième tache jouxte l'Ukraine au nord de Pripiyat et s'étend d'est en ouest sur environ 160 km et du nord au sud sur 50 km. Il est fait mention de zones sous contrôle en Biélorussie: - la zone dite de contrôle permanent, strict, concerne environ 100.000 personnes. La santé des habitants est contrôlée sans que soient indiqués les examens effectués. On importe de la nourriture «propre»; - la zone dite de contrôle périodique concerne environ 210.000 habitants. La qualité des aliments est contrôlée pénodiquement de même que la santé. Cependant, l'exploitation des terres contaminées continue, même lorsque les autorités administratives recommandent de ne (suite)
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suite:
pas se nourrir d'aliments produits localement. (Kovalev réclame l'attribution à chaque famille d'un appareil permettant de contrôler la radioactivité de la nourriture!) De nombreuses déclarations de responsables font état de l'échec du programme de décontamination des sols malgré des efforts considérables. Par exemple: «Nous avons constaté que la décontamination industrielle ne donne pas les résultats escomptés. La migration permanente des radionucléides empêche l'abaissement du niveau de radioactivité et à cause de cela nous sommes amenés à réfléchir sérieusement sur les mesures prioritaires qui permettraient de rendre la décontamination plus efficace» (B.G. Evtoukh, membre du Conseil des Ministres de Biélorussie). Enfin, mentionnons l'intervention de L. Iline, responsable de la radioprotection d'URSS: «On a supposé qu'avec l'aide d'un certain nombre de mesures on pouvait abaisser le niveau des doses ce qui permettrait l'existence dans la zone. Mais nos espoirs concernant la décontamination ne se sont pas réalisés.» Ce n'est pas du tout ce discours qu'il a tenu en 1987 devant les experts internationaux, bien au contraire, puisqu'il affirmait que les mesures prises permettaient une meilleure protection de la population que celle envisagée initialement, ce qui diminuait la dose collective... 1990:
Environ 40.000 km2, 20% du territoire
biélorusse, sont contaminés (superficie voisine de 10% du
territoire français), 16.300 km2 de terres agricoles
sont contaminés.
p.55
|
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En ce qui concerne les évacuations envisagées
actuellement, la décision des autorités dépend de
l'évaluation de ce qu'on appelle la dose engagée: c'est la
dose de rayonnement qu'un individu absorbera pendant 70 ans du fait de
vivre à un endroit contaminé (rayonnement externe + contamination
interne par inhalation de poussières radioactives et ingestion d'aliments
contaminés). Cette dose engagée ne résulte pas d'une
mesure directe qu'il est possible de reproduire à volonté
mais d'un calcul effectué par le pouvoir central (le professeur
Iline) à partir de modèles mathématiques dont les
détails sont jusqu'à présent restés secrets.
Si cette dose est supérieure à 35 rem (soit 0,5 rem en moyenne
annuelle sur 70 ans), on évacue. Si cette dose est inférieure
à 35 rem, on considère que la vie est normale, il n'y a pas
d'évacuation et les contrôles alimentaires sont supprimés.
Dans les calculs, on ne tient compte pour la contamination interne que
du cesium 137 alors que certaines zones sont contaminées par du
strontium
LA RADIOPHOBIE ET LA MORBIDITÉ Les premières manifestations anormales
de morbidité furent tout d'abord simplement niées par les
autorités soviétiques. Comme les phénomènes
de morbidité s'amplifiaient, il ne fut plus possible de nier leur
réalité, on les interpréta comme une somatisation
de la radiophobie. Ce concept fut d'abord appliqué aux anomalies
de santé observées parmi les premiers évacués.
(suite)
|
suite:
Ces anomalies sont effectives et prennent des allures épidémiques en certains endroits, ce qui permet à la population vivant sur des territoires contaminés d'en prendre directement conscience. Citons par exemple: augmentation des affections pulmonaires, des cancers de la cavité buccale, fatigabilité et convalescences difficiles. Il est fait état d'une plus grande fragilité des os chez les enfants, des affections thyroïdiennes, des anémies, des cataractes, etc. Ces anomalies ne sont pas niées par les officiels mais seuls les experts proches du pouvoir central développent encore actuellement le concept de radiophobie. Ils trouvent appui auprès des experts envoyés par certains organismes internationaux (OMS, AIEA, Croix Rouge, Croissant Rouge) qui, lors de voyages en Ukraine et en Biélorussie, n'hésitent pas à déclarer que: «les problèmes de santé proviennent de l'anxiété et de conceptions erronées sur l'origine de beaucoup de maladies» (Nucleonics Week, 1'r février 1990). Cela revient à justifier la décision du pouvoir central de limiter au maximum les évacuations, ce qui ne va pas sans susciter des réactions parfois violentes de la population et de ses représentants politiques contre les experts occidentaux (voir la déclaration du scientifique et député ukrainien Youri Chtcherbak). En ce qui concerne l'utilisation de la radiophobie comme explication de maladies cliniquement observées, notons qu'elle ne s'appuie sur aucune étude épidémiologique démontrant qu'il n'y a aucune corrélation entre ces anomalies et les niveaux de contamination résultant de l'accident. Il faut souligner qu'il n'y a pas eu, jusqu'à présent, d'étude épidémiologique à grande échelle sur les effets d'une contamination interne chronique. Il n'est donc pas possible de s'appuyer sur des arguments d'origine expérimentale pour affirmer que les anomalies sanitaires observées ne sont pas dues au rayonnement. Les territoires contaminés en Ukraine, Biélorussie et Russie doivent être considérés comme des «champs nouveaux d'expérience» et la plus grande attention devrait être apportée à toutes les anomalies détectées dans l'état sanitaire de la population. UN BILAN PROVISOIRE? Il est certain que si le bilan sanitaire se
résumait à la trentaine de morts identifiés jusqu'à
présent, on ne pourrait pas qualifier l'accident de Tchernobyl de
catastrophe ou de désastre. Ce sont finalement les effets à
long terme qui donnent toute l'ampleur de la catastrophe.
p.56
|
| Ces révisions sont faites
par des groupes d'experts qui, jusqu'à présent, ont été
officiellement reconnus.
Ainsi, pour effectuer un bilan du désastre, il est nécessaire de connaître deux grandeurs: 1. Le facteur de risque cancérigène (nombre de morts par cancer par unité de dose de rayonnement) pour lequel diverses valeurs sont proposées qui, toutes, sont nettement supérieures à la valeur adoptée par les experts soviétiques dans leur rapport de 1986. 2. La dose collective engagée compte tenu de la contamination surfacique mesurée actuellement. En réalité, les observations actuelles sur les anomalies de morbidité bouleversent complètement le problème lié à la contamination interne: 1. ou bien les calculs sous-estiment la dose engagée résultant des contaminations internes qui ont déjà eu lieu jusqu'à maintenant. En effet, les doses engagées seraient incompatibles avec des effets observés importants concernant la morbidité; 2. ou bien les effets de la contamination interne sont beaucoup plus importants que ceux déterminés à partir des modèles mathématiques utilisés. Ceci ne serait pas invraisemblable car ces modèles n'ont pas de fondement expérimental sur l'être humain. Il est plausible que ces deux hypothèses doivent être envisagées simultanément et la réalité pourrait encore être plus complexe étant donné le cocktail de radionucléides mis en jeu par l'accident (sans exclure la possibilité d'effets synergiques du rayonnement avec d'autres polluants). De toute façon, cela signifie que les effets à long terme seront aussi beaucoup plus importants que ce que l'on pouvait attendre des estimations soviétiques d'août 1986. Ce qu'on observe actuellement n'est que la partie émergée de l'iceberg, le plus dur de la catastrophe étant encore à venir. Mais cela viendra d'une façon vicieuse car les cancers radioinduits seront indiscernables des cancers naturels. Seules des études statistiques sérieuses pourraient les mettre en évidence. Les informations actuellement disponibles montrent que la dose moyenne a été très fortement sous-estimée compte tenu de la gestion post-accidentelle. Le bilan sera donc encore plus lourd. TENTATIVE DE BILAN À LONG TERME
Le suivi des survivants japonais des bombes
A montre que les leucémies radioinduites apparaissent après
un temps de latence d'environ 2 ans, atteignent un maximum vers la 5e année,
la situation redevient quasi normale (avec toujours un léger excès)
après 10 ans. Aucun chiffre sur les excès de leucémie
n'a jusqu'à maintenant été publié par les autorités
soviétiques centrales.
(suite)
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suite:
Le tableau suivant résume la situation quant aux diverses valeurs proposées pour le facteur de risque cancérigène. Il s'agit de la réponse à la question: si 1 million de personnes reçoivent 1 rem (0,01 Sievert), quel sera le nombre de cancers mortels radioinduits.
1. Bilan pour les 135.000 évacués de 1986
2. Bilan pour les «liquidateurs»
3. Bilan pour les 75 millions d'habitants d'Ukraine, de Biélorussie
et de Russie pris en compte dans l'annexe 7 du rapport de 1987
p.57
|
| Remarques
1. Dans ces bilans, il ne s'agit que des cancers mortels. On peut estimer que l'incidence globale des cancers (mortels + non mortels) est environ le double des cancers mortels. 2. La nourriture «sale» produite sur les territoires contaminés n'est pas détruite. Si elle n'est pas consommée sur place mais envoyée dans des régions moins affectées par la contamination, elle contribuera à produire un excès de cancers dont il n a pas été tenu compte. Si l'on adopte pour l'effet cancérigène du rayonnement un modèle linéaire sans seuil, ce qui intervient pour déterminer l'excès de cancers est la quantité totale de produits radioactifs ingérés. Disperser cette nourriture permet de soulager certaines populations mais cela en affectera d'autres. L'effet cancérigène global sera le même, mais dilué dans un ensemble numériquement plus important et donc plus difficile à mettre en évidence. 3. Aux bilans précédents, il faut ajouter les effets sur les foetus qui sont considérés comme des individus à haut risque vis-à-vis du rayonnement. En particulier dans sa résolution de Côme en 1987, la CIPR attirait l'attention des responsables sur le risque de retard mental grave pouvant résulter d'une irradiation in utero. Il est actuellement très difficile d'évaluer l'importance numérique et la gravité de ces effets qui dépendent non seulement de la dose mais aussi de la période de gestation impliquée par l'irradiation. 4. Enfin, il faut ajouter au
bilan les effets génétiques sur les générations
futures par atteinte du patrimoine génétique. On ne dispose
pas actuellement d'estimation fiable fondée sur l'expérience
humaine pour en donner une évaluation quantitative.
(suite)
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suite:
L'accident de Tchernobyl est effectivement un véritable désastre qui conduira à des centaines de milliers de morts. Ce n'est pas parce que ces morts ne seront pas individuellement identifiables qu'ils n'auront pas été induits objectivement par la catastrophe. CITATIONS M. Rosen, directeur de la Sûreté Nucléaire de l'AIEA, a déclaré à la conférence de Vienne en août 1986: «Même s'il y avait un accident de ce type tous les ans, je considérerais le nucléaire comme une énergie intéressante.» Le Monde, 28 août 1986
«On s'efforce aussi de traiter les
anxieux qui somatisent, qui éprouvent des douleurs intestinales...
Les anxieux sont traités dans des services de psychothérapie
où l'on pratique des bains aux herbes, des projections de films
avec musique douce et diffusion de parfums.»
Informations recueillies par Roger
«La population locale n'a besoin d'aucun
soin particulier, si ce n'est d'une psychothérapie.»
Cans à Kiev, Le Monde, 25 mai 1988 Le scientifique Dimitri Popov
in «Industrie Socialiste» rapporté dans Actualité Soviétique 24 janvier 1990 p.58
|
[1] The accident at Chernobil Nuclear Power Plant and its
Consequences, Information compiled for the IAÉA Experts Meeting,
25-28 August 1986, Vienna. USSR State Committee of the Utilization of the
Atomic Energy, Annex 7, Medical-Biological Problems.
[2] ANNALS OF THE ICRP (1977), Publication 26, Recommendations
of the International Commission on Radiological Protection, jan. 17
[3] MOISSEEV, A. (1987), «Analysis of the Radiological
Consequences of the Chernobyl Accident for the population in the European
Part of the USSR», WHO Consultation on Epidemiology, Copenhagen,
13-14 May.
[4] ILYN, L.A. and O.A. PAVLOVSKIJ (1987), «Radiological
Consequences of the Chernobyl Accident in the Soviet Union and measures
taken to mitigate their impact», IAEA Bulletin, 4.
[5] «The Legasov Memoir», Nucleonics Week,
Nov. 3, 1988.
[6] «Statement from the 1985 Paris Meeting of the International
Commission on Radiological Protection», in Radiation Protection
Dosimetry, vol. 11, no 2 (1985).
[7] »Statement from the 1987 Como Meeting of the International
Commission on radiological Protection», ICRP/87/G.05, 1987
/10/09.
[8] «International Commission on Radiological Protection.
Recommendatins of the Commission», ICRP/90/G-01, Feb. 1990.
[9] Nuclear accidents bisrmooization of the public health response.
World Health Organization, EURO Reports and Studies, 110 (10-13
Nov. 1987).
[9] The Effects on Population of Exposure to Low Levels Ionizing
Radiation, Report of the Committee on the Biological Effects of Ionizing
Radiation, National Research Council, Washington DC, 1980.
[10] PRESTON, Dale L. and Donald A. PIERCE (1987), «The
effects of change in dosimetry on cancer montality risk estimates in tIse
Atomic Bomb Survivors (August 1987)», Technical Report RERF TR
9-87 (August).
[12] RADFORD, Edward (1987), «Recent evidence of radiation
induced cancer in the Japanese atomic bomb survivors», in Radiation
and Health, Wiley Medical Publication.
[13] «Health Effects of Exposure to Low Levels of Ionizing
Radiation», Report V of the BEIR Committee, National Academy
of Press, Wasbington DC, 1990.
[14] «Dossiers sur Tchernobyl», La Gazette
nucléaire, no
73/74, no
96/97, no
100, édité par le GSIEN (Groupement de Scientifiques
pour l'Information sur l'Energie Nucléaire), 2, rue François-Villon,
F-91400 Orsay.
[15] BELBÉOCH, Bella (1990), «Quatre ans après
Tchernobyl. De nouvelles évacuations s'imposent», Le Généraliste,
13 avril.
[16] BELBÉOCH, Bella (1990), «Quatre ans après
Tchernobyl. Conflit sur les doses», Le Généraliste,
13 avril.
| Un jugement sur nos experts nationaux
«Cette position m'est apparue comme une position sectaire, on pourrait même dire comme celle d'un groupe mafieux. C'est pour éviter que la peur gagne le peuple français qu'ils tiennent ici des propos optimistes. Le professeur Pellerin nous a fait des offres de services pour accroître le nombre de médecins dans les régions à problème. Nous pensons qu'il nous faut des médecins indépendants et non des médecins qui ont travaillé toute leur vie avec ces espèces de compagnies atomiques.» Youri Chtcherbak, Politis, no 101
26/4/1990 |