Foot voilé
Par Fred Radeff le - Lien permanent

On pouvait lire dans Le Monde du samedi 21 juillet 2012, p. 8, un interview du prince Ali Ben Al-Husseini, vice-président de la FIFA:
"contrairement à ce que le monde croit et comprend, porter un foulard n'est ni un slogan ni un symbole religieux; c'est une pratique culturelle"
Autant l'avouer d'emblée: je ne suis pas un tiffoso, les mordus de foot m'ont toujours intrigué et je n'ai jamais compris l'intérêt de ce sport qui consiste sauf erreur à courir (beaucoup) derrière un ballon en cherchant (rarement) à taper dessus du pied ou de la tête. Adolescent, au cours de gym, lorsque mes camarades pratiquaient ce noble sport j'étais le plus souvent sur le banc et les regardais, ce qui augmentait encore ma perplexité. Jeune adulte, un amis colocataires a cherché à me faire pénétrer les arcanes footballistiques, mais a jeté l'éponge après quelques mois. A fortiori, je ne regarde pas de sport à la télévision - pour être honnête, je ne regarde pas grand-chose à la télévision, média contre lequel j'entamerai bien un jihad si je n'étais persuadé qu'il est déjà moribond.
Ajoutons à cela que, athée et matérialiste (au sens philosophique du terme), je n'ai rien contre les musulmans, en tout cas pas plus que contre les chrétiens, juifs, boudhistes, mooniens ou scientologues ou tout autre idéaliste, tant qu'ils ne cherchent pas à me convaincre de penser comme eux ou de les soutenir. A dire vrai, je préférerai un monde sans idéalistes, mais il faut de tout pour faire un monde.
En ce petit matin blême au sud de Sines, l'euréka surgit à la lecture de cet interview précité (réalisé par monsieur Mustapha Kessus): si la FIFA a d'abord condamné le port du voile puis l'a autorisé, c'est à cause de la télé, cette église, née au XXe, dont le foot représente la messe dominicale, l'acmé hebdomadaire dans la pratique religieuse. Peut-on imaginer un curé prêchant voilé? Cette métaphore, ô combien délicate et subtile, révèle l'aporie de la footballeuse voilée.
Ecartons le média pour nous concentrer à la question initiale: voile et foot sont-ils compatibles?
- argument anti-terroriste
Autant la justification de l'interdiction du voile sur un document d'identité officiel semble recevable (difficile, pour un douanier consciencieux, même intelligent, pour autant que cet oxymoron soit vraisemblable, de distinguer le terroriste enragé de la brave mère de famille si son passeport la montre enfoulardée), autant l'argument semble dénué de sens lorsque la joueuse porte un maillot coloré et numéroté, nominal, permettant une identification immédiate.
- argument médico-sanitaire
A l'instar d'Isadora Duncan, peut-on imaginer une footballeuse s'étranglant accidentellement avec son foulard, voire pire, étranglant une adversaire? Le chose semble peu plausible, et dans les deux cas il est vraisemblable que la joueuse recevrait une admonestation de la part de l'arbitre, même si ce dernier est soudoyé. En ce cas, il faudrait aussi retirer les lacets des chaussures à crampon, les crampons des mêmes chaussures et faire jouer les footballeuses nues, ce qui semble bien improbable en ce siècle pudibond et religieux. A rejeter donc, d'autant plus que le foulard peut protéger efficacement contres les UV et représente donc un atout pour la préservation du capital soleil, surtout pour les pays à prédominance musulmane, où il tape souvent plus dur qu'ailleurs.
- argument hygiéniste
Alors là, je vous arrête tout de suite: enfin, on ne verrait plus de ces glaviots infâmes sur les pelouses et les ados (désoeuvrés ou non) ne seraient plus incités à cracher par leurs star/lette/s. Enfin, en cas de rhume ou autre affection similaire, les joueurs ne contamineraient plus leurs partenaires.
- argument féministe
En quoi le port du voile sur un terrain de football serait-il anti-féministe, s'il permet l'accession à ce sport pour les musulmanes? Si celles-ci se voient exclues, en raison de l'interdiction stupide de se montrer en public non voilées, c'est bien là qu'on a une régression de l'égalité des femmes.
- argument religieux
Le port du crucifix est-il interdit, alors qu'un collier présente clairement plus de danger d'auto-étranglement qu'un foulard? Punit-on un joueur ou une joueuse qui joint les mains? Quel problème à autoriser le port de la kippa, une toge de boudhiste tantrique (peu pratique pour courir, il est vrai)?
Après l'examen de ces quatre arguments, je ne vois donc pas pourquoi interdire le port du voile au football. Allons plus loin et rendons-le obligatoire pour toutes et pour tous (cf. supra, argument médico-sanitaire & hygiéniste): obliger les joueurs à se voiler, voilà qui serait sans doute un pas en avant dans la lutte contre les obscurantismes religieux.