Balkan transit

Le blog de la famille Borel Radeff dans les Balkans

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

En ce moment sur Balkan transit

Genève - Fin du trip balkanique

balkantransit

Vaincus par les enfants et leur vélléités de retour “vraiment, je vous connaissais pas ce trip ‘culturel’” (Arcadi), par le mauvais temps, nous voilà de retour. Je sais pas encore trop comment tirer une conclusion de ce périple balkanique, il faudra un peu de temps encore… En tout cas, Bulgarie, Serbie et Bosnie ont été magiques, un voyage extra-européen - si on limite l’Europe à l’euro et à une tentative de ressembler à l’Amérique… Les enfants nous aident depuis hier soir à surmonter notre spleen, car eux sont ravis - même s’ils ont aimé le voyage, les copains, c’est quand même mieux.

Venise

On se fait un plan Venise pour la fin, et on claque en 3 jours un budget mensuel bulgare. Les prix sont simplement scandaleux, surtout en ce qui concerne la culture. Pour les musées, avec trois enfants, compter 70 euros - c’est un forfait, pas possible de ne visiter qu’un musée, il faut prendre un multi-entrée. Comme on veut pas leur administrer (aux enfants, pas aux musées) de Valium et qu’on en a marre d’entendre “non toccare”, on abrège après deux heures, c’est vraiment anti-social. En tout cas, la municipalité ne fait pas la promotion du tourisme pauvre ou familial… Chouette visite de l’exposition “Venezia et l’Islam”, dans laquelle on apprend plein de choses sur l’apogée des Doges et le rôle de plaque tournante entre chrétienté et Islam joué par la Sérénissime. On tombe aussi par hasard sur la biennale, résultat on visite (aussi cher que le reste), on se rend compte qu’on est vraiment revenu au Nord à la multiplication des lunettes de graphistes zurichois.

Sans nationalisme aucun (vous me connaissez), très belle exposition suisse, Yves Netzhammer (1970) et Christine Streuli (1975) présentent de belles oeuvres. Une très belle animation de Netzhammer, aussi politique (assez rare pour être signalé), je me demande ce qu’il a utilisé comme logiciel, c’est fin et intelligent. A suivre.

Yves Netzhammer

Yves Netzhammer


Côté français, la très branchée Sophie Calle fait un tabac avec une coquille vide, “Prenez soin de vous”, un mail de rupture d’un de ses amants qu’elle a fait lire à quelques dizaines de jet-setteuses françaises, qui commentent tristement cette vide missive. Seuls Libé, dans un article très drôle, et une commissaire de police se distinguent dans des commentaires sarcastiques. Désespérant…

Pour le pavillon coréen, très drôle expo d’un fou furieux, Hyungkoo Lee, qui fabrique de faux squelettes avec humour et dérision. En plus, les enfants adorent le côté “Tom et Jerry”.


Animatus


Hyungkoo Lee

On découvre, sur les conseils de grands-parents vénitiens, un minuscule bistrot délicieux et pas cher à deux pas du Rialto, mais j'ai perdu l'adresse... snif!!!

Camping "Isola del Paradiso"

Près de la ville de Grado, sur une presqu’île entre Trieste et Venise, nous nous retrouvons dans un camping en voie de fermeture saisonnière, l‘“Isola del Paradiso”. Un chouette endroit, qui doit être très peuplé “4e âge” en juillet-août. Un couple de personnes âgées fait de la pêche sur un pédalo au moins aussi vieux qu’elles, la responsable du mini-market (qui nous rappelle un peu les “market” balkaniques) me dit qu’il faut absolument que nous passions une nuit de plus, car le samedi il y a des chants et de l‘“ambiance”. On peut pas, dommage car ça doit être assez marrant, avec un répertoire sans doute avant-guerre (et peut-être même avant la Grande Guerre, vu l’âge moyen des rares personnes qui semblent fréquenter ce camping). Dernière baignade dans la lagune boueuse, snif, je me dis qu’il faudra pas mal d’attente avant de se rebaigner en mer, mais qui sait...

Camping Isola del Paradiso

Gmap

Adresse, rue: Isola Volpera N. Località Belvedere

Localité: Grado (Gorizia)

Téléphone: +39 0431 82061

Téléphone d'hiver: +39 333 9081745

FAx : +39 0431 876900

Postojna

Postojna, visite de la célèbre grotte dans une foule de touristes, on a la chance de tomber sur un guide francophone vraiment passionné de spéléologie, ça tempère la foule et sa bêtise, on entend plein de commentaires justes affligeants. Mais l’espace reste magnifique, juste un scandale question prix (plus de 50 euros pour une famille), pas très social tout cela. Les Proteus anguinus (espèce endémique aussi bizarre que moche) s’en foutent, ils se contentent de surnager, comme le font sans doute les Slovènes moyens dans ce pays aux prix comparables à ceux de la Suisse (du moins pour les touristes). On est bien loin de la Bulgarie, d’ailleurs on n’est plus dans les Balkans.

Protée

Ljubljana

En allemand Ljubljana apparaît en 1114 sous le nom de Laibach. Il semble que rien ne reste dans cette ville du monde décrit par ce groupe des années ‘80, qui avait fondé une république virtuelle et l’un des premiers sites internet de musique rock. En arrivant en Slovénie, encore beaucoup plus qu’en Croatie, nous nous rendons compte que notre voyage dans les Balkans prend fin. Géographiquement, ces derniers s’arrêtent d’ailleurs au sud-est de la Slovénie, belle région que nous traversons en quelques heures, au milieu de BMW et Mercedes uniformément grises et à la carrosserie immaculée. Ne reste que le style de conduite balkanique, plutôt musclée, qui s’avère particulièrement catastrophique au volant de ces puissants véhicules germaniques. L’entrée à Ljubljana est difficile, heureusement l’oeuvre architecturale de Jože Plečnik nous sert de carotte, sinon ce serait un peu le blues. Visite de la ville sous un ciel plombé, on assiste dans le “château” à une affligeante présentation virtuelle de la ville - une projection en 3D avec lunettes spéciales, monde virtuel et tout et tout, mais un commentaire et un contenu simplement vide. Comme quoi la technique, ce n’est pas tout… Par contre, intéressante exposition de photos de prisonniers de guerre italiens pendant la Grande guerre. Les enfants ont retenu de cette ville, non les oeuvres de Plečnik, mais un bistrot à Palacinken (crèpes) qui a fait leur bohneur.

palacinken

Bihać sous la pluie

Hier soir il faisait beau, mais aujourd’hui c’est “zima” (qui signifie, comme en russe, “hiver”). Il pleut des cordes, on se croirait à Maurice juste avant le cyclone, la température en moins, elle a chuté d’au moins dix degrés. Alors que depuis 2 mois nous étions en short, il faut mettre pantalons, pulls et cirés. Nous sortons le gigantesque parapluie mauricien.

Selon Wikipedia, Raetinium (aujourd’hui Golubić à une dizaine de kilomètres de Bihać) était une ville romaine. Le nom de Bihać est apparu pour la première fois en 1260 sur un acte de donation du roi Béla IV de Hongrie d’Arpades au monastère cistercien de Topusko près de Zagreb. Au Moyen-âge, Bihać est une ville de Royaume de Croatie. Son nom en ancien croate signifie le fief royal. La ville tombe ensuite sous la domination ottomane pendant 4 siècles, puis est occupée de 1878 à 1914 par les Autrichiens.

Toujours grâce à Wikipedia, rappellons brièvement les faits récents de la guerre de Bosnie:

Le 18 novembre 1991, les dirigeants nationalistes du parti Union démocratique croate de Bosnie-Herzégovine ou HDZ-BiH décrètent la création de la « Communauté croate d’Herceg-Bosna » qui deviendra la « République d’Herceg-Bosna » dans les zones peuplées majoritairement de Croates de Bosnie (région de Mostar et sud-ouest de la Bosnie-Herzégovine).

En prévision de l’indépendance de la Bosnie-Herzégovine qui surviendra le 1er mars 1992, les Serbes de Bosnie-Herzégovine font sécession et déclarent le 9 janvier 1992 la création de la « République des Serbes de Bosnie et Herzégovine » qui deviendra le 12 août 1992 la « République serbe de Bosnie ».

Le 6 avril 1992, la guerre d’indépendance de la Bosnie-Herzégovine se déclenche entre forces serbes de Bosnie et l’armée de la Bosnie-Herzégovine. Le 27 septembre 1993, des Bosniaques dissidents de la municipalité de Velika Kladuša au nord-ouest du pays déclarent la création de la République de Bosnie occidentale et s’opposent aux Croates et aux Bosniaques en s’alliant aux Serbes. Cette guerre civile entre les quatre entités durera jusqu’au 14 décembre 1995.

La ville de Bihać, comme toutes les villes que nous avons traversées en Bosnie, ainsi qu’en Croatie voisine, portent encore les traces de ce conflit, à travers de nombreux trous de balles (non, je ne parle pas des nationalistes, fondamentalistes religieux et autres militaristes) et sans doute les âmes sont-elles encore plus profondément marquées, qu’un peu de plâtre ne saurait panser leurs plaies.

Bihać se trouve au nord-ouest de la Bosnie-Herzégovine (Bosna i Hercegovina / Босна и Херцеговина), à ne pas confondre avec la Fédération de Bosnie-et-Herzégovine (Federacija Bosne i Hercegovine / Федерација Босне и Херцеговине) qui représente les anciennes 4 entités politiques de Bosnie (la République de Bosnie et les 3 républiques sécessionnistes, bosniaques, croates et serbes). Moi qui croyais qu’il n’y avait eu qu’une Republika Serpska opposée à la Bosnie-Herzégovine… Ici, rien n’est simple !

On y passe donc une journée sous la pluie, à faire les (pardon, le) musée, une vieille tour célébrant le glorieux passé de la ville à travers quelques cartes moisies et des vestiges archéologiques exposés dans les années ‘60 et ayant depuis pris plus d’âge que pendant les millénaires durant lesquels ils étaient enterrés. On monte dans les étages qui ne semblent pas destinés au public, plein de vieilleries (une belle carte en relief de la région, malheureusement pas exposée), un macabre mannequin désossé, pas de lumière et vu la luminosité externe on se dirige un peu à l’aveuglette. Belle vue sur la région, l’église catholique voisine, présente sur toutes les représentations de la ville (photographies ou tableaux) est une coquille vide, elle semble en parfait état de l’extérieur mais l’intérieur est totalement détruit, et semble uniquement utilisé par des saoûlographes (ah, si seulement tous les édifices religieux du monde pouvaient servir à cela). Nous n’avons pas visité la mosquée, construite sur les vestiges d’une église catholique, mais en face nous avons communié avec le grand capital en visionnant le dernier Harry Potter, en VO s’il-vous-plaît.

La nuit tombée, nous nous perdons à la recherche d’Aida, la soeur d’un ami bosniaque genevois que nous allons visiter. Aidés par des poivrots dans un bistrot voisin de sa maison, nous retrouvons notre chemin. Nous passons une excellente soirée chez elle, ses enfants jouant avec les notres au point que tous finissent trempés de sueur (leur aîné est un judoka confirmé), on discute dans un sabir russo-germano-anglo-français. Le mari d’Aida nous ramène le soir dans notre pension, qui paraît-il appartient à un ex-seigneur de guerre. Gasp!


Tito à Bihac (1942)

Tito à Bihac (1942)

Maniaque propreté autrichienne

Dans son très bel ouvrage, Bridge over the Drina, Ivo Andric nous parle de l’arrivée des Autrichiens en Bosnie, vers 1878:

“Besides permanent lightning, the new authorities also introduced cleanliness on the kapia [le sommet du pont, sur lequel on peut se reposer], or more exactly that special sort of cleanliness that accorded with their ideas. The fruit peelings, melon seeds and nutshells no longer remained fod days on the flagstones until the rain or the wind carried them away. Now a municipal sweeper brushed them up every morning. But that irritated no one, for men quickly become accustomed to cleanliness even when it forms no part of their needs or habits; naturally on condition that they personally do not have to observe it.”

119 ans plus tard, l’influence autrichienne est toujours perceptible en Slovénie. Pas un poil ne dépasse.

Un pont sur la Drina

Bihac, retour en Bosnie

Vers trois heures du matin, Fabienne me propose d’aller voir Bihac, pour retourner dans un pays civilisé où les enfants pourront à nouveau crier sans qu’on ait peur que quelqu’un appelle la police. Je suis circonspect, mais comme toujours c’est son initiative qui est la bonne. Cernés, nous prenons la route, et au bout d’une trentaine de kilomètres il est évident que nous avons fait le bon choix. Nous sommes de retour dans les Balkans: les maisons sont en construction, il y a des camions, des trous dans la route, des piétons au bord. A peine arrivés à Bihac, c’est la circulation balkanique, un joyeux chaos qui me plaît bien; en plus il fait à nouveau chaud. On se trouve une pension où on soigne nos bobos (rhume etc.) somatiques et psychiques.



Une agence de sécurité… sur la rue antifasciste…


Vue sur la très belle rivière “Una”

Plitvice, Croatie

En sortant de Zadar toutes les stations services sont pleines à craquer de monde, on poursuit donc sur l’autoroute qui traverse la chaîne des Velebits avec un réservoir aux 3/4 vide. Grosse erreur. Des travaux dans le tunnel principal autoroutier crée un gigantesque bouchon, d’autant plus que ce samedi on dirait que tous les touristes de Croatie se sont donnés rendez-vous justement ici, dans ce tunnel, pour rentrer chez eux. Ajouter à cela un vent de tout les diables et surtout une jauge d’essence tiltant méchamment, le blues gagne le cockpit. On sort de l’autoroute sitôt le bouchon passé, et on trouve in extremis une station bourrée de touristes stressés. La route qui poursuit est magnifique, alpestre, on pique-nique près d’une base militaire dans laquelle on a vu quelques tanks, à la grande joie d’Arcadi qui a fait des progrès en histoire militaire pendant ce voyage. Arrivée dans une camping gigantesque près de Plitvice, à moitié vide. Le lendemain, visite du célebrissime parc après une courte nuit, la température ayant méchamment chuté la veille. Le parc est magnifique, mais il faut supporter d’avoir des milliers de visiteurs devant et derrière soi, et le silence naturel est perturbé par le crépitement des appareils photos. Tout est propre, immaculé, on a l’impression qu’il faudrait panosser derrière chacun de nos pas. La nuit suivante est encore plus froide, les enfants nous réveillent les uns après les autres pour se plaindre de la température, les ingrats.


Zadar, Croatie

En longeant Split, on se rend compte que Zadar nous rapproche de Plitvice. On poursuit, mais on aurait mieux fait de rester dans cette ville qui semble (d’après le guide en totu cas) réelle et non imaginaire, comme c’est le cas de Zadar. On s’y trouve une piaule dans l’auberge de jeunesse, dans laquelle il y a une réunion d’handicapés. L’intégration, c’est chouette, mais quand il fait mauvais temps ça peut aussi être un peu déprimant. D’autant plus que les faits ne collent pas à la réalité. Dans le prospectus que nous trouvons dans un “tourist information center”, il est écrit à peu près la chose suivante: “le Zadarois typique ne parle pas, il chante. Il ne marche pas, il danse. Il ne serre pas la main, il crée des relations sociales fortes et sincères. Fier, noble, le Zadarois n’a pas changé depuis des siècles, malgré les nombreuses tentatives de conquête par des envahisseurs, Vénitiens, Turcs ou autres”. Dans la réalité donc, il semblerait que le conquérant touristique moderne germano-autrichien ait réussi à supplanter la fameuse noblesse zadaroise. En tout cas, c’est la seule ville dans laquelle Fabienne se soit fait refouler pour la visite d’un établissement religieux par un obèse et jeune intégriste, pourvu d’une chasuble le faisant ressembler au sergent Sancho de Zorro, sous prétexte que ses charmantes épaules étaient nues. Chiens de catholiques. En plus leur Eglise, elle était moche. On pique-nique dans un parc, en ayant un peu honte des miettes de pain tombant sur le sol nettoyé à la brosse à dent. Zadar, c’est pas la joie.

Hvar,Croatie

Ile tout en longueur, sorte de Chili inverse, Hvar nous enchante et nous étonne par son côté sauvage. On se trouve un camping plein de touristes allemands et autrichiens, avec des caravanes et camping-cars qui rivalisent en taille avec la navette spatiale US. A côté de notre tente, une autre famille sous tente (une exception), des Slovènes très cools avec deux enfants, un garçon de deux ans et demi, Nick, qui nous rappelle Arcadi petit (ils s’entendent d’ailleurs bien) et un petit bébé. A peu près les seules personnes normales dans ce camping, les autres semblant droits sortis d’un film Dogma, genre coincés protestants germaniques ou catho autrichiens. Dur retour à la normalité occidentale et aux relations sociales sibériennes (au niveau de la température s’entend, je suis persuadé que le tempérament sibérien est plutôt chaud). On essaie d’autres plages que celle du camping, idéales pour les filles (elles ont leur fond sur plusieurs dizaines de mètres) mais pas forcément exaltante pour les adultes, et on trouve une chouette plage devant un hôtel abandonné datant de la Yougoslavie, avec plein de Croates tout autour.
Le troisième jour, le temps se gâte méchamment et les prévisions météo que nous trouvons dans un journal (pas de net ici) sont mauvaises. On se décide pour un retour, on se voit mal refaire la traversée sous la tempête ou, pire, se retrouver coincé sur l’île. Fin du court mais intense trip balnéaire.

Nouvelles galeries photos

Nombreuses photos depuis la dernière gallerie

Bulgarie:

Varna 
Lovetch
Vidin

Serbie

Croatie

Le tourisme échevelé de Mostar, la fatigue, la promiscuité et le retour qui se rapproche ont raison de notre patience, ça chauffe ce matin. On se dit qu’on va essayer la Croatie, même si on a peur du tourisme de masse, et que si ça ne va pas, on ne rentrera pas deux semaines plus tôt que prévu, mais un mois. Rapidement, nous passons la frontière (à nouveau une frontière moderne où l’on reste confortablement installé au volant) et très rapidement, je me sens à l’aise. Achats de fruits et légumes à une charmante Croate, paysages d’une beauté écrasante, asphalte dans lequel il n’y a pas de trous, bref on se croit passé à l’Ouest du temps du Mur, on a l’impression de ne plus être dans les Balkans. Pour résumer: nous entrons dans un pays plus riche. Quelques kilomètres sur la route côtière, pas du tout encombrée de touristes comme annoncé par le Schtroumpf grotesque de Sarajevo, et on trouve un bac pour l’île de Hvar. En attendant le bac, je me plonge avec Arcadi et Sacha avec délice dans une eau transparente et profonde, magnifique et délicieuse, on entend le bruit des nombreux oursins, c’est le paradis.

Mostar

Sur le bord de la grande route à la sortie sud de Sarajevo, des enfants Rom se battent plutôt sévère, pendant que leur grande soeur, profitant d’un bouchon qui a l’air chronique, fait la manche auprès des automobilistes de manière plutôt agressive, le tout sous une chaleur écrasante (presque 40o à l’ombre). Au bout d’une heure, on arrive dans la banlieue de Mostar. On voit que les combats, ici, entre Bosniaques et Croates, ne se sont pas fait à distance mais quasiment à bout portant. De nombreuses maisons récentes sont vierges, mais tous les autres édifices sont totalement criblés d’impacts. Nous nous parquons et parcourons les quelques centaines de mètres qui nous séparent du célèbre pont. Dès que nous quittons le goudron pour les pavés, c’est la cohue touristique, qui se prolonge sur la rue pavée des deux côtés du pont. Il faut imaginer quelques milliers de touristes agglutinés sur une rue et un pont n’éxcédant pas 3 mètres de large sur 300 mètres de long, avec tout du long des boutiques à souvenirs moches fabriqués en Chine. Après nos semaines de solitude touristique dans les Balkans, c’est un peu le choc. En haut du pont, les Icares de Mostar (waw la rime) font la manche pour payer le plongeur. En fait de plongeur, ce sont des sauteurs, et je ne suis pas convaincu par la performance (21 mètres de haut, j’ai parmi mes amis un challenger sérieux que j’imagine bien faire un cassé ici). Nous rejoingnons la rive de la rivière, froide et délicieuse, mais puant un peu, malgré tout on se baigne, Fabienne, Arcadi et moi. On dort dans une maison en construction, dans un appartement tout neuf, avec une bizarre impression de cohabitation entre chantier et confort, un sentiment semble-t-il très bosniaque.

Montagnes haineuses

On part ce matin pour une ballade dans la banlieue nord-est de Sarajevo, dans les quartiers qui montent depuis la vieille-ville en direction de la brasserie Sarajevska, dans laquelle les habitants, au plus fort de la guerre, étaient toujours sûrs de trouver de l’eau (il y a une profonde source qui garantit l’excellente qualité de la bière nationale bosniaque). Nous montons, Sacha râle à son habitude, le soleil se fait écrasant. Nos réserves d’eau, malgré mon habituelle sur-prudence, sont épuisées. A nos côtés, une femme bosniaque, la quarantaine, chemine en soupirant sous la chaleur. Elle nous sourit et nous invite à nous désaltérer. Avec l’eau, elle nous offre un café et du chocolat pour les enfants, ainsi que d’excellentes pommes de son petit verger. Son mari nous rejoint ainsi qu’une voisine, nous conversons dans un mélange russo-allemand, c’est pas très élaboré mais vraiment sympa. On prend congé, désaltéré et avec 3 litres d’eau, et on reprend l’ascension, cette fois c’est Sacha et Irina qui râlent, mais on est presque arrivés. Nous voilà sur l’une des collines qui séparent la Bosnie de la Republika Serpska, nous rebroussons chemin lorsque nous voyons des bandes de plastique jaune par terre avec des textes indiquant la présence de mines. Un peu plus loin, il y a un autre sentier, plus large et carrossable que nous prenons avec Arcadi, qui mène jusqu’à une antenne genre natel, je me dis que c’est certainement déminé pour permettre l’entretien de l’antenne. On cueille de nombreuses et délicieuses mûres sauvages pour l’élément féminin et rapidement on parvient au sommet. En face de nous, la cuvette de Sarajevo. Derrière, la forêt montagneuse inhabitée de la Republika Serpska. De là où nous sommes, des Serbes ont tirés sur des Bosniaques (ou des Orthodoxes sur des Musulmans), mais je pense surtout que des gens ont tirés sur d’autres personnes, qui leur étaient souvent très proches, voisins, voire familles éloignées, mais pas si éloignées que ça avec un fusil à lunette. En redescendant, on voit de très nombreux impacts de balles sur les maisons, que nous avions moins perçus à la montée. Le témoignage historique est subjectif. Cette ballade reste un moment très beau et fort de ce voyage.

Festival du film, Sarajevo

On s’est retrouvé complètement par hasard en plein festival du film; pas question pour nous d’aller voir les films pour adultes car enfants, même le film autrichien “import-export” qu’on s’est promis d’aller voir vu que l’actrice principale était notre voisine de chambre et qu’on a discuté avec elle. Donc on s’est rabattu sur le festival pour enfants, et c’était tant mieux puisque cela nous a permis de toucher du doigt un des aspects de la réalité sociale bosniaque. Il faut imaginer une gigantesque salle de sport pleine d’un bon millier d’enfants et d’adolescents, tous hurlant, sautant, envoyant des SMS avec leurs natels ou hurlant dans leur téléphone pour tenter de converser malgré le bruit. Pendant une demie-heure, deux animateurs parviennent - ce qui semble tenir de la magie - à contenir la foule, en attendant le film, avec des encarts publicitaires désuets plutôt marrants. Enfin, la lumière s’arrête et c’est le film (on a été voir un film serbe plein de charme), mais cela ne veut pas dire que le public se calme. Le volume sonore diminue un tout petit peu, histoire qu’on parvienne à entendre les dialogues qui sont en serbo-croates, les natels sonnent, les gens vont et viennent, parlent tranquillement. Le lendemain, rebelote, mais là comme le film est en allemand sous-titre en serbo-croates, le volume est poussé au maximum pour couvrir les cris, on sort avec les oreilles bouchées comme après un concert rock. C’est peut-être pas terrible pour le 7e art, mais plutôt sympa du point de vue social et humain.

Discussions sarajévites

Je me retrouve seul ce matin, les enfants et Fabienne sont partis déjeuner et j’attends que nos voisins espagnols se réveillent pour dégager notre voiture. Notre logeur part, il a un travail d’électricien (son vrai métier) à faire et me laisse sous la garde de Saalem, charmant bosniaque né à Alger en 1978, ayant habité un peu partout en Afrique francophone avant de faire un master de chimie dans une université de banlieue parisienne - assez critique d’ailleurs par rapport à l’accueil parisien des non-chrétiens. On discute le bout de gras, c’est une personne intelligente qui sait parler et aussi écouter (rare). Gag parisien placé ironiquement: “qu’est-ce qui distingue l’homme de l’animal? La Méditerrannée”.

Trop jeune pour se marier et s’installer dans sa famille, dans son quartier, à Sarajevo, il songe à prendre un job pour une compagnie pétrolière slovène, qui lui permettrait de continuer à voyager, car il a un peu le virus du perpétuel expat.

Lui: “Pourquoi la Bulgarie et la Roumanie sont-ils membres de l’UE et pas la Bosnie?” Moi: “Sans doute parce que ce sont des Etats faibles plus faciles à contrôler (mais en réalité je pense plutôt: parce qu’il y a eu la guerre et qu’il est impensable pour un Etat de l’UE de connaître potentiellement un conflit)”.

Il m’explique aussi les problèmes de débouché maritime de la Bosnie, qui s’est vu confisquer son port hauturier (Ploce) par la Croatie et doit se contenter d’un port moins profond, Neum, dans son “corridor de Danzig” de quelques kilomètres de large. La Croatie, ayant une enclave au sud de ce corridor, a un projet de pont depuis le nord jusqu’à la presqu’île de Peljesac, qui lui permettrait d’avoir une continuité territoriale. La Bosnie s’inquiète de la hauteur du pont, qui devra être suffisante pour laisser passer les bateaux se rendant à Neum, et des incidences des travaux sur le traffic maritime.

Sarajevo

Nous nous retrouvons dans une vraie ville pour la première fois depuis Varna, assez déconcertant mais les conducteurs bosniaques sont moins graves que les bulgares. Arrêt dans le parking juste après le tristement célèbre marché, très animé et sympathique 12 ans après la fin des évènements. Comme me l’explique Saalem (cf. infra), le sol détermine la zone de la ville: pavés sur le côté turc, depuis la bibliothèque détruite par la guerre et en attente de crédits pour une hypothétique reconstruction, s’arrêtant peu après la mosquée et sa rafraîchissante fontaine, pour céder la place (ou est-ce l’inverse) à un sol de marbre autrichien qui, fourbe catholique, se révèle extrêmement glissant après la pluie.

Entrée en Bosnie

Après un passage de douane étonnamment rapide - je m’étais habitué aux passage “à l’africaine”, où il faut sortir de la voiture, chercher un hypothétique policier, puis un hypothétique douanier, attendre que ce dernier daigne abandonner sa partie de Tetris sur son PC (surtout, surtout, ne pas s’impatienter ni parler avant que le sacro-saint fonctionnaire ne vous adresse la parole), faire plein de sourires idiots et hypocrites genre “j’aime votre pays mais je ne vous comprend pas”, attendre le coup de stampel et l’ouverture manuelle du barrage pour soupirer en pensant aux kilos de contrebande que l’on pourrait passer avec des enfants (en définitive, personne ne nous a jamais fouillé), bref la sortie de Serbie et l’entrée sur Visegrad se fait en restant au volant, avec des douaniers en uniforme repassé, en 10 minutes, c’est presque frustrant. On passe par Visegrad mais comme j’avais pas commencé à lire le “Bridge over Drina” je rate la visite et les photos du célèbre pont, quelques kilomètres en “Republika Sprska” qui ne se distingue en rien, sinon que c’est très désert par ici, puis une route magnifique qui longe des lacs de montagnes très fins et longs (sortes de fjords ou de loch locaux), des interminables tunnels bruts de décoffrages (on voit la roche et le béton, du moins ce qu’on peut en voir avec les phares car les tunnels sont pratiquement tous dépourvus d’éclairage, assez angoissant et à déconseiller pour toute personne souffrant de claustrophobie).

Nova Varos

Après une (trop) rapide traversée de la Serbie d’Est en Ouest, nous errons dans les montagnes de l’Ouest de la Serbie à la recherche d’un camping, dans un décor magnifique (je n’ose pas utiliser l’adjectif lunaire, si galvaudé). Ici la route est neuve, on se croirait en Europe occidentale, d’autant plus que le paysage fait très alpestre, avec néanmoins une touche balkanique difficile à définir (un botaniste serait sans doute à même de m’éclairer). D’après le site de camping international que nous avons trouvé, il devrait y avoir un magnifique camping en plein milieu d’un parc avec un lac, mais les indications sont trop sommaires. Les quelques paysans à tracteurs et familles de marcheurs que nous croisons nous orientent vers un bled paumé, avec une piste qui me fait regretter mon Hilux (mais la Berlingo se débrouille pas mal, avec une garde au sol toutefois un peu basse). On tourne dans la forêt, la nuit va tomber, tout le monde a faim et est fatigué, pas de lac à l’horizon, on se décide pour rebrousser chemin et trouver quelque chose pour dormir de moins bucolique mais de plus consistant. On se retrouve dans l’un de ces hôtels bolchéviques (je veux pas dire socialiste car le terme est inapproprié ici) décati qui doit dater du début des années ‘70, avec un personnel aussi grincheux et décati que l’établissement, gigantesque (pas le personnel bien sûr), le sol de moquette recouverts de chewing-gums noircis par les années, et dans l’entrée un loup, une brebis et un chat sauvage égarés là par un taxidermiste qui devait postuler pour la momie du Maréchal Jozip Broz (mais qui n’a pas eu le mandat, comme chacun sait). Repas tout simplement effroyable, avec un bouillon gras et immonde (ça, faut quand même être doué pour rater un bouillon). On est quand même ravis de pouvoir poser la tête après cette tentative de souper. Small is beautifull.

Small is beautifull

- page 1 de 4

haut de page