LA RADIOACTIVITÉ ET LE VIVANT

DOSSIER MALVILLE
Superphénix,
l'expérimentation nucléaire en question
par Raymond AVRILLIER*
Ingénieur d'études à l'Université des Sciences Sociales de GRENOBLE

Résumé:
    Superphénix (Gazette Nucléaire N°82-83, N°90-91): L'expérimentation nucléaire en question: La centrale nucléaire européenne Superphénix de Creys-Malville (Isère, France), est la seule installation expérimentale à neutrons rapides de cette puissance (1.250 MWé) construite au monde. Elle contient 7 tonnes de plutonium et 5.000 tonnes de sodium. Elle n'a fonctionné que l'équivalent de 6 mois en 5 années. Parmi les graves avaries qu'elle a subies, la dernière date de juin 1990 et impose un arrêt de longue durée.
    Cette expérience, décidée sans expertise contradictoire, sans débat et sans consultations des populations concernées, comporte de très grandes incertitudes quant à la sûreté.
    De nombreux scientifiques, élus et associations ont, dès les années soixante-dix, mis en cause cette filière jugée inutile, coûteuse, dangereuse et source de prolifération de plutonium.
    La situation actuelle de Superphénix confirme ces analyses.
    La démocratie reste à mettre en oeuvre dans les domaines des choix énergétiques et des filières scientifiques et techniques à risques.
    Dans ce cadre, l'arrêt définitif de cette installation est plus que jamais à l'ordre du jour... avant qu'il ne soit trop tard.
Summary:
    SuperPhoenix: Questionning nuclear experimentation: SuperPhoenix, the European nuclar power station located at Creys-Malville (Isère, France) is the only fast breeder facility with a power of 1.250 MWe built in the world. It contains 7 tons of Plutonium and 5.000 tons of sodium. It has operated for only 6 months within a period of about 5 years. Among the serinus breakdowns it has suffered, the latest, in June 1990, caused a long stoppage which still lasts.
    This experiment, decided without proper technological assessment, without debate and without consultation of the populations concerned, involves great uncertainties with regard to security.
    Since the 70's, many scientists, elected officials and associations have criticized this power station for being useless, costly, dangerous and a source of Plutonium proliferation.
    The current situation of SuperPhoenix confirms these analyses.
    Democracy has still to find its way into the fields of the energy choices and of the scientific and technological devices involving hazards.
    In this framework, the final and permanent closedown of this facility is more than ever topical... before it is too late.


     Les conditions de fonctionnement de la centrale nucléaire expérimentale à neutrons rapides refroidie au sodium Superphénix de Creys-Malville, comportent de nombreuses incertitudes quant à la sûreté de l'installation, à la sécurité des populations et mettent en question la démocratie des décisions dans le domaine nucléaire.
     Tant comme chercheur, comme représentant d'association, que comme élu, je considère que la situation de la sûreté nucléaire dans le département de l'Isère est préoccupante. Plus encore que les incidents, accidents ou une éventuelle catastrophe, ce sont le confinement du débat, les restrictions d'accès aux dossiers, l'absence d'expertise contradictoire, un système juridique fait sur mesure pour le nucléaire et l'absence de recours des citoyens qui m'inquiètent. Ces deux craintes sont liées, car la démocratie est un élément essentiel de la sûreté.

SUPERPHÉNIX:
NOUVELLE AVARIE GRAVE

     La centrale nucléaire expérimentale Superphénix (1.250 MWé), a été mise à l'arrêt pendant près de 2 ans entre le 26 mai 1987 et le 12 janvier 1989, à la suite de l'avarie grave survenue à partir du 8 mars 1987, 

une fuite de 20 tonnes de sodium de la cuve principale du barillet de stockage du combustible nucléaire.
     L'autorisation  ministérielle  et  les conditions exceptionnelles du redémarrage de cette installation expérimentale, dans des conditions inédites, sans expertise contradictoire et sans débat, le 12 janvier 1989(1), posent de nombreux problèmes(2).
     A  la suite  d'arrêts  automatiques d'urgence et d'anomalies inexpliquées survenues de juillet à septembre 1989 sur le réacteur de la centrale Phénix (250 MWé) de Marcoule, Superphénix était de nouveau à l'arrêt prolongé du 7 septembre 1989 au 14 avril 1990.
     Couplée au réseau électrique le 8 juin 1990, elle est de nouveau en arrêt prolongé depuis le 3 juillet 1990. A l'occasion de cet arrêt non prévu, lié a une avarie sur un des deux alternateurs, l'exploitant a découvert fortuitement que le sodium primaire était oxydé par une entrée d'air dans le réacteur.
     Cette entrée d'air dans l'enceinte primaire, le coeur du réacteur, a d'abord été présentée comme minime. Il s'agirait en fait de plus de 1.000 m3 qui ont oxydé et pollué les 3.300 tonnes de sodium primaire: la quantité d'oxyde formé est évaluée entre 400 et 700 kg, dont 200 avaient été retirés entre juillet et octobre 1990.
p.83
* Représentant de la Fédération Rhône-Alpes de Protection de la Nature FRAPNA à la Commsssson  Départementale  de  Surveillance Nucléaire de l'Isère.
Le débat sur la sûreté et le nucléaire en France est approché ici à partir de l'analyse de la situation actuelle de cette installation européenne, du traitement de ses avaries, de l'évolution de son coût, des mesures prises concernant la sécurité des populations.
(1) L'autorisation de redémarrage portait dans un premier temps jusqu'au 30 août 1989, puis, avec l'accord du Ministre chargé de l'Industrie, a été prolongée à partir du 1er septembre 1989 pour plusieurs années.
(2) Cf. l'analyse de ces problèmes dans les documents cités en référence.
     Des amas solides se sont sûrement déposés sur des composants du réacteur, par exemple dans les assemblages entrainant des risques en cas de redémarrage.
     L'épuration du sodium qui doit durer plusieurs mois, va mettre en oeuvre un système de purification du sodium, externe au réacteur, créant ainsi une réduction du nombre de barrières de confinement et des risques pour le coeur en cas de rupture d'une canalisation d'évacuation du sodium primaire hors du coeur.
     Depuis la décision de construction de Superphénix,  au  milieu  des  années soixante-dix, les écologistes et les scientifiques indépendants ne cessent de montrer que cette installation est coûteuse, dangereuse, inutile et source de prolifération du plutonium.
     Superphénix n'aura fonctionné que 6 mois en 5 ans, depuis sa mise en fonctionnement.
     Au moment où l'installation est à l'arrêt pour plusieurs mois (au moins jusqu'à fin janvier 1991), il n'est pas inutile de faire le point de la situation.
     La multiplication d'événements graves à Superphénix reflète les dangers de l'extrapolation, du fonctionnement «en citadelle assiégée» du système nucléaire français, et inquiète aujourd'hui les autorités de sûreté elles-mêmes.
     Prenons l'exemple du dernier événement classé par les autorités de sûreté au niveau 2 de l'échelle de gravité des accidents nucléaires (INES).
     Il y a 3.300 tonnes de sodium primaire dans la cuve principale du réacteur de Superphénix.
     Ce sodium est l'élément essentiel du refroidissement  des  600 assemblages nucléaires contenant les 7 tonnes de plutonium. Il doit être maintenu pur en toutes circonstances pour éviter en particulier que des impuretés (oxydes, hydrures, particules métalliques) ne viennent boucher les ouvertures par lesquelles il circule dans les assemblages pour les refroidir.
     Si un bouchage partiel ou total se produit sur un assemblage, l'assemblage s'échauffe anormalement, la réaction nucléaire s'emballe et la fusion de l'assemblage peut intervenir, si les systèmes de mesure et d'arrêt automatique ont une défaillance.
L'argon et le sodium primaire devaient donc être contrôlés en permanence par des systèmes redondants et indépendants:
     - le contrôle en continu de l'absence d'air, d'azote ou d'autres impuretés dans le circuit d'argon primaire;
     - deux ensembles indépendants de purification intégrée du type piège froid avec cartouches filtrantes;
     - deux indicateurs de bouchage indépendants et des débitmètres permettant de vérifier le non bouchage;
     - un prélèvement régulier du sodium par un godet appelé TASTENA plongeant directement dans la cuve du réacteur.
     Les indicateurs de bouchage devaient «permettre de mesurer la pureté du sodium primaire pour tous les cas de fonctionnement du réacteur» (p.II-4.14-5 du rapport de sûreté).
     Ces appareils participent au confinement primaire du réacteur (et sont classés au séisme majoré). A aucun moment une entrée d'air ne doit intervenir car des impuretés se forment.
suite:
     L'entrée d'air dans le confinement primaire du réacteur, telle qu'annoncée, qui est intervenue du 20 juin au 3 juillet, signifie que pendant plus de 15 jours le confinement  primaire  de  Superphénix n'était plus assuré. Il s'agit d'une violation grave de la sûreté du réacteur, de la sécurité des travailleurs et des populations, même si encore une fois et heureusement, il n'y a eu aucun rejet radioactif.
     C'est par hasard, après un arrêt lié à une avarie sur la partie électrique (turbo-alternateur),  que  l'exploitant  s'est rendu compte de la présence d'impuretés dans ce sodium et du bouchage des ensembles de purification.
     Pendant 15 jours le réacteur a fonctionné en dehors des règles de sûreté, en dépassant les valeurs admises, sans que l'exploitant,  semble-t-il,  se  rende compte de cette dégradation.
     L'article 3-2 du décret d'autorisation de cette installation prévoit que les dispositifs d'alimentation en sodium primaire seront conçus de façon à réduire les risques de bouchage.
     Ce décret n'a pas été respecté par l'exploitant et le gouvernement.
     Cet événement, classé d'abord au niveau 1 de l'échelle de gravité des accidents nucléaires, a été, le 29 juillet 1990, classé au niveau 2 (comme la fuite de sodium du barillet de Superphénix en mars 1987 et la formation d'une bulle de gaz à Phénix pendant l'été 1989). La définition de ce niveau par les autorités est la suivante:
     «Niveau 2:
Incidents susceptibles de développements ultérieurs
     - Incidents ayant potentiellement des conséquences  signficatives pour  la sûreté.
     - Incidents entraînant des réparations ou des travaux prolongés.»
     La FRAPNA avait demandé aux autorités de sûreté de classer cet événement au Niveau 3 de l'échelle de gravité des accidents nucléaires:
     «Niveau 3:
     Incidents affectant la sûreté
     - Etat dégradé des barrières, des systèmes de confinement ou des systèmes de sécurité
     Ces autorités ont reconnu qu'il y avait bien eu «état dégradé d'un système de confinement», mais que le classement était affaire d'appréciation. La franchise de cette réponse et l'accord sur la gravité de la situation permettent de clore cette partie du débat.
     Depuis fin  1989, les associations avaient alerté M. Fauroux, ministre chargé de l'industrie, M. Lalonde, secrétaire d'état chargé de l'environnement et de la prévention des risques technologiques et naturels majeurs, et M. le préfet de l'Isère (délégation de 45 élus et représentants d'associations), sur les risques graves d'emballement de la réaction nucléaire dans le coeur de Superphénix en cas de défaut de refroidissement par le sodium, lié par exemple à une présence anormale d'impuretés dans ce sodium.
p.84

     La FRAPNA avait demandé en vain de décembre 1989 à mai 1990, lors des réunions des Commissions Locales d'Information et de Surveillance Nucléaire, communication des documents techniques permettant de vérifier les affirmations du Chef de la centrale de Creys-Malville, M. Lacroix, selon lesquelles «la pureté du sodium est vérifiée en permanence», «les assemblages purgeurs de gaz de Superphénix ne peuvent pas se boucher», «l'ensemble des études réalisées montre que le passage hypothétique de ce gaz dans le coeur ne peut mettre en cause l'intégrité de la gaine des assemblages combustibles».
     L'autorisation de redémarrage avait été donnée le 14 avril 1990 après «assurance que la purification du sodium était particulièrement surveillée».
     La preuve est aujourd'hui faite du peu de fiabilité des affirmations avancees par l'exploitant sur ce sujet: la pureté du sodium n'a pas été vérifiée et assurée pendant 15 jours, du 20 juin au 3 juillet 1990, les impuretés du sodium n' ont été détectées que fortuitement après l'arrêt du réacteur.
     Les certitudes avancées alors font aujourd'hui place aux incertitudes: les interprétations des mesures ne sont toujours pas assurées, trois mois après cette avarie. L'exploitant vient de reconnaître qu'après la révision des circuits en sodium, c'est au tour des circuits de gaz (argon et azote) qui doivent être passés en «revue générale», et que les régles d'exploitation, les consignes et le rapport de sûreté doit être une nouvelle fois révisés. La situation actuelle de cette installation montre l'impérieuse nécessité d'expertises contradictoires et rendues publiques dans un domaine qui concerne directement les populations.

PHÉNIX:
NOUVELLE AVARIE GRAVE

     La situation actuelle de Phénix (250 MWé) pose également de gros problèmes.
     Des anomalies de réactivité du coeur de la centrale Phénix de Marcoule avaient entraîné plusieurs arrêts d'urgence les 6, 24 août et 14 septembre 1989. Ces anomalies qui n'avaient pas été décelées pendant 2 mois et restaient inexpliquées jusqu'en décembre 1989, avaient entraîné un arrêt prolongé  du  réacteur.  Leurs  causes avaient ensuite été attribuées à la formation d'une bulle d'argon, par présence d'impuretés dans le sodium primaire, impuretés qui auraient bouché les assemblages purgeurs des micro-bulles d'argon présentes dans le sodium primaire. Les assemblages purgeurs avaient été remplacés par des éléments identiques à ceux de Superphénix, de nouvelles spécifications techniques avaient été imposées à l'exploitant, et la puissance du réacteur avait été limitée.
     Or le dimanche 9 septembre 1990, alors que le réacteur se trouvait de nouveau, depuis quatre jours, à la puissance maximale autorisée, un arrêt automatique est intervenu, sur l'indication d'une nouvelle baisse anormale de réactivité dans le coeur.
     D'autre part, comme l'indiquaient depuis plusieurs années des scientifiques indépendants, les autorités de sûreté reconnaissent aujourd'hui ces nouveaux problèmes à Phénix, comme le montre ce communiqué du S.C.S.I.N.:
     «Des incertitudes dans l'évaluation des marges de tenue mécanique de certaines structures en situation accidentelle. Des justifications complémentaires ont été demandées à l'exploitant. Sous réserve de limiter provisoirement la puissance de fonctionnement à 500 MW thermiques, soit environ 80% de la la puissance nominale, le chef du SCSINa autorisé le redémarrage du réacteur.

suite:
Au cours du redémarrage, le vendredi 20 avril 1990, l'exploitant a constaté le colmatage de l'appareil de purification du sodium de l'un des trois circuits secondaires (non actif). Le réacteur a donc été arrêté pour remplacer ce composant. Le redémarrage de l'installation est intervenu le lundi 30 avril 1990. »
     Les causes de ces événements ont donc été mal analysées, restent inconnues et les conséquences pour Superphénix sont incertaines.

SUPERPHÉNIX
N'EST PAS TCHERNOBYL?

     La catastrophe de Tchernobyl n'est pas transposable telle quelle à Superphénix, et pourtant...
     Une explosion nucléaire dans un réacteur neutroniquement instable, à fortiori s'il est à neutrons rapides comme Superphénix, en particulier dans les périodes d'essai ou de marche àpuissance réduite, est possible.
     Des scientifiques indépendants du lobby nucléaire estiment en effet que des scénarii d'accident grave (hypothétiques comme ceux qui se sont déjà produits) peuvent se dérouler à Superphénix, à la suite de présence d'impuretés dans le sodium primaire.
     Ces scénarii sont ici résumés:
     Scénario 1 (semblable à celui qui s'est produit à Phénix pendant l'été 1989 et qui a entraîné son arrêt pendant 3 mois fin
1989):
     - bouchage par des impuretés des ouvertures de quelques-uns des 6 assemblages purgeant les micro-bulles de gaz présent dans le sodium;
     - formation d'une poche de gaz sous le coeur;
     - l'évacuation de cette poche de gaz par les assemblages nucléaires produit un échauffement brutal, l'emballement de la réaction nucléaire (réaction surcritique prompte par coefficient de vide positif, spécificité de Superphénix) et la fusion d'assemblages;
     - si une erreur ou une avarie simultanée intervient dans les systèmes de détection ou de commande des barres d'arrêt, une explosion nucléaire peut s'ensuivre par recompaction critique du combustible nucléaire.

Scénario 2:
     - Obstruction partielle d'un assemblage nucléaire, suivie rapidement d'un bouchage total, cumulée avec une défaillance des système de détection de l'élévation de température de l'assemblage (cette défaillance peut être liée aux fluctuations fréquentes des température du sodium en sortie d'assemblage en période d'essais).
     - 25 secondes après le bouchage: fusion de l'assemblage bouché et début de fusion des faces adjacentes des 6 assemblages qui entourent l'assemblage bouché.
     - 4 secondes plus tard, déclenchement de l'arrêt d'urgence par élévation de la température du sodium des 6 assemblages voisins et chute des barres d'arrêt (5 secondes) tandis qu'il y a fusion des 6 assemblages.
     A ce moment les incertitudes sont importantes:
     - ne peut-il pas y avoir recompaction des matériaux fondus, risque d'accident de criticité avec explosion pouvant rendre impossible la chute des barres d'arrêt et endommager le système de refroidissement  de  secours?  (chaque assemblage contient plus de 15 kilos de plutonium);

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     - un retard de quelques secondes dans la chute des barres n’entraînerait-il pas une fusion extrêmement rapide des 12 autres assemblages, dont 6 sont adjacents par deux faces aux 6 premiers assemblages? Des aérosols de sodium peuvent perturber la chute des barres d'arrêt. Il est impossible de modéliser ces scénarii même sur les plus puissants ordinateurs, les extrapolations du CEA sont faites à partir de calculs expérimentaux sur un faible nombre d'assemblages.

SUPERPHÉNIX:
AVARIES EN SÉRIE

     Superphénix a subi de nombreuses avaries dont les plus importantes sont:
     - En janvier 1986 le bouchage total d'un assemblage de Superphénix a eu lieu, par suite d'un oubli dans l'assemblage d'un bouchon de caoutchouc.
     - 10 février 1987, 17 août 1989, 3 juillet 1990: avarie d'un des deux alternateurs électriques.
     - Mars 1987: avarie du barillet avec fuite de 20 tonnes de sodium non détectée pendant 3 semaines. Du 28 mai 1987 au 12 janvier 1989: arrêt du réacteur, chantier sur le barillet, nouvelles régles de fonctionnement non prévues.
     - Défaillances des détections de fuite de sodium.
     - Défaillance des contrôles qualité sur des éléments essentiels pour la sûreté (cuves, détection de fuite de sodium).
     - Le 2 octobre 1989 chute d'un engin de 1.300 kg sur le dôme du réacteur.
     - 1990: fuite de sodium sur un des 4 circuits principaux d'évacuation de puissance.
     - 29 avril 1990, alors que le réacteur était à l'arrêt, fuite de sodium sur un des 4 circuits principaux d'évacuation de puissance imposant la vidange immédiate de tout le sodium du circuit incriminé (400 tonnes).
     - Juin 1990: défaillance de l'appareillage de contrôle de la pureté du sodium.
     - Juin 1990: fonctionnement avec rupture de l'enceinte primaire de confinement et pollution du sodium.

     Dans la liste des 18 accidents hypothétiques (probabilité de 1/10.000 à 1/1.000.000 années de fonctionnement) analysés dans le rapport de sûreté, 2 se sont déjà produits. Dans cette liste figure un grand feu de sodium secondaire dans un bâtiment générateur de vapeur (dans le bâtiment-réacteur, il s'agit d'une des 3 situations hautement hypothétiques), la fusion de 7 assemblages (s'il y en a plus, il s'agit d'une des 3 situations hautement hypothétiques):  peut-on  poursuivre encore longtemps l'expérience avec l'espoir que ce ne seront pas les prochains accidents qu'il faudra cocher sur cette liste?
     Le retour sur quelques-uns de ces incidents ou accidents permet de mettre en évidence les grandes incertitudes concernant la sûreté de cette installation expérimentale.
     La formation d'une bulle d'argon dans le réacteur Phénix, à Marcoule durant l'été 1989, met en évidence que cet événement non prévu a été mal détecté, mal analysé pendant plusieurs mois, et ses causes ne sont pas connues.

suite:
     Nous n'avons pas connaissance de la description précise du phénomène, des assemblages «purgeurs» en cause, des raisons de leur bouchage, ni de la description des mêmes données concernant Superphénix.
     Nous ne savons pas, en particulier, si certaines conditions de fonctionnement de Superphénix sont susceptibles d'entraîner un phénomène semblable et si certains dispositifs de contrôle de réactivité du coeur, de la pureté du sodium, de détection d'échauffement des assemblages, de débits de sodium, de détection de gaz dans le sodium sont capables d'éviter une dégénérescence rapide de l'incident.
     L'incident «formation d'une bulle de gaz» dans le sodium du coeur ne nous semble pas avoir été pris en compte de manière spécifique dans le rapport de sûreté de Superphénix, du moins dans l'édition publique de 1985, seul document mis à notre disposition. Le temps de réponse devant être extrêmement rapide au risque de voir cette bulle de gaz entraîner, à proximité des assemblages fissiles et fertiles,  une  réaction  sur-critique prompte, du fait de l'effet de vide positif du réacteur à neutrons rapides refroidi au sodium (caractéristique semblable à celle des réacteurs graphite-gaz du type Tchernobyl, St - Laurent - des-Eaux, Chinon ou Vandellos), il semble impératif de soumettre ce dossier à une analyse contradictoire et a une révision du rapport de sûreté.
     Les causes des anomalies de la cuve principale du barillet de Superphénix, anomalies qui ont abouti à sa fissuration généralisée, ne nous ont jamais été avancées avec certitude. En particulier, nous ne sommes pas assurés que les nuances d'aciers inoxydables choisis pour la cuve principale, la cuve de sécurité du coeur et les circuits essentiels en sodium, ne peuvent être l'objet d'une telle dégradation. A ce titre, l'éventualité de fissurations liées aux réactions sous sodium, sous tension, sous flux neutronique, sous échauffement, de certaines soudures sont-elles totalement exclues pour les aciers inoxydables choisis? A-t-on la certitude que seul l'acier 15 D 3 est mis en cause, à partir, par exemple, de la reproduction sur échantillons des phénomènes? Comme l'indique le syndicat CFDT, n'oublions pas qu'une fuite de sodium s'était produite sur la cuve principale en acier inoxydable de Rapsodie (premier réacteur à neutrons rapides français).
     La conception du P.T.C. (Poste de Transfert du Combustible en cours de construction pour remplacer le barillet détruit) dans le puits du barillet a profondément changé entre ce qui était prévu lors du redémarrage du 12 janvier 1990 (sur lequel nous n'avons pas été informé ou consulté dans le cadre de la Commission Locale d'Information), et ce qui est actuellement en construction. Nous ne connaissons pas le nouveau P.T.C. en cours d'installation, ni les règles de sûreté envisagées. Seul un transparent montré 10 secondes en réunion de la Commission Locale d'Information du 14 décembre 1989 nous en a informé. Même si cette modification (reconstruction complète d'une cuve en acier inoxydable) est préférable à celle initialement retenue (réutilisation de la cuve de rétention du barillet en acier 15D3 que nous estimions dangereuse), cette question est essentielle pour la sûreté de l'installation.
p.86

     L'étude d'impact de janvier 1989, déposée pour obtenir le décret autorisant la modification de la centrale et son redémarrage, ne décrivait pas cette dernière modification: «la solution proposée prévoit la réutilisation du barillet en gaz neutre avec réutilisation de la cuve de rétention du barillet et de son toit comme enveloppe» (E12, p. 1). La N.E.R.S.A. justifiait ainsi cette option: «Cette solution de poste de transfrrt du combustible ne présente pas, par ailleurs, les aléas liés à une reconstruction délicate dans un puits étroit» (E12, p. 50).
     Pourtant  c'est  précisément  cette reconstruction qui est en cours.
     La chute d'un engin de levage sur le dôme du réacteur était exclue du rapport de sûreté. Un accident de ce type s'est produit le 2 octobre 1989.
     Cet accident mécanique n'a eu aucune conséquence en matière d'environnement. Mais quelles auraient été les conséquences du choc s'il avait eu lieu sur des circuits tels les sommets des pompes de circuit secondaire de sodium?
     Aux dires de l'exploitant, il s'agit d'un accident «sans aucune conséquence sur la sûreté de la centrale» (cf. Lyon-Libération du 04/10/89). Cela a été vrai, pour ce qui concerne la sûreté immédiate. Mais le dôme de confinement, conçu en acier 15 D3 comme le barillet, est un élément de sûreté essentiel, en cas d'accident, car il constitue, avec la cuve de sécurité du réacteur, l'enceinte principale de confinement (pour les feux de sodium, les effluents radioactifs). Il constitue surtout l'élément qui doit résister à une énergie mécanique de 800 MégaJoules libérée par l'Accident ADC, selon les termes mêmes du décret d'autorisation. Peut-on considérer que sa fragilisation par ce choc ne met pas en cause cette résistance?
     Comme nous l'indiquions dès le redémarrage, la situation de chantier est source de risques, même réacteur à l'arrêt. L'organisation du chantier, l'assurance qualité, le contrôle des sous-traitants, le contrôle des pièces sont mis en cause.
     Cet accident révèle une nouvelle fois les erreurs du Rapport de sûreté fourni par l'exploitant:
     L'accident du 8 mars 1987 (fuite de sodium de la cuve principale du barillet) était classé «hypothétique», c'est-à-dire avec une probabilité de 10-4 à 10-6 événement/an(3).
     - Celui du 2 octobre 1989 était considéré comme ne devant jamais arriver, exclu, comme le confirment ces extraits du Rapport de sûreté: «Les principales options concernant les manutentions spéciales sont:
     l'utilisation d'appareils de levage permettant d'exclure le risque de chute de charge.
     Pour les manutentions réalisées dans le hall réacteur et le dôme, on exclut le risque de chute d'objet en utilisant des engins de manutention tels que les charges qu'ils transportent ne puissent pas tomber en cas de simple défaillance des systèmes actifs, ou de mauvais fonctionnement.
     Les cas de charges retenus pour le dimensionnement des engins permettent enfin de ne pas prendre en compte la chute des charges manutentionnées en cas de séisme majoré»
suite:
     Parmi les accidents classés en «Situations hypothétiques» (voir liste ci-jointe), 2 sur les 18 pris en considération se sont donc produits en quelques mois (fuite de sodium, chute sur le dôme), une situation non prise en compte s'est produite (chute d'un engin de 1.300 kg sur le dôme) et une nouvelle situation doit dorénavant etre envisagée (fuites successives de la cuve principale et de la cuve de sécurité du réacteur).
     L'accident du 2 octobre 1989 confirme que certains accidents n'ont pas été pris en compte par le Rapport de sûreté et les régles générales d'exploitation. Il confirme que l'exploitant a sous-estimé certaines défaillances et certains risques. Il rend indispensable un contrôle, contradictoire, de l'installation.
     L'abandon obligé du caractère surgénérateur de Superphénix: Superphénix n'est plus surgénérateur.
     La centrale nucléaire à neutrons rapides de Creys-Malville a été conçue comme surgénératrice. Un tel fonctionnement permet, à partir d'un chargement en uranium et plutonium (il s'agit ici d'une explication simplifiée), de transformer une partie de l'uranium en plutonium et de retrouver, après usage, une proportion plus importante de plutonium qu'initialement. Les isotopes du plutonium «reproduits» par Superphénix offrent de plus «l'intérêt» d'être «de qualité militaire». Du plutonium est produit dans toutes les centrales nucléaires, mais en quantité moindre, de moindre «qualité», et avec une moins grande souplesse de déchargement. Cette centrale et la filière des surgénérateurs a été conçue par le Commissariat à l'Energie Atomique qui est un organisme nucléaire militaire et civil. Elle intéressait les militaires dès son projet, elle les intéressait encore plus comme relève des centrales fortement productrices de plutonium pour les bombes atomiques qui sont arrêtées ou en fin de vie, elle les intéressait aussi pour, grâce à la souplesse supposée du déchargement, faire face à des besoins de plutonium lors du renouvellement des charges nucléaires, de la mise en oeuvre des nouvelles armes nucléaires tactiques et de la bombe à neutrons.
     Il se trouve que c'est précisément le barillet, qui permettait la souplesse de déchargement et de stockage du combustible nucléaire, qui est inutilisable. Il se trouve par ailleurs que l'absence de perspective de développement des surgénérateurs repousse la construction d'une usine de retraitement des combustibles de Superphénix. Ainsi, pendant plusieurs années, les assemblages seront stockés dans une piscine appelée APEC, construite sur le site, prévue pour contenir 1.400 éléments, soit plusieurs dizaines de tonnes de plutonium. Il ne sera donc pas possible de décharger rapidement le combustible, et de le retraiter. Son usage militaire est donc sérieusement mis en cause.
     Le caractère surgénérateur ne devient «intéressant» que s'il y a un très important parc de surgénérateurs, des usines de retraitement, et des centrales classiques qui fournissent les chargements initiaux.
p.87
(3) Depuis que la GA.D.A. nous a autorisé à consulter certains documents, la gestion de l'accident du 8 mars 1987 apparaît telle que nous le disions: le le avril 1987, le chef de centrale doutait encore de la réalité de la fuite et télégraphiait aux autorités de sûreté le message suivant:
«Télex du 01/04/87: [...]
31 mars 1987: un prélèvement d'azote froid dans l'espace intercuve n'a pas alors montré de trace significative de sodium.
Depuis, des bilans effectués sur les niveaux de sodium du barillet et du réservoir de stockage dis circuit de sodium du barillet et des manoeuvres d'exploitation effectuées le 2 avril montrent qu'environ 20 m3 de sodium pourraient se trouver dans l'espace intercuve. [..]
Nous vous tiendrons informé de la suite des événements, au fur et à mesure de l'obtention des résultats confirmant la réalité à la fuite, son importance, ses origines et les parades envisagées. Signé, le chef de centrale Gérard Labat.»
     A partir de l'accident du barillet, du report d'un deuxième surgénérateur européen et de l'abandon de l'usine de retraitement, le caractère surgénérateur de Superphénix n'ayant que des inconvénients, ne pouvait qu'être abandonné. C'est pourquoi l'annonce faite par la NERSA, début 1990, du rechargement prévu en 1994 sans assemblages fertiles, n'est pas une nouvelle, mais une obligation. Il confirme simplement que Superphénix n'est plus Phénix, ni d'ailleurs Super. Et actuellement la centrale arrêtée n'est même plus un générateur tout court.

SUPERPHÉNIX:
SUPERGASPILLAGE

     La centrale expérimentale européenne à neutrons rapides Superphénix de Creys-Malville a coûté, d'après le C.E.A., 26 milliards de francs français d'investissement (valeur 1986).
     L'atelier de stockage du combustible nucléaire sur le site (APEC) a coûté 1 milliard de francs (aucun coût n'est indiqué par la NERSA). L'avarie du barillet, la reconstruction d'un poste de transfert du combustible, et les nouvelles mesures prises ont coute 0,5 milliard de francs (d'après la NERSA). Depuis 1985, la centrale a coûté environ 3 milliards de francs par an de dépenses d'exploitation, soit 18 milliards de francs. Environ 200 millions de francs de taxes professionnelles et foncieres ont été versées aux communes voisines et au Conseil général de l'Isère. Les tableaux joints détaillent les calculs du coût réel de Superphénix.
     A titre anecdotique, la centrale a consommé de l'énergie électrique pendant toutes ces années pour alimenter de façon permanente l'ensemble des auxiliaires de la centrale. Cette consommation n'a jamais été indiquée, peut-être plusieurs dizaines de millions de kWh par an, soit, avec une très grosse marge d'erreur possible, une dépense de 50 millions de francs depuis 1985.
     Depuis sa première production de vapeur d'origine nucléaire, le 31 décembre 1985, en 5 ans, la centrale n'a fonctionné qu'environ 6 mois équivalent à pleine puissance. Elle a produit une énergie électrique d'environ 4 milliards de kWh, soit environ 1 milliard de francs.
     Superphénix a en fait coûté plus de 40 milliards de francs.
     Les élus locaux et le Conseil général de l'Isère, qui n'ont pas été consultés lors de l'implantation de Superphénix, sont les attributaires des taxes professionnelle et foncière auxquelles la NERSA est assujettie. Cette manne annuelle d'environ 50 millions de francs entraîne une situation de dépendance préjudiciable (certains ont employé l'image de petits «émirats nucléaires») à un débat serein sur l'arrêt de l'installation, les communes endettées étant amenées à souhaiter coûte que coûte le redémarrage de Superphénix.

suite:
     Afin de déconnecter le débat sur l'arrêt de l'installation du reversement de la taxe professionnelle, élus et représentants d'associations ont demandé, le 2 octobre 1990, que l'Etat, qui a décidé seul cette implantation, assume le remboursement des emprunts contractés par les communes en cas d'arrêt partiel ou total de la centrale, «compte tenu de la spécificité de cette installation» de sa situation actuelle et de son caractère expérimental».

SUPERPHÉNIX:
LES HABITANTS N'ONT PAS
CONFIANCE

     Même s'il convient d'être vigilant avec l'utilisation des sondages d'opinion, plusieurs d'entre eux ont révélé l'inquiétude grandissante des populations de l'Isère quant aux risques liés à Superphénix. En décembre 1988, un sondage «PLURIS» en Isère, donnait les indications portées dans le tableau 1.
     Durant  l'été  1989,  un  sondage en Isère donnait les indications suivantes:
     - 80% des personnes interrogées pensent qu'«en cas de catastrophe, la population ne connaît pas les consignes à suivre» et 71% «ne savent pas comment elles seraient prévenues».
     - 18% estiment que «l'on nous dit la vérité sur les dangers que présentent pour la population l'industrie nucléaire» et 12% pour le transport de matières dangereuses.
     - 94% considèrent que «la population doit être totalement informée sur les risques auxquels elle est exposée du fait de l'activité de certaines usines de la région» et 76% rejettent l'argument selon lequel «on fait peur inutilement aux gens en les infrrmant sur ce type de risques». 81% des personnes interrogées pensent que «en France, on attend toujours que les catastrophes soient ici pour agir».
     Quant à la confiance de la population de l'Isère sur l'information diffusée, voir les indications du sondage «S.A.P» (été 89) (tableau 2).
     Elus et journalistes devraient méditer ce classement, s'ils veulent retrouver un peu de crédit sur ce sujet.

LA SÉCURITÉ
DES POPULATIONS

     Le Plan Particulier d'Intervention de la centrale de Creys-Malville date de 1985. Il n'a pas été actualisé (sauf ses annexes téléphoniques). La catastrophe de Tchernobyl (ou même celle de Three Mile Island) a montré la nécessité de concevoir un Plan couvrant un territoire de prévention et d'intervention plus large que les zones de 5 et 10 kilomètres autour de la centrale. Or ce sont toujours ces deux seules zones qui figurent dans ce P.P.I. Les populations de ces zones n'ont pas été informées des conduites à tenir, depuis plusieurs années.

p.88

Tableau 1
Question Oui Non Ne se prononce pas
«Superphénix est un choix dangereux et coûteux, on aurait dû donner la priorité à d'autres énergies» 69,0 24,1 6,9
Une catastrophe de type Tchernobyl est toujours possible à Superphénix» 78,1 19,1 3,2
«Existe-t-il selon vous des risques majeurs liés à Superphénix?» 69,5 16,4 14,1
«En fait le surgénérateur de Superphénix à Creys-Malville est à l'arrêt depuis mai 1987 en raison de la découverte d'une fissure ayant entraîné une frite de sodium. Etes-vous favorable ou hostile au redémarrage de Superphéuix après les travaux de
réfection?»
41,2 51,1 7,7
Tableau 2
Question Oui Plus ou moins Non
«Pour chacun des domaines suivant, estimez-vous que l'on vous dit la vérité sur les dangers qu'ils présentent pour la population?: Industrie nucléaire» 18 19 63
«Pour vous donner des informations sur les risques industriels graves, faites-vous confiance aux personnes suivantes?»
Pompiers 74 18 8
Scientifiques 60 27 13
Associations de protection de l'environnement 58 26 16
Médecins 55 26 19
Croix Rouge 53 28 19
Ecologistes 50 28 22
Associations de consommateurs 49 28 23
Comités d'hygiène et de sécurité des entreprises 41 35 24
Organismes privés spécialisés 37 36 27
Ingénieurs du Ministère de l'environnement 34 30 36
Ouvriers des usines 30 35 35
Ingénieurs du Ministère de l'Industrie 29 24 49
Pharmaciens 27 24 49
Syndicats des usines 24 38 38
Préfet 24 31 45
Police 23 26 51
Enseignants 20 35 45
Journalistes 19 30 51
Armée 18 23 59
Elus de votre région 18 31 51
Industriels eux-mêmes 14 26 60
     Les études d'impact de la centrale, de l'A.P.E.C. et de leurs rejets, ainsi que les Plans d'Urgence Interne et Plans Particuliers d'Intervention n'ont pas été actualisés en tenant compte du nouveau mode de fonctionnement de ces installations avec la construction de la dernière option choisie pour le P.T.C.
     Aucun exercice de sécurité nucléaire n'a été réalisé dans notre département.
     En matière d'information, la pratique du fait accompli (par exemple l'annonce a posteriori du démarrage et le refus de rendre public sa date et ses conditions au préalable), celle du communiqué de presse sans information des élus et membres des Commissions  Locales  d'Information, celle  de rétention  d'information  en période d'incertitude (exemple de Phénix août 1989 ou Superphénix mars 1987), sont lourdes de conséquences pour des situations de crise.

LA SÛRETÉ NUCLÉAIRE
EN 1989

     L'amélioration de la sûreté nucléaire et de la sécurité des populations passe par l'acceptation de l'accès à l'information, de l'analyse contradictoire des dossiers (y compris par des non-spécialistes), de points de vue critiques et de la controverse, qui sont nécessaires a une démarche scientifique et démocratique.
     Or, les années 1989 et 1990 sont des années noires pour la sûreté nucléaire en France et des années grises pour le débat démocratique.
     Le Service Central de Sûreté des Installations  Nucléaires  du  Ministère  de l'Industrie a certes essayé d'apparaître avec plus d'autonomie vis-à-vis des exploitants (E.D.F. et N.E.R.S.A.). Dépendant de l'Institut de Protection Nucléaire, rattaché au C.E.A., et du gouvernement, ce service qui constitue ce que l'on appelle «les autorités de sûreté» n'offre pas les garanties d'indépendance que la population, principale concernée par les risques, est en droit d'attendre.
 

suite:
     Le nouveau «pouvoir» attribué au Ministre chargé de l'environnement, M. Brice Lalonde, dans le domaine de la prévention  des  risques  technologiques majeurs, qui devient co-signataire des autorisations nucléaires, est largement une fiction. Il ne dispose d'aucun service propre d'analyse, et n'est d'ailleurs jamais représenté dans les réunions sur la sûreté et l'information  nucléaire auxquelles nous avons assisté.
     La création d'instances d'information, de débat et de contrôle, complètement indépendantes des exploitants, par une déconnexion institutionnelle des autorités de sûreté et du C.E.A., reste à mettre en oeuvre.
     Sur des dossiers importants comme celui des incidents potentiellement initiateurs d'accidents graves, tels que ceux qu'ont subi les installations nucléaires de notre région (Bugey 1984, Superphénix 1987, St-Alban 1989 et 1990, I.L.L. 1990), les dossiers ne sont pas analysés de manière contradictoire, avec publication séparée des analyses de l'exploitant et du S.C.S.I.N., et accès à ces dossiers pour des «experts»  indépendants,  lorsque  la demande en est formulée, comme c'est le cas dans le cadre de la Commission Départementale de Surveillance Nucléaire de l'Isère à laquelle je participe.
     L'échelle de gravité des incidents et accidents nucléaires (voir tableau ci-joint) initiée par le gouvernement le 26 avril 1988 (deuxième anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl) ne prend que peu en compte les potentialités de dérives des événements déclarés, vers des accidents graves.
     Ainsi, des «Incidents ayant potentiellement des conséquences significatives pour la sûreté» (N2) classés au niveau 2 sur cette échelle du fait de circonstances particulières n'ayant pas entraîné d'accident, peuvent être, dans d'autres circonstances ou évolutions, susceptibles d'entraîner un «Etat dégradé des barrières ou des systèmes de sécurité» (N3) ou un «Endommagement partiel du coeur de l'installation» (N4). C'est par exemple le cas de la fuite de sodium du barillet de Superphénix de 1987, l'une des barrières étant dégradée en cas de manutention, et le barillet devant être analysé comme un réacteur dans le cas où celui-ci aurait été complètement chargé en assemblages irradiés, avec par exemple une situation dégradée des assemblages et du refroidissement.
p.89

     Certes ces evenements ne se sont pas produits et le concept de barrières successives a montré sa pertinence. Mais il est grave de classer les événements en donnant, par exemple dans ce cas, une priorité à l'absence de dégagements radioactifs dans ce classement, alors que la gravité potentielle de cet incident est bien plus importante. C'est pourquoi il serait préférable de choisir un classement avec deux chiffres: le premier tel que l'échelle de gravité gouvernementale le propose, le second indiquant le déroulement potentiel de l'incident. Dans ce cas, la fuite de sodium du barillet de Superphénix de 1987 aurait été classée en 2/4, et la «bulle d'argon» de Phénix de 1989 en 2/6.
     La définition de l'acceptabilité des risques reste le fait du système nucléaire lui-même. C'est ainsi qu'en indiquant pour la première fois (ce qui est un point positif) qu'une centrale nucléaire française (St-Alban en Isère) était autorisée à redémarrer «avec un surcroît de risque jugé acceptable», les autorités de sûreté ont défini seules avec l'exploitant cette acceptabilité. La population, les élus, les associations et les travailleurs de la centrale, tous pourtant directement concernés, n'ont pas eu leur mot à dire. Les uns ont ainsi jugé seuls ce qui est acceptable pour les autres.
     La diffusion plus régulière et explicative de l'information (en particulier grâce au fichier MAGNUC sur le Minitel 3614), ne doit pas cacher une réserve toujours aussi grande quant aux situations de crise, et un souci de renforcer encore la maîtrise des sources d'information, de justifier la politique nucléaire et d'emporter l'adhésion de l'opinion publique.

LE DÉBAT SUR LE NUCLÉAIRE
EN FRANCE

     Un simulacre de débat sur l'énergie s'est déroulé à l'Assemblée nationale, pendant 4 heures, le 12 décembre 1989: moins d'une vingtaine de députés étaient présents, aucune décision n'a été engagée, le débat sur le surgénérateur n'a été qu'effleuré. Un débat volontairement réduit, une fois tous les dix ans, voilà le sort réservé au plus important programme industriel et de recherche français, le plus lourd financièrement, avec la situation d'EDF, une des entreprises les plus endettées du monde (240 milliards de francs).
     Le gouvernement a classé «confidentiel» le rapport qu'il avait commandé à MM.Rouvillois-Guillaume-Pellat,   sur l'évaluation de l'état et de l'avenir de l'industrie nucléaire française, remis au gouvernement en mai 1989.
     Le rapport annuel confidentiel (18 janvier 1990) du chef de la sûreté à E.D.F., M. Pierre Tanguy, révèle des inquiétudes graves, jusqu'alors cachées, quant à la sûreté nucléaire en France en particulier la probabilité d'un accident nucléaire majeur en France, dans les dix annees à venir, est annoncée «de quelques pour cent».
     Nous avons obtenu, à la suite du débat sur Superphénix au Conseil général de l'Isère, le 3 février 1989, la constitution d'une Commission Départementale de Surveillance Nucléaire en Isère, à partir de l'automne 1989. Cette commission a mandaté, sur notre proposition, deux scientifiques chargés de nous fournir des analyses contradictoires sur plusieurs problèmes de sûreté des installations nucléaires de 1'Isère:

suite:
     - synthèse des risques liés au vieillissement des installations nucléaires de l'Isère,
     - systèmes de détection des fuites de sodium de la centrale européenne expérimentale de Creys-Malville,
     - chute d'un engin de 1.300 kg sur le dôme du réacteur et organisation des contrôles,
     - défaillances des générateurs de vapeur de la centrale de St-Alban (PWR 1300 MWé),
     - risques liés au tritium dans les installations du réacteur européen à haut-flux neutronique de  l'Institut  Laue-Langevin (I.L.L.) à Grenoble.
     Plusieurs communes et associations suisses, ainsi que la Fédération RhôneAlpes de Protection de la Nature, ont engagé des recours contre le décret modificatif d'autorisation de la centrale de Creys-Malville du 10 janvier 1990, et les autorisations de redémarrage. Un expert judiciaire, nommé par le Tribunal administratif de Grenoble, s'est rendu au C.E.A. de Fontenay-aux-Roses, le 26 mars 1990, et à la centrale, le 2 avril 1990, accompagné des requérants, afin d'entendre les autorités concernées (Ministères, N.E.R.S.A., E.D.F., C.E.A.) et constater les conditions de redémarrage de l'installation. Ces démarches, même si, comme on pouvait le craindre, elles n'aboutissent pas, constituent une «première» juridique en France.
     Un contrôle de la radioactivité autour de la centrale de Creys-Malville, effectué en avril 1990 par la C.R.I.I.-Rad, a été financé par souscription des populations et des associations.
     Le Comité Malville, les associations et les organisations écologistes, des habitants de la Région Rhône-Alpes, ont financé par souscription une analyse indépendante de la radioactivité autour du site de Creys-Malville en Isère, confiée au Laboratoire de la C.R.I.I.-Rad. (Commission de Recherche et d'Information Indépendantes sur la Radioactivité).
     Les premiers résultats des prélèvements effectués en avril 1990, par carottages de sol, suivant des protocoles rendus publics, révèlent, indépendamment des rejets de la centrale, une radioactivité importante consécutive au passage du nuage de Tchernobyl.
     La C.R.I.I.-Rad. a découvert 390 Bq/m2 (+-60) en césium 134, à Malville, 4 ans après Tchernobyl, soit 1.460 Bq/m2 (+-200) en mai 1986, là où le S.C.P.R.I. (Service Central de Protection contre les Rayonnements Ionisants) et son Chef, M. Pellerin, ne trouvent Aucune Activité Significative en césium 134 de mai 1986 à aujourd'hui!
     La C.R.I.I.-Rad. a découvert 4.500 Bq/m2 (+-500) en césium 137, à Malville, 4 ans après Tchernobyl, soit 4.930 Bq/m2 (+-550) en mai 1986, là où le S.C.P.R.I. trouve 150 Bq/m2 en césium 137 en mai 1986, soit 33 fois moins!
     Rien d'autre que des dysfonctionnements graves du Service Central de Protection contre les Rayonnements Ionisants ou une volonté politique de censure ne peuvent justifier de telles différences dans les résultats des mesures.
     Les relevés de la C.R.I.I.-Rad prouvent que les concentrations en césium 137, césium 134 et iode 131, dans le lait de vache ont dépassé en 1986 les normes de la Communauté Européenne.
p.90

     Le niveau des retombées aurait dû entraîner, de la part du gouvernement et du Préfet de l'Isère, des mesures de protection de la population et notamment le retrait de la consommation du lait pour les enfants et les femmes enceintes en Isère.
     Le S.C.P.R.I., seul conseil du Préfet de l'Isère en cas d'accident nucléaire, a donc failli à sa mission de protection de la santé des populations.
     Les résultats de la C.R.I.I.-Rad, rendus publics lors d'une conférence de presse tenue à Lyon le 25 juillet 1990, ont amené les associations à demander la démission du  Professeur  Pellerin,  Chef  du S.C.P.R.I., à disposer de mesures indépendantes de la radioactivité et la communication des niveaux radiologiques d'intervention: retrait de la consommation de certaines denrées, confinement ou évacuation des habitants de l'Isère.
     La capacité des autorités locales à gérer un accident nucléaire à Superphénix est mise en cause.
     Depuis un an, un Comité européen contre Superphénix  s'est  constitué, regroupant des dizaines d'associations et organisations de plusieurs pays européens dont la France, la Suisse, l'Italie. Des manifestations ont été organisées le 26 avril 1990, dans de nombreuses villes de ces pays, sur le thème «Tchernobyl 4 ans après, Malville aujourd'hui».

CONCLUSION

     Le débat sur le nucléaire reste inégal: d'un côté d'énormes moyens, des dizaines de milliers de personnes travaillant pour promouvoir le nucléaire, des organismes qui sont juges et parties, exploitent et contrôlent et d'autre part aucune possibilité réelle d'accès à l'information, d'expertise contradictoire, de moyens pour développer des alternatives.
     Malgré ces inégalités, qui ne sont que le reflet d'une société, les questions soulevées par ceux qui étaient considérés comme de «doux dingues» dans les années soixante-dix, se sont révélées pertinentes, en particulier durant toute la crise de Superphénix. Là où certains avancent des certitudes, ce sont les incertitudes qui ont été mises en évidence. Là où certains ont foi en la technique et croient pouvoir  échapper au débat, nous disons que la démocratie est nécessaire.
     L'année 1989 a confirmé que les doutes des années soixante-dix étaient fondés. L'avenir  (quelle  année?)  confirmera encore plus que la France doit sortir du nucléaire pour mettre en oeuvre des alternatives énergétiques, des économies d'énergie, une politique de paix.
     Mais que de moyens auront été entre temps gaspillés, que de débats truqués!

Grenoble, 5 octobre 1990
 
suite:
Document 1
Incidence sur Superphénix de la découverte
de formation d'une bulle d'argon
dans le réacteur Phénix, d'après le S.C.S.I.N.

     «Trois arrêts automatiques sont intervenus dans le réacteur Phénix les 6, 24 août et 14 septembre. Ces trois arrêts ont été provoqués par une variation de réactivité due au passage d'une bulle d'argon dans le coeur du réacteur. Cet incident a été classé au niveau 2 de l'échelle de gravité.
     Superphénix appartenant comme Phénix à la filière des réacteurs à neutrons rapides, il doit donc bénéficier du retour d'expérience acquis, conformément à la démarche constamment utilisée dans le domaine de la sûreté nucléaire.
     Dans ce cadre, le SCSIN a demandé àl'exploitant de Superphénix de lui apporter avant redémarrage une démonstration complémentaire de sûreté portant sur trois points:
     - le bon fonctionnement des purgeurs qui servent à évacuer l'argon;
     - l'analyse des procédures de fonctionnement utilisées;
     - l'étude des effets du passage d'une bulle d'argon dans le coeur du réacteur dans l'éventualité d'un bouchage des purgeurs.»


Document 2
Liste des accidents hypothétiques retenus
par le Rapport de sûreté

Situations hypothétiques
     1. Chute d'un parpaing (de 10 kg) sur le dôme.
     2. DCNEP avec ou sans défaillance unique sur un composant actif ou passif au niveau de l'ensemble fonctionnel constitué par les moyens mis en oeuvre pour évacuer la puissance résiduelle (Soit avec conservation de l'étanchéité de la cuve principale, soit avec perte de cette étanchéité au pic de température avec une section de fuite de 10 cm).
     3. Réaction eau-sodium violente dans un GV sans fermeture de la vanne d'isolement mais avec décompression du GV et introduction limitée d'eau.
     4. Fuite de la cuve principale du barillet.
     5. Accident de refroidissement du barillet (un circuit MAB en convection naturelle).
     6. Grand feu de sodium secondaire dans les galeries de tuyauteries secondaires du bâtiment réacteur.
     7. Grand feu de sodium secondaire dans un batiment GV.
     8. Fusion de 7 assemblages.
     9. Fuite de la cuve principale du bloc réacteur.
     10. Rupture d'une tuyauterie de liaison pompe-sommier.
     11. Ré-alimentation en eau d'un GV isotherme à 500oC à débit de sodium égal à 20% Qn (avec défaillance de la protection associée).
    12. Arrêt du débit d'eau dans un GV avec défaillance de la protection de déclenchement de la pompe secondaire et de l'arrêt rapide.
     13. Chute d'un assemblage accompagné de l'équipage mobile de la machine de transfert dans son emplacement du réseau.
     14. Chute d'un assemblage accompagné de l'équipage mobile de la machine de transfert dans le pot de manutention au PCDR.
     15. Chute d'un assemblage accompagné de l'équipage mobile du ringard dans le pot de manutention au PCDB.
     16. Chute d'un assemblage accompagné de l'équipage mobile du ringard dans une chaussette ou une chandelle du barillet.
     17. Chute d'un assemblage accompagné du grappin depuis le couloir de manutention sur le manège du barillet ou dans une chandelle.
     18. Chute d'un assemblage accompagné du grappin de la hotte d'assemblages neufs sur le manège du barillet ou dans une chandelle ou dans une chaussette sur amortisseur

Situations hautement hypothétiques
     1. ADC qui libérerait 800 MJ d'énergie mécanique, avec l'ensemble des moyens de refroidissement d'ultime secours en service (RUR + RUS) (Soit avec conservation de l'étanchéité de la cuve principale, soit avec perte de cette étanchéité au pic de température avec une section de fuite de 10 cm).
     2. Convection naturelle généralisée (correspondant à la perte des 4 pompes primaires et des 4 pompes secondaires).
     3. Feu de sodium secondaire en nappe sur la dalle, dôme fermé.(4)

p.91
(4) Depuis l'accident du 8 mars 1987, une nouvelle situation accidentelle a dû être prise en compte qui était jusqu'alors exclue: les fuites successives ou simultanées de la cuve principale et de la cuve secondaire du réacteur (d'où la procédure U4 exigée).
Document 3
L'échelle de gravité des incidents et accidents dans les installations nucléaires

     Cette échelle, mise en oeuvre à partir d'avril 1988 à titre d'essai, est destinée à faciliter l'accord et la compréhension mutuelle des techniciens de l'industrie nucléaire et de l'opinion publique par un classement simple et compréhensible de la gravité des incidents et accidents nucléaires.

Lecture de l'échelle
    L'échelle est graduée de  là 6, par gravité croissante. Les niveaux des accidents sont différenciés par l'ampleur du risque de rejets dangereux, radioactifs ou chimiques, vers l'extérieur de l'installation ou l'accident s'est produit. Les incidents sont caractérisés par des rejets radioactifs, au-dessous des limites annuelles autorisées, ou par des rejets chimiques, de faible quantité. Ils comprennent également des troubles de fonctionnement qui, sans être directement liés au risque radioactif ou chimique, peuvent traduire des faiblesses de l'installation auxquelles il faut remédier.

 Définition                                                                            Niveau
 Accidents majeurs                                                                    6
 Accidents présentant des risques à l'extérieur du site       5
 Accidents sur l'installation                                                     4
 Incidents affectant la sûreté                                                   3
 Incidents susceptibles de développements ultérieurs       2
 Anomalies de fonctionnement                                               1

Critères et exemples


Echelle de gravité Critères Exemples pour les réacteurs Exemples pour les installations nucléaires
Niveau 1:
Anomalies de fonctionnement
- Dépassement du domaine autorisé par les spécifications techniques
- Utilisation justifiée de systèmes de sécurité ou arrêt non programmé d'une installation pour raison de sûreté
- Fuites internes entraînant une faible contamination
Tricastin 4, 1987 - Accumulation de produits de fission dans une tuyauterie, La Hague, 16/3/1984
- Fuite d'UF6 à Eurodif, 4/3/1981
Niveau 2:
Incidents susceptibles de développements ultérieurs
- Incidents ayant potiellement des conséquences significatives pour la sûreté
- Incidents entraînant des réparations ou des travaux prolongés
- Fuites internes entraînant une contamination moyenne
Barillet de Creys-
Malville, 1987
- Réaction explosive, Eurodif, 13/1/1981
- Rupture de têtes d'assemblage, La Hague, février 1985
- Phénix 1989 et 1990
- Superphénix 1987 et 1990
Niveau 3:
Incidents affectant la sûreté
- Rejets à l'extérieur du site de produits radioactifs supérieurs ou égaux au dixième des limites annuelles autorisées ou de faibles quantités de produits chimiques dangereux associés
- Fuites internes significatives de radioactivité conduisant à une contamination importante d'une zone normalement accessible au personnel
- Etat dégradé des barrières, des systèmes de confinement ou des systèmes de sécurité
- Agents ayant été exposés à des rayonnements ionisants à une valeur supérieure à la limite annuelle autorisée ou à des produits chimiques dangereux associés à un niveau justiciable d'une mise en observation médicale.
Bugey 5, 1984 - Rejet accidentel d'UF6, Eurodif, 10/9/1986
- Exposition interne d'agents, La Hague, 20/5/1986
- Gravelines, 1989
Niveau 4:
Accidents sur l'installation
- Rejets à l'extérieur du site de produits radioactifs de l'ordre de grandeur des limites annuelles autorisées ou rejets notables de produits chimiques dangereux associés, n'entraînant pas de conséquences sanitaires significatives pour les populations. 
- Endommagement partiel du coeur de l'installation.
- Endommagement très important de parties actives de l'installation.
- Agents ayant été exposés à des rayonnements ionisants ou à des produits chimiques dangereux associés, à un niveau justiciable de soins médicaux spécialisés.
Saint-Laurent
A2, 1980
- Incendie d'un silo, LA hague, 6/1/1981
- Rejer accidentel d'UF6, Comurhex, 1/7/1977
Niveau 5:
Accidents présentant des risques à l'extérieur du site
- Accidents conduisant à prendre des dispositions de protection extérieures au site en cas de rejets ou de menace de rejets (équivalente en iode 131: au delà de quelques dizaines de térabecquerels, soit quelques milliers de Curies) ou en cas de rejets importants de produits chimiques dangereux associés. Windscale, 1957
Three Mile Island, 1979
Niveau 6:
Accidents majeurs
- Rejets à l'extérieur d'une fraction significative de l'inventaire du coeur en produits de fission, ou de produits radioactifs (équivalence en iode 131: au delà de quelques milliers de térabecquerels, soit quelques centaines de milliers de curies). Tchernobyl, 1896 Kychtim 1957
p.92

Document 4
Le communiqué des autorités de sûreté
à propos de Superphénix

     «Arrêt du réacteur depuis le 3 juillet à la suite d'un défaut électrique sur un des deux alternateurs. Le réacteur est maintenu à l'arrêt pour remplacer les cartouches filtrantes de purification du sodium primaire.

Evénement marquant
     Incident, avec non-respect des spécifications techniques d'exploitation, entraînant un arrêt prolongé du réacteur Superphénix.
     Du 20 juin au 3 juillet, suite à une entrée d'air intempestive dans le circuit primaire, le réacteur a fonctionné avec un taux d'impuretés du sodium, supérieur à celui exigé par les spécifications techniques.
     La centrale de Creys-Malville a été couplée au réseau le 8 juin 1990. A partir du 10 juin, pendant la montée à la puissance nominale (1240 MWé), le taux d'impuretés (oxydes, hydrures...) du sodium primaire a augmenté, tout en restant dans des valeurs admises.
     Cette augmentation est normale et prévue: elle correspond à une faible pollution du sodium provoquée par les travaux effectués pendant l'arrêt. Après le 20 juin la mesure du taux d'impuretés a évolué plus rapidement en dépassant les valeurs admises, en même temps que les cartouches filtrantes assurant la purification du sodium se colmataient. Cette augmentation anormale correspondait à une oxydation du sodium provoquée par une entrée d'air qui s'était produite sur un compresseur défaillant.
     L'analyse des prélèvements physico-chimiques liée à la mesure du taux d'impuretés s'étant révélée délicate, l'exploitant n'a décidé d'arrêter le réacteur que le 3 juillet (un arrêt automatique dû à un défaut électrique a en fait précédé de peu l'arrêt ainsi programmé).
     La température du réacteur, après l'arrêt, a été maintenue à 250oC de manière à ce que les impuretés restent dissoutes dans le sodium et ne se déposent pas sur les surfaces métalliques. L'exploitant a procédé en juillet au changement des cartouches de purification du sodium primaire. La purification du sodium a commencé. A la fin du mois d'août, l'exploitant fera connaître la quantité d'impuretés contenues dans le circuit primaire et la durée nécessaire à la purification totale du sodium.
     Le réacteur ne pourra être remis en service que lorsque le tau sera de nouveau normal, et sous réserve des enseignements à tirer, d'une part, de l'incident lui-même et, d'autre part, du non-respect des spécifications techniques d'exploitation.
     Le SCSIN a demandé à l'exploitant de préciser les conséquences potentielles de cet incident pour la sûreté du réacteur et de proposer les mesures correctives nécessaires.
     Le sodium ainsi pollué a vu en effet ses caractéristiques physiques évoluer pendant plusieurs jours sans que les contrôles réalisés par l'exploitant ne lui permettent de prendre conscience de l'existence d'une entrée d'air dans le circuit d'argon et de la dégradation des caractéristiques du sodium. Compte tenu des défaillances constatées et du délai de remise en état de l'installation, cet incident est classé au niveau 2 de l'échelle de gravité».


Document 5
Le communiqué des autorités de Sûreté
à propos de Phénix

     «Anomalie de réactivité du coeur de la centrale Phénix de Marcoule le dimanche 9 septembre 1990, alors que le réacteur se trouvait de nouveau, depuis quatre jours, à la puissance maximale autorisée (après plusieurs mois d'interdiction de dépassement de 210 MWé, N.D.L.R.), un arrêt automatique est intervenu, sur l'indication d'une baisse anormale de réactivité dans le coeur.
     En première analyse, cet arrêt semble similaire aux trois arrêts automatiques survenus les 6, 24 aout et 14 septembre 1989; l'incident semble avoir été à nouveau engendré par une bulle d'argon (gaz neutre utilisé au dessus des surfaces libres du sodium dans le réacteur) entraînée dans le circuit primaire et traversant le coeur du réacteur, provoquant ainsi une brusque diminution de puissance. Ce phénomène, vis-à-vis duquel l'exploitant avait pris un certain nombre de dispositions, notamment le remplacement des assemblages purgeurs (du même type que ceux de Superphénix, N.D.L.R.), pour en éviter la répétition, doit donc encore faire l'objet d'analyses complémentaires. Cet incident n'a pas affecté la sûreté du réacteur. Rappelons en effet que des essais et études ont permis d'exclure toute conséquence inacceptable pour la sûreté pouvant résulter du passage d'une bulle d'argon dans le coeur. Compte tenu des nouveaux enseignements à tirer, cet incident est à classer, à l'exemple des précédents, au niveau 2 de l'échelle de gravité et le redémarrage du réacteur reste soumis à l'autorisation préalable du SCSIN.

suite:
Document 6
Références

Avrillier (Raymond), Information et sûreté à la Centrale de Creys-Malville (Isère), Grenoble, juillet 1987, 28 p.
Avrillier (Raymond), Que se passe-t-il à Malville depuis le 8 mars 1987? Compte-rendu de mission des représentants de la Coordination Energie-Developpement de l'Isère à la Commission Locale d'information auprès de la centrale de Creys-Malville, C.E.D., Grenoble, octobre 1987, 24 p.
Avrillier (Raymond), Analyse du rapport de sûreté de la centrale de Creys-Malville, La Gazette nucléaire, Paris , nos 82-83, décembre 1987, p. 4-18.(revue du Groupement des Scientifiques pour l'information sur l'Energie Nucléaire)
Avrillier (Raymond), Avec Superphénix, la sûreté et la démocratie en question, in: La Gazette de l'A.P.A.G. (Revue trimestrielle de l'Association pour l'Appel de Genève), n~ 2, 2 trimestre 1988, Genève, avril 1988, p. 6-10.
Avrillier (Raymond), Superphénix: derrière la gestion des crises accidentelles dans l'industrie, la crise de la démocratie, Communication à la Rencontre nationale de la C.F.D.T. "Le risque industriel", Grenoble, 14 et 15 septembre 1988, 9 p.
Avrillier (Raymond), Superphénix en question, Coordination Energie Développement de l'Isère (C.E.D.), Grenoble, nov. 1988, 25 p.
Avrillier (Raymond), Superphénix en question, in: Le Courrier du Hérisson (Journal de la Fédération Rhône-Alpes de Protection de la Nature-hère), janvier 1989, p. 18-21.
Avrillier (Raymond), Intervention en tant que délégué du G.S.I.E.N, membre de la Commission Locale d'Information auprès de ls centrale nucléaire de Creys-Malville, in: Conseil Général de l'Isère, Séance publique d'information sur la centrale de Creys-Malville, Grenoble, 3 février 1989, 242 p. (p. 53-65).
Avrillier (Raymond), Surgénération Mitterrand?, (Titre choisi par la rédaction: Le nucléaire contre tous), in: Libération (Quotidien), page «Idées-Rebonds», 28 mars 1989.
Avrillier (Raymond), Superphénix: incidents significatifs pour la démocratie, (Titre choisi par la rédaction: Superphénix, la démocratie bafouée), in: Combat Nature (Revue des Associations Ecologiques et de Défense de l'Environnement) no 85, mai 1989, p. 26-29.
Avrillier (Raymond), Superphénix, l'acharnement thérapeutique en question, in: Le Courrier du Herisson (Journal de la Fédération Rhône-Alpes de Protection de la NatureIsère), juin 1989, p. 22-23.
Avrillier (Raymond), Superphénix 87-89: monopole de l'expertise et confinement du débat autour d'un prototype nucléaire en panne, Communication au Colloque «Les experts sont formels: controverses scientifiques et décisions politiques dans le domaine de l'environnement», Arc et Senans, 11-13 septembre 1989,11 p.
Avrillier (Raymond), Nucléaire, risques et santé: sujet tabou?, (Titre choisi par la rédaction: Nucléaire, risques et santé: la bataille de l'information), in: La Santé de l'homme (Revue du Comité Français d'Education pour la Santé, C.F.E.S.), no 283, septembre-octobre 1989, Paris, p. 29-31.
Avrillier (Raymond), Interview dans «Annecy face au nucléaire», in: Le Journal, novembre 1989, Annecy.
Avrillier (Raymond), Les malheurs de Superphénix, interview dans Le Daupbiné Libéré, 2 novembre 1989, page Nord Isère et page Une et Sud-Est.
Avrillier (Raymond), Propositions de travail aux experts-conseils de la C.D.S.I.NI., Conseil Général de l'Isère, 14 novembre 1989 et 14 décembre 1989, 3 p.
Avrillier (Raymond), Interview sur Superphénix dans Reporterre, décembre 1989.
Avrillier (Raymond), Plein feux sur Superphénix, in: Le Courrier du Hérisson (Journal de la Fédération Rhône-Alpes de Protection de la Nature-hère), février 1990, p. 10-11.
Avrillier (Raymond), Superphénix, l'énergie du passé, in: Le Courrier du Hérisson (Journal de la Fédération Rhône-Alpes de Protection de la Nature-hère), mai 1990, p. 12-13.
Avrillier (Raymond), Le dossier noir de Superphénix, Fédération Rhône-Alpes de Protection de la Nature-hère, septembre 1990, 20 p.
Avrillier (Raymond), Superphénix de nouveau en panne, in Le Courrier du Hérisson (Journal de la Fédération Rhbne-Alpes de Protection de la Nature-hère), octobre 1990, p. 17-23.

p.93


Document 7
Evolution des prévisions d'installations de centrales nucléaires et de surgénérateurs en France d'ici 2000, en GW (l000MWé)
Année de prévision    1972    1973    1976    1978    1980    1982    1985    1987    1990
Nucléaire total            158      158      200      106      100       88        71        66       (62)
Surgénérateurs            37         37     40-50     23       8-15     3-7        3         1.5      (1,5)
Situation janvier 1990                                                                                                 52,6
Surgénérateurs   1990                                                                                                  1,5
(Sources CEA et Ministère de l'industrie, recensés par Dominique FINON dans «L'échec des surgénérateurs, Autopsie d'un grand programme», PUG, 1989, pages 17, 21, 175, 212.)

Document 8
Evolution des évaluations du coût de Superphénix, en Milliards de francs 1990

Année de prévision    1970    1976    1978    1980    1983    1986    1990
En monnaie courante   1,6       6,1       7,5      11,0     18,0      26,0
En monnaie 1990        7,6      16,9     17,5     20,4     24,0      29,6
(Sources CEA et Ministère de l'industrie, recensés par Dominique FINON dans «L'échec des surgénérateurs, Autopsie d'un grand programme», PUG, 1989, pages 181 et 206)
 
 

Document 9
Coût de Superphénix, en Milliards de francs 1990 (Estimation R. Avrillier 16 août 1990)


R.A. Commentaire Nersa
Supposons valable, à l'exception du coût du combustible, le coût total de 26 MdF annoncé par le CEA en 1986, soit en francs 1990

Construction propre (centrale + APEC)

Achat de combustible

Ajoutons le surcoût lié à la sous-estimation du coût du combustible par le CEA. Le CEA l'estime à 7,5 MdF, SHAPIRA et FINON l'estiment de 12 à 30 MdF. La différence est de 4,5 à 22,5 MdF. Prenons simplement un surcoût de 4,5 MdF

Ajoutons le surcoût de frais financiers et de charges liées à 3 années et demi de retard dans la mise en exploitation et 2 années et demi d'arrêts liés aux avaries ensuite, soit 6 ans. La RWE estime que chaque mois de non-fonctionnement de la centrale RNR de KALKAR (SNR 300 de 300 MWé) coûte 33,6 Millions de francs, soit 0,4 MdF par an, et 2,4 MdF pour 6 ans

Ajoutons les frais directs d'exploitation (dont le personnel de plus de 500 personnes depuis 1982) estimés en 1989 par la NERSA à 0,464 MdF par an pour le personnel, 0,029 MdF pour les taxes, soit environ 0,5 MdF par an. Comptons seulement 6 ans de début 1985 à fin 1990, soit 3,0 MdF

Ajoutons les coûts de réparation, en particulier la destruction du barillet et son remplacement par le Poste de Transfert du Combustible. La NERSA l'a estimé à 0,49 en 1989. En fait, sur 4 ans de travaux on peut penser que le chiffre de 0,5 MdF sera dépassé

Ajoutons le coût de la piscine de stockage des combustibles irradiés, construite alors que non prévue initialement, son coût n'a jamais été indiqué. On peut l'estimer au moins à 0,5 MdF

Coût global de construction hors exploitation

TOTAL intermédiaire, construction, réparation, exploitation

Ajoutons les réserves pour démantèlement qui n'apparaissent de façon claire dans la comptabilité de la NERSA que pour 0,049 MdF par an à partir de 1989. Cela ferait sur 25 ans un peu plus de 1 MdF seulement. En réalité les estimations du gouvernement suédois sont de 28 à 56 MdF pour le démantèlement d'une centrale de 1000 MW. Ce ne sont que des estimations, puisqu'aucun démantèlement de ce type de centrale n'a encore été réalisé dans le monde. On peut donc penser qu'un surcoût de 30 MdF n'est pas exagéré

Ajoutons le coût des recherches concernant cette filière en France depuis 1960, estimé à 32 MdF par le CEA, sans compter les réalisations de RAPSODIE et PHENIX. D'autres estimations indiquent 50 MdF pour le programme de recherche-développement français des surgénérateurs. La part affectable à Superphénix est difficile à estimer: de 10 à 50 MdF

Ajoutons le coût du contrôle de l'installation par l'IPSN, le SCSIN et la DRIR

TOTAL

29,6
 
 
 
 
 
 

4,5
 
 

2,0
 

3,0
 
 
 

0,5
 
 

0,5

30,1

40,1
 
 
 
 
 
 

30
 
 
 

10

?

~ 80

?
 

?
 
 
 

?
 
 

? >
 

>
 
 
 

>
 
 

>
 
 

> >
 
 
 
 
 
 

? ?
 
 
 

? > >
 
 

?

27
 

17

2
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

8
 

0,5
 
 
 
 

27,5

p.94
Document 10
Evolution des prévisions d'installations de centrales nucléaires et surgénérateurs en France d'ici 2000, en GW (1000MWé)
Tableau 1a: pour tous les surgénérateurs
(Sources CEA et Ministère de l'industrie, recensés par Dominique FINON dans «L'échec des surgénérateurs, Autopsie d'un grand programme», PUG, 1989, pages 17, 21, 175, 212.)
Tableau 1a: pour tous les surgénérateurs
(Sources CEA et Ministère de l'industrie, recensés par Dominique FINON dans «L'échec des surgénérateurs, Autopsie d'un grand programme», PUG, 1989, pages 181 et 206)
p.95

Document 11
Evolution des évaluations du coût de Superphénix, en Milliards de francs 1990

Document 12
Réponses à la question «Pour vous donner des informations sur les risques industriels graves, faites-vous confiance aux personnes suivantes?», en pourcentages

Voir légende:
p.96
Légende:
1. Pompiers
2. Scientifiques
3. Associations de protection de l'environnement
4. Médecins
5. Croix-Rouge
6. Ecologistes
7. Associations de consommateurs
8. Comités d'hygiène et de sécurité des entreprises
9. Organismes privés spécialisés
10. Ingénieurs du Ministère de l'environnement
11. Ouvriers des usines
12. Ingénieurs du Ministère de l'industrie
13. Pharmaciens
14. Syndicats des usines
15. Préfet
16. Police
17. Enseignants
18. Journalistes
19. Armée
20. Elus de votre région
21. Industriels eux-même

Hypothèse d'effets similaires à l'accident de Tchernobyl
appliquée à un accident de la centrale Superphénix de Creys-Malville (Isère - France)

Source R.Avrillier (FRAPNA), R.Belbéoch (GSIEN) et CONTRATOM, avril 1990
p.97

1991: texte precedent